Les vrais

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J’aime raconter des anecdotes de ma petite vie. TDAH ou non, je pense que notre société à un gros problème, j’ai un problème, on a tous un problème. Nous sommes devenus des petits nombrils sur deux pattes. Hé oui, c’est clair que certains nombrils sont plus intenses que d’autres, mais c’est un peu universel.

Probablement que c’est pour ça que tant d’enfants héritent d’un faux diagnostic. Il y a les vrais… mais il y a les faux aussi. Tout ça à cause de notre impatience universelle et de notre incohérence aussi.

Nous avons tous vu passer les annonces qui prônent l’exercice physique. Nous avons tous lu que les enfants doivent jouer dehors davantage. Nous sommes tous témoins des rues vident, des parcs inutilisés… Et pourtant, nous traitons les enfants comme des petites bêtes fragiles et innocentes qui ne savent pas vivre sans le contrôle ou la supervision des parents. Parce que les erreurs de nos enfants sont forcément nos erreurs et signe de notre incompétence. Parce qu’on veut que nos enfants soient juste parfaits et on souhaite dont que leur écart soit loin des yeux de témoins. Parce que tout est dangereux… le parc, la rue, l’univers. Entends-tu l’incohérence qui parle fort? Je veux que mes enfants jouent dehors et qu’ils prennent de l’air frais, je veux que mes enfants explorent leur corps et en connaisse les limites et surtout je veux qu’ils aient confiance en leur capacité… mais boboy que de l’autre côté de la porte, c’est dangereux, le monde.

J’ai une amie qui a une pancarte de PARENT SECOURS dans sa fenêtre. Vous souvenez-vous de Parent Secours ? Je t’explique oh toi petit inculte qui se demande ce que c’est… Parent Secours, c’est une porte où tu peux cogner si tu es perdu, si tu es tombé à vélo, si tu es un grand-papa ou une grand-maman qui ne se sent pas bien ou qui a perdu le nord. C’est un écriteau qui dit… viens, tu es en sécurité chez moi, je vais t’aider. WOW ! Combien d’entre nous peuvent dire que leur porte est ouverte pour aider un inconnu, pour mettre un plaster sur un bobo ou pour composer le numéro d’une maman afin de lui dire que son enfant à besoin d’elle? Je suis peut-être ben hot… mais moi, j’ai plutôt une pancarte qui dit ATTENTION AU CHIEN. Parce que quand ma porte est fermée sur le monde extérieur dans mon petit confort, dehors n’existe plus et mes tempêtes sont en sécurité.

Revenons donc à nos moutons… Si dehors est dangereux… si les pancartes PARENTS SECOURS sont rares… on fait quoi? On garde nos enfants dans la maison. Loin des regards ennemis. Loin des regards critiques. On les garde sous notre jupon. Et là, on leur permet de jouer avec leurs amis sous supervision, sans se compromettre… Fortnite… Minecraft… tous les jeux en ligne. Va mon enfant, taper sur la gueule du petit voisin dans un jeu, au lieu d’apprendre à respecter ton voisin en jouant aux espions, au Jedi, aux cowboys. Va mon enfant, regarder un « youtuber » te montrer comment jouer à ce jeu ou encore comment te maquiller, te coiffer ou faire des mélanges d’ingrédients et y goûter. Parce que tu es en sécurité physique, mais que pendant ce temps-là, tu es en détresse… Tu ne forges pas ta personnalité. Tu observes le monde à travers un écran, sans bouger, mais avec un code moral limité. Tu regardes une madame déballer des jouets à la tonne et au final, tu les veux tous… Petit Mari appelle ça de la PORN pour enfants. En bref, jouer dehors, c’est mal, vouloir acheter la terre entière en jouets sans avoir de réelle notion d’argent, c’est normal et jouer à frapper, tuer, combattre des humains, des monstres ou des animaux, c’est la base.

Je continue… Ça fait mal hein… Pis je ne suis pas mieux, je vous le garantis.

Maintenant, comment les enfants apprennent donc à devenir des humains équilibrés? Entre des parents épuisés de leur routine de fous, des professeurs épuisés de leur surcharge de travail et de l’univers aux portes closes et aux parcs vides. Parce qu’il y a longtemps que les cours de moral ou de religion dans les écoles ne sont plus là pour accompagner les enfants dans leur développement moral. Ben oui tsé, il y avait quand même un peu de bon à apprendre les dix commandements. Tu ne tueras point. Tu ne voleras point. Tu respecteras ton père et ta mère. Ayoye… Sans trainer mes enfants à la messe sans arrêt, ça sonne quand même dans les valeurs que je veux leur transmettre, non? Et vous? Parce que jouer à faire semblant, c’est normal… Mais il faut aussi apprendre à faire partie de la vie, pas juste à faire semblant d’avoir une vie où il faut boire des bouteilles d’eau pour monter sa barre de vie.

