La pomme ne tombe jamais loin de l’arbre

0
297

Chez nous, on dit souvent que la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre… Si je me comparais à un pommier, je dirais aisément que mes deux petites pommes ne sont effectivement pas tombées loin de mes branches!

Je parle souvent de la différence de mes enfants, de leurs particularités, de leurs défis et de ce qui les rend uniques face à la majorité. Mais je parle rarement des miennes.

Mes différences.

Mes particularités.

Mes défis.

En tant que parents différents, on monte souvent aux barricades pour défendre nos enfants. Parler de ce qu’ils sont, de ce qui les compose, pour que l’on comprenne d’où vient leurs comportements parfois décalés. Pour éviter qu’on les juge. Pour que le monde s’ouvre à la diversité et accepte que le monde entier n’ait pas besoin d’entrer dans un cercle définit pour bien se porter.  Qu’il y a d’autres façons de fonctionner, d’apprendre et de penser et que c’est très bien ainsi.

Mais en tant que parent différent, je parle rarement du défi que c’est d’être un parent soi-même différent. De jongler avec les troubles de ses enfants quand ils sont aussi les vôtres…

Du plus loin que je me rappelle, je me suis toujours sentie décalée. En retrait, quelque part ailleurs des autres humains de mon âge. J’ai toujours senti ce fossé entre moi et les autres. Mes pensées, mes réactions, mes émotions et mon fonctionnement.

Toute petite, je savais déjà que je n’allais pas. Je me rappelle souvent avoir eu ce sentiment étrange d’avoir été projetée au milieu d’une mêlée à laquelle je ne comprenais rien. Une foule d’humains pensant autrement. Agissant différemment. Riant autrement. Et alors que la vie se déroulait autour de moi, je me sentais comme une observatrice de ce monde bizarre.

Ça n’a pas changé en vieillissant. Seulement, le monde de l’adulte obligeant, je ne pouvais plus demeurer en marge à observer ce drôle de paysage en essayant de coller les morceaux pour en faire une image compréhensible dans ma tête.

Je devais prendre part à cette mêlée. Emboîter le pas et faire mon chemin. Participer à ce drôle de jeu aux règles nébuleuses. Et j’ai essayé. Beaucoup. Jusqu’à ce que je comprenne que je ne serais jamais tout à fait dedans.

Que je serais toujours à côté de la plaque.

Quand je parle de ma propre différence, c’est souvent pour faire rire mes proches. Rarement pour leur parler des difficultés.

Jamais de ces sensations qui agressent mon cerveau et mon corps comme des millions de petites échardes.

Jamais de ma difficulté à parfois décoder certains contextes.

Jamais du travail acharné qu’est la gestion des vagues d’émotions qui me submergent.

Jamais de mes incompréhensions face à ce cerveau qui fonctionne à vitesse grand V, mais qui peut se paralyser tout aussi rapidement face à une peccadille.

Jamais des montagnes que j’ai déplacées pour contrôler cette anxiété.

Rarement de mon incapacité à gérer l’injustice.

Rarement de la fatigue de ma tête qui ne s’arrête jamais.

Rarement de ce corps et de cette tête toujours en action, qui ne semblent jamais vouloir se reposer.

Rarement de l’énergie que je déploie à m’auto-réguler et calmer cette impulsivité et ces émotions en dents de scie.

Tout ce dont je parle, c’est de cette tête qui me joue souvent des tours et parvient à faire rire tout le monde. Cette attention éparpillée qui me joue des tours. Du côté comique, parfois difficile, mais oh combien merveilleux, d’être une maman différente.

Si j’étais un pommier, mes petites pommes auraient tiré leur essence du fin fond de mes racines. Mais je ne suis pas un pommier, alors je les regarde grandir en m’étonnant fréquemment de la complexité de l’être humain et en jonglant entre leurs défis… Et les miens.

PARTAGER
Article précédentMoyenne, quand tu nous tiens!
Article suivantLe deuil de l’école, un deuil parmi tant d’autres
TDA/H, maman, éducatrice à l'enfance et étudiante en soutien pédagogique à la petite enfance, je suis passionnée des petits humains et de la différence. Artiste à mes heures, membre du conseil exécutif de mon syndicat et bénévole pour Tourette Soutien de ma région, je jongle entre le SGT-TDAH-trouble anxieux-hypothèse HPI de ma grande de 11 ans, le TDA/H de ma 7 ans, leur tempérament respectif, mon travail d'éducatrice à l'enfance qui accueille aussi des enfants à besoins particuliers et la complexité de notre famille hors normes que j'adore! Je suis une passionnée qui a réussi à mettre son H au service de sa passion. Ancienne enfant qui s'est longtemps sentie différente, j'espère aujourd'hui transmettre une certitude à mes petites humaines : être unique en son genre et ne cadrer nulle part ne peut que nous faire ressortir! Je souhaite profondément qu'un jour elles voient leur différence comme une chance et non comme une adversité à dompter.