Mes cocos, maman doit vous parler…

0
461

Intimidation. Dépression. Suicide. Mort.

Des mots qu’on ne voudrait jamais avoir à prononcer. Et surtout pas en tant que parents.

Des mots qui font peur. Qui heurtent, qui blessent, qui hantent. Parfois tout ça en même temps.

Nous aimerions les repousser au plus profond de notre tête, les cadenasser à double tour et jeter la clé aux oubliettes. Nous voudrions que nos enfants n’y soient jamais exposés. Qu’ils restent innocents. Ignorants. Qu’ils ne connaissent jamais le rejet, la douleur ou la désillusion. Nous voudrions être omniscients et pouvoir à la fois les protéger du mal des autres et de celui qu’ils pourraient un jour se faire à eux-mêmes.

Et si, par malheur, nous avons personnellement flirté avec cette noirceur, alors là, franchement, ça craint