Nous sommes David…

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Crédit photo : Pixabay

J’ai vraiment eu l’impression de mener une guerre sans merci pour le bien-être de mon enfant pendant plus de deux ans. Et voilà qu’après avoir cru que la victoire était nôtre, j’apprends que nous avons perdu.

Perdu dans une guerre de clôtures, de territoires le tout habillement mené avec l’accord silencieux du ministère de la santé. Parce qu’on n’a pas le droit de choisir où nous voulons recevoir des soins ni par qui, le saviez-vous? Pendant la longue guerre qui n’aura laissé de moi qu’une loque humaine, une ombre de qui j’ai été, j’ai cessé de compter le nombre de fois où j’ai frappé à des portes pour me faire répondre « mais vous n’êtes pas sur notre territoire Madame… » me laissant seule avec le désespoir et la détresse de ma famille, de mon enfant. Et voilà que j’apprends qu’après avoir finalement trouvé, et avoir trouvé une perle qui, durant deux ans, nous aura appuyés, aura partagé l’information, aura communiqué avec l’école, nous la perdrons dans moins d’un an puisqu’elle fermera clinique pour aller pratiquer en région éloignée.

J’ai tellement l’impression que le système l’aura eu à l’usure. Au diable les familles qui se retrouveront ainsi sans ressources, le tout puissant système, dans toute sa grande défaillance, aura gagné ce combat. J’ai l’impression de me retrouver face à un gouffre. Tant d’inconnus, tant de peur, tant de pénibles souvenirs qui remontent à la surface… Je ne sais pas si j’aurai la force de ne pas craquer, de ne pas me perdre totalement dans cet inconnu s’il doit perdurer.

Alors que j’avais finalement l’impression d’un semblant de retour à la normale, d’une possibilité de mettre en branle des rêves qui m’habitent depuis déjà un bon moment, voilà qu’on vient de tirer le tapis de sous mes pieds. J’ai cette sensation de vivre un mauvais rêve, un cauchemar.

Moi qui croyais avoir épuisée la réserve de larmes qu’un être humain peut verser dans une vie, voilà que le barrage est grand ouvert et les larmes coulent à flots. Larmes de rage, de tristesse, de colère, de peur, d’angoisse, d’épuisement… J’essaie de faire bonne figure, de me contrôler, parce que tsé, j’suis quand même une adulte… mais ça ne marche pas.

J’ai l’impression qu’on m’arrache l’espoir que je nourris depuis le début, que mon enfant puisse réussir malgré les difficultés que la vie met sur son chemin. Un sentiment qu’une fois de plus, on rit de moi de l’autre côté de cette porte qu’on m’aura claqué au nez en me disant encore une fois « mais Madame, vous n’êtes pas sur notre territoire… » en se donnant des tapes dans le dos d’avoir réussi à me faire croire qu’on y était arrivé, qu’on avait réussi.

Je me sens tellement enragée. Tellement démunie. Tellement diminuée. Tellement fatiguée… Et le pire, c’est que je sais que nous sommes légions à vivre ces combats, ces défaites…

C’est comme si, après que David et son armée aient commencé à célébrer, Goliath s’était relevé pour les écraser… Cette fois, David a perdu. Goliath rit, se réjouissant de cette victoire gagnée inopinément. Écrasant de son pied un David épuisé…

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Éducatrice à la petite enfance depuis une vingtaine d’année, adepte de l’entrainement en force pour ne pas perdre complètement la tête, Nancy Ringuet, très possiblement TDAH, est maman de deux garçons à diagnostics : un grand TDA sévère et un plus jeune SGT, TDAH impulsivité mixte et TOP. C’est un long combat qui aura mené aux diagnostics du plus jeune, et un long combat qui s’engage pour faire reconnaître ses besoins. Passionnée de recherches et assoiffée d’en apprendre plus, elle fouille le net sous toutes ses coutures. Elle partagera ici des textes et réflexions sur ce vécu différent de mère chef de famille, avec un conjoint dont le travail l’amène à être absent.