Je suis une menteuse

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Tu n’es pas tannée de devoir continuellement mentir au nom de la conformité?

D’essayer de projeter l’image de la petite vie Pinterest parfaite quand tu as tellement envie d’évasion que tu préfères t’embarrer dans la salle de bain avec un livre plutôt que d’affronter tes deux monstres anges qui s’arrachent la tête dès qu’ils respirent le même air? De te sentir obligée de publier sur Instagram une photo de famille qui respire la #joiedevivre en sachant très bien qu’une heure plus tôt tu as appris que ton aîné était suspendu de l’école? Pour la troisième fois. De vanter sur Facebook à quel point tu as le meilleur amoureux de la Terre quand ton couple est aussi fragile que la maison de paille dans Les 3 petits cochons?

Ça ma belle, ça s’appelle la « pression sociale ». On dirait bien que ça faisait partie des minuscules clauses illisibles dans le bas de notre contrat de mère. Si tu la ressentais avant, dis-toi qu’une fois que la maternité se pointe le bout du nez, elle devient partie intégrante de ton quotidien. À partir du moment où tu vois deux barres sur le test pipi, cette pression s’accroît de jour en jour pour bientôt atteindre des sommets exponentiels. Sage-femme ou obstétricien? Allaitement ou biberon? Portage ou poussette?  Purée maison ou préparations commerciales? Co-dodo ou 5-10-15? Activités éducatives ou jeux libres? Tu élèveras seule ou en couple? TOUS nos faits et gestes sont scrutés à la loupe et jugés selon un barème de critères des plus délirants et aléatoires. Devenir parent, c’est accepter que dorénavant, chaque personne qui croisera notre route, qu’elle soit un proche parent ou un parfait inconnu, portera un jugement instinctif sur nous. C’est comme ça, c’est humain, primal. On juge selon nos valeurs, notre éducation, notre vécu.

À la différence qu’aujourd’hui, plus que n’importe quelle époque auparavant, la technologie a changé nos rapports les uns aux autres. Avant, tu saluais ton voisin tous les matins en allant récupérer ton journal sur le pas de la porte, tu piquais une jasette sur les bêtises du p’tit dernier pis tu pestais contre la prochaine tempête à venir. Mais derrière la porte close, chacun retrouvait l’anonymat relatif de son foyer. Aujourd’hui, si tu croises ton voisin une fois par mois c’est beau. Ce qui ne t’empêche pas de connaître sa vie dans les moindres détails. Il t’invite virtuellement à partager son intimité en te montrant sa traditionnelle expédition en canot-camping, ses dernières vacances paradisiaques au bord de la mer et même son ascension du camp de base de l’Everest… avec ses enfants de 2, 5 et 7 ans!

Et pendant ce temps-là, tu restes planquée derrière ton écran avec tes cheveux gras pis ton pyjama de licorne, un café froid à la main, en essayant de faire abstraction de tes paniers débordant de vêtements qui te supplient de venir les plier. Tu compares ta vie et tu te demandes ce que tu aurais pu faire de mieux pour espérer ne serait-ce qu’une once de cette façade qui suinte le bonheur factice. Parce que oui, bien sûr, ton subconscient sait ce que ta bouche n’ose formuler : c’est une illusion. La perfection ça n’existe pas et l’herbe est rarement plus verte chez le voisin. Chaque famille a ses défis secrets, ses bêtes noires. Mais nous sommes devenus des caméléons, des experts en camouflage. On expose aux autres ce que l’on veut bien montrer. En déformant la réalité pour correspondre à ce qu’ils attendent de nous, nous alimentons ce mensonge collectif. Et j’en ai assez.

Quand je dis à mon fils d’aimer ses rondeurs, alors que je prends ma douche dans le noir parce que je suis incapable de regarder les miennes, je suis une menteuse.

Quand je dis à ma fille de finir mon assiette parce que je n’ai plus faim, alors que mon estomac est aussi vide que mon portefeuille, je suis une menteuse.

Quand je cède aux avances de mon conjoint pour lui faire plaisir, je suis une menteuse.

Quand je dis à mon entourage que j’accepte l’autisme de fiston et que je contrôle la situation, alors que je voudrais juste me rouler en boule pour pleurer ma vie et dormir les prochains 10 ans, je suis une menteuse.

J’en ai assez de travestir ma réalité pour correspondre à ce qu’on attend de moi.

Je me suis toujours vantée d’être une fille gentille et intègre, qui préfère la vérité crue aux apparences. Je m’étais promis de ne jamais jouer de game, de rester fidèle à mes valeurs intrinsèques. D’être une amoureuse, une amie, une mère et une employée dévouée. D’honorer les principes chers à mon cœur : la patience, l’écoute, la persévérance, la droiture, la tolérance. L’honnêteté.

C’était la moi d’avant. Avant d’avoir des enfants. Aujourd’hui, je ne suis qu’une carapace vide.

Ça fait (trop) longtemps que je ME suis perdue dans la brume.

À trop vouloir plaire aux autres, la femme flamme en moi s’est éteinte.

Je ne sais pas quand exactement c’est arrivé. Probablement à pas de loup, sournoisement. Mais la vérité, c’est que je me suis laissée tomber. À force de me comparer, j’ai cessé de croire en mes capacités. J’ai été dure envers moi-même. Je me suis dénigrée, rabaissée. J’ai laissé le doute m’envahir. Parce que c’est ça la clé. La confiance. Regardez autour de vous. Ceux qui réussissent ce ne sont pas (toujours) les plus intelligents, les plus riches ou les plus forts. Ce sont des gens qui croient en eux, en leurs rêves. Rien ne les arrêtent, ni les moqueries, ni les rejets ou les refus. Ils s’entourent de positif, de gens qui les encouragent et les appuient. Ils créent leurs propres règles et sont maîtres de leurs destins plutôt que de se laisser gouverner par les diktats du monde qui les entourent. Ils voient le bon côté de la vie plutôt que ses travers.

J’aspire à cet idéal depuis si longtemps. Cette année, j’en ai assez de tergiverser, je me lance.

Je pars à la découverte de la personne que je suis devenue. Le temps est venu de dépoussiérer mes passions, mes aspirations, mes rêves pour leurs redonner leur lustre d’antan. Je veux rire aux éclats, vibrer au son de la musique, mettre de la couleur dans mon univers, me sentir vivante. Prendre mon calepin d’esquisses, un thermos de café sous le bras et dessiner tout l’après-midi au bord de la rivière. Rejoindre des amis à Montréal pour un spectacle, sans me sentir coupable de laisser la maisonnée. Porter un bikini malgré mes vergetures ou mes poignées d’amour et affronter le regard des autres avec sérénité. Publier plus de photos de grimaces et de pyjamas. Me permettre de vivre à fond mes émotions plutôt que de les réprimer. Être vraie.

Et vous? Que désirez-vous secrètement ?

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Sandra Chartier est un diamant brut aux mille facettes. Femme Phénix, maman équilibriste et amoureuse caméléon, le diagnostic TSA de son fils aîné a changé son regard sur le monde et l'a amenée à parcourir les chemins les moins fréquentés. Déménagement à l’autre bout de la province, changement d’emploi et nouvelle dynamique familiale, aucun obstacle n'est insurmontable quand on aspire au bonheur. Par le biais de l’écriture, elle s’est donné comme mission cette année de rejoindre, de sensibiliser et d’informer un maximum de gens sur son quotidien haut en couleur. Après une fructueuse collaboration avec le défunt A&ME webzine, elle est prête à affronter de nouveau défis avec notre équipe!