S.O.S. Intimité

0
1191

De tous les défis qui hantent mon quotidien, la recherche d’intimité est ma pire bête noire. Avant la naissance de notre aîné, mon conjoint et moi passions beaucoup de temps de qualité ensemble. Le désir était tangible entre nous, nous n’étions jamais repus l’un de l’autre. Après la grossesse, les choses ont changé subtilement, insidieusement je devrais dire. Le romantisme a pris le bord, on était dans la réalité jusqu’au cou. Au centre de ce monde, il y avait un petit être vivant avec des besoins de plus en plus exigeants. Je ne dis pas que j’imaginais ma réalité parentale comme un beau petit nuage tout rose. Non, j’étais prête à changer des couches, à ne pas dormir la nuit, à perdre mon intimité… Si seulement…

On ne m’avait pas préparée à dormir trois heures par jour… pendant quatre ans. Personne ne m’avait dit que nous partagerions des tours de garde en co-dodo sur le divan du salon, toutes les nuits, jusqu’à l’arrivée de bébé numéro 2. Que l’amour de notre fils serait fusionnel sans quoi nous serions bons pour endurer des crises de pleurs stridents durant des heures. Que nous allions devoir gérer quotidiennement des épisodes intenses de désorganisation qui nous laissaient épuisés et impuissants. Que je n’aurais plus de sorties en tête à tête avec mon homme pendant cinq ans… J’attends d’ailleurs toujours que l’occasion se présente…

Dans ce contexte, comment préserver notre couple et l’empêcher de se casser en mille miettes? Comment faire pour rester unis, sans intimité? Comment faire pour ne pas craquer sous la pression quand notre corps est constamment en mode survie? Comment trouver la force de séduire ton partenaire et de vivre une sexualité épanouie quand tu as l’air d’un zombie 24h sur 24? Quand ton lit est devenu ton amant et qu’une sieste semble l’apogée de ta journée? Entre dormir ou avoir du sexe, le choix (dans mon cas) est vite fait! Et je ne parle même pas de prendre soin de moi. Dès que je franchissais la porte de la maison, je me glissais dans mon pyjama douillet et mes pantoufles. Me faire belle pour mon amoureux arrivait tout en bas de ma liste de priorités. Après 13 ans ensemble, je regarde le chemin parcouru et je me demande comment on fait pour toujours tenir debout et s’aimer après tout ce qu’on a traversé. La vérité, c’est qu’on n’y arrive pas. Pas toujours.

Les sept dernières années nous ont affectés, modelés, reprogrammés plus qu’on ne voudrait l’admettre. Notre couple sain et équilibré s’est lentement intoxiqué. La fatigue, le manque de recul, le ressentiment, nos valeurs et nos approches divergentes, tout ça a changé notre regard sur la parentalité, notre individualité, notre couple. L’accumulation de petites choses du quotidien explose comme des bombes à retardement et fait remonter, des deux côtés, des sentiments qu’on aimerait mieux oublier : incompétence, insécurité, manque, colère, remise en question.

Dans notre for intérieur, on voudrait être capable de bien communiquer, d’agir avec maturité, toujours dans le meilleur intérêt des enfants. Mais dans les faits, quand mon conjoint passait la nuit éveillé pour surveiller un coco de trois ans qui voulait s’amuser, que je me réveillais trois fois pour allaiter la petite dernière, qu’on allait quand même faire notre journée de travail et que Lyam finissait par s’endormir à 23h dans les bras de papa… Mettons que ça donnait une plage horaire plutôt limitée pour discuter de stratégie parentale! Alors nous remettions toujours à plus tard.

Les semaines, les mois et les années ont passé à une vitesse folle et le train-train quotidien nous a poussés en fuite avant, toujours plus loin, toujours plus vite. Je suis devenue un robot sur le pilote automatique. Frigide, sans émotions, une coquille vide. Je réussissais de justesse à passer au travers de mes journées. Je flirtais avec l’anxiété et le stress, toujours plus engagée sur une pente descendante. Puis, l’an passé, j’ai frappé un mur. Luis en a eu assez de me voir me décomposer sous ses yeux. Il tenait notre petite famille à bout de bras depuis trop longtemps et il n’arrivait plus à reprendre son souffle. Il s’était résigné à être celui qui ramassait les miettes de temps et d’affection que je laissais derrière moi. Je lui échappais et il ne savait plus comment me faire revenir à lui. Un soir, il m’a confronté, il a crié sa peine, ses inquiétudes, sa peur de me perdre. Lui, habituellement si pudique et renfermé mettait à nu sa détresse. C’était si inhabituel, ça m’a pris de court. C’était l’électrochoc dont j’avais besoin pour prendre conscience de ce que j’étais en train de perdre. Ça m’a fait peur, je n’étais pas prête à renoncer après tant d’efforts et de sacrifices.

J’ai décidé de me prendre en main et d’aller consulter. Je suis sortie de chez le médecin avec un diagnostic de dépression sévère, une prescription d’antidépresseurs et deux mois minimum de repos. Pour la première fois depuis des années, je sortais de l’épais brouillard qui m’entourait. J’avais du temps pour moi toute seule. J’ai mis ce temps à profit pour me retrouver, me redéfinir et me fixer de nouveaux objectifs. Luis m’a appuyé du mieux qu’il a pu et il le fait toujours. La partie n’est pas gagnée mais je suis sur la voie de la guérison. Cette pause nous a rapprochés et a ouvert la porte à de belles discussions. Je prends soin de moi et de ma santé, je soigne à nouveau mon apparence et la flamme du désir est de retour dans ses yeux. Je devrais en être flattée, je sais. Qu’il continue de me trouver aussi sexy qu’au premier jour, après deux grossesses, après toutes ces épreuves et le quotidien qui nous a engloutis sous la routine… Oui, je sais, je suis choyée. Mais la tête a guéri plus vite que le cœur. Même si l’amour est toujours là, le désir lui, joue au yo-yo.  J’apprends à concilier mes envies de femme avec les attentes de mon conjoint et les besoins de notre famille.

L’équilibre est précaire, je me laisse encore submerger par le quotidien, mais je suis une battante qui n’abandonne jamais. Mon défi en 2016 sera de faire mon deuil de la femme que j’ai été et d’apprivoiser celle que je suis devenue. J’ai envie de repousser mes limites, de pimenter ma vie de couple, d’être coquine, d’expérimenter aussi… J’ai réalisé qu’avoir un enfant différent ce n’est pas un frein à une vie de couple épanouie, c’est plutôt un détour qui fait travailler notre débrouillardise et notre imagination!

PARTAGER
Article précédentCar la vie est si fragile!
Article suivantEnfants en première
Sandra Chartier est un diamant brut aux mille facettes. Femme Phénix, maman équilibriste et amoureuse caméléon, le diagnostic TSA de son fils aîné a changé son regard sur le monde et l'a amenée à parcourir les chemins les moins fréquentés. Déménagement à l’autre bout de la province, changement d’emploi et nouvelle dynamique familiale, aucun obstacle n'est insurmontable quand on aspire au bonheur. Par le biais de l’écriture, elle s’est donné comme mission cette année de rejoindre, de sensibiliser et d’informer un maximum de gens sur son quotidien haut en couleur. Après une fructueuse collaboration avec le défunt A&ME webzine, elle est prête à affronter de nouveau défis avec notre équipe!