J’envie le « pas de filtre » de mon fils

0
196

Collaborateur : Patrice Saucier de Papautisme

Dès que Laurent a une pensée qui lui trotte dans la tête, sans réfléchir, il la balance et se fout bien de la réaction des autres. C’est l’une des nombreuses facettes de son autisme : l’absence de filtre. C’est un jab bien senti dès qu’il ouvre la bouche pour émettre une pensée. Non pas que je ressens aucune honte, sauf que… Je pars à la course dans ma tête pour trouver la cassette que je fais jouer lors d’une situation de « pas de filtre »… La fameuse cassette qui explique à la personne pouvant être offensée par les propos de fiston que ce n’est pas vraiment sa faute, que cet enfant dit tout ce qu’il pense malgré lui, en raison de son autisme. « En raison de son autisme »… Ben oui! Je la trouve, je pèse sur play, je commence à parler. « Excusez-le, mon fils n’a pas de filtre, c’est un autiste ».

Parfois, la personne va comprendre. D’autre fois, c’est une autre histoire. Elle quitte fâchée ou me donne des conseils sur comment élever un enfant. D’une manière ou d’une autre, le mal est fait… « Excusez-le, il est autiste ». Comme si j’admettais que mon fils vient d’une autre caste que celle qui domine la vie quotidienne à Montréal ou ailleurs au Québec. Je m’en veux parce que devant Laurent, je lui avoue sa « would be » infériorité par rapport aux autres, alors que je ne pense jamais comme ça! Pire, je me sens comme si je le considérais moins bon… Tsé?

« C’est pas de sa faute, c’est un autiste ». Je ne le vois pas comme un moins que rien, mon Laurent. C’est un ado avec ses forces, ses côtes à remonter, manière différente d’écrire « défis » ou « faiblesses ». C’est un être doté d’une intelligence et d’une manière de voir les choses nettement différentes. Dans la voiture, j’en profite pour lui demander de faire attention la première fois, du moins d’essayer. « Parler du décolleté de la madame n’était peut-être pas une bonne chose ». Et lui de répondre « Oui, mais elle avait un trou! » C’était une évidence, elle avait un trou. Mais… Peut-être la prochaine fois le garder pour soi? « Oui papa ». Et je sais que ça continuera. Et je sais que je serai toujours fier de mon fils, mais je dois trouver une nouvelle manière de le défendre.

Patrice Saucier

Suivez Papautisme sur Facebook

PARTAGER
Article précédentAider l’aidant…
Article suivantLa chute
Vous êtes le parent d'un enfant différent? Vous travaillez auprès d'une clientèle à besoins particuliers? Vous vivez vous-même avec une différence? Vous aimez écrire et souhaiteriez partager votre expérience pour sensibiliser les gens? Faites partie de l'équipe des Collabos! Cliquez sur l'onglet À propos pour nous envoyer votre texte.