Et là, on transpose nos petits cocos dans nos écoles. On leur demande de rester assis… Alors qu’ils passent leur vie assis dans leur tête à tête avec leur écran. On leur demande d’attendre leur tour, alors qu’ils passent leur temps à vouloir augmenter leur score. On leur demande d’être respectueux les uns envers les autres, de se montrer patients, de réussir pour leur vraie vie, alors que la vie dans leur jeu peut-être « resettée » à l’infini. On leur demande de bouger. On leur demande de gérer des vraies relations sociales. Ils ne sont pas prêts. On les a laissés tomber. Personne ne leur a montré que le monde, le vrai, est si intéressant. Ils ne sont pas prêts.

Et comment comme parents, je peux aider mes enfants à faire partie de ce monde où les écrans sont omniprésents… Il n’y a pas de solution. Tornade me faisait valoir que si tous les jeunes jouent à un jeu et en parlent à l’école, tu ne veux pas être le poche qui ne comprend rien à ce qu’ils racontent. Tu ne veux pas être le bizarre. Même comme parent, tu ne veux pas être celui dont l’enfant n’arrive pas à faire fonctionner une application à l’école ou une tablette.

Vois-tu le cercle vicieux? Est-ce qu’il y a une bonne réponse? Un bon mode d’emploi? J’en doute fort. Peut-être que d’avoir plus de pancartes PARENTS SECOURS, peut-être que de redevenir tout un village qui surveille les enfants pour leur venir en aide plutôt qu’avec des jumelles qui jugent de loin. Plus de fêtes de quartier. Plus de fêtes d’enfants (je déteste les fêtes d’enfants, là-dessus, je suis totalement brisée). Plus de dehors, moins de communauté de jeux. Il y a des pistes à la pelle, mais rien ne changera si nous n’allumons pas que le problème vient de nous tous.

Être une communauté au lieu d’un paquet d’individus seuls… Être une grande famille…

C’était un peu déprimant, mon affaire… Je m’excuse. Je vais me faire pardonner. Je vais même vous faire sourire. Êtes-vous prêts?

Hier, je revenais de faire l’épicerie avec un ami. Nous avons vu un chien sur la route. C’était évident qu’il avait besoin d’aide. Il portait un cornet laid de vétérinaire. C’était clairement une femelle et il ne devait pas y avoir longtemps qu’elle avait eu des bébés car ses mamelles étaient encore gonflées de lait. J’ai failli la percuter. Elle est venue à la porte de voiture immédiatement quand je me suis arrêtée. Elle avait besoin d’aide. J’ai stationné mon auto et on a cherché. On a cogné aux portes. On l’a rassurée. On a retrouvé son maître. Je suis remonté dans mon auto et je suis rentrée chez moi. Ça été si facile… Une bonne action facile.

Pourquoi je vous raconte cela après vous avoir dit combien on est tous des humains individualistes? C’est facile… Parce que c’est chaque petit geste qui va changer le monde. Quand j’ai raconté notre aventure à mes tempêtes, ils étaient fiers de leur maman. Ils étaient inquiets pour ce chien aussi parce qu’ils sont remplis de compassion. Tope-là maman!

Changer le monde, changer les enfants… Ça va se faire un exemple à la fois, une partie de cartes en famille à la fois, un geste gratuit à son prochain.

Voilà donc… J’aime ça donner des devoirs. J’ai manqué ma vocation peut-être. Chaque jour, donnez… Une fois, deux fois… Tant que votre cœur n’est pas rempli de cette fierté d’être un vrai bon être humain. Un vrai, pas le meilleur d’un jeu… un vrai.

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Maman TDAH de trois tempêtes; Tornade 11 ans (TDAH avec impulsivité et trouble anxieux), Ouragan 9 ans (TDAH) et Tsunami 6 ans (trop jeune pour un diagnostic), je suis la douce moitié de mon petit mari (TDAH). À cela s'ajoute une grande sœur au pays des nuages que nous appelons affectueusement Coccinelle. Éducatrice en pouponnière ainsi qu'anciennement auteure de livre jeunesse, je me considère comme une sage dans l'art de la patience infinie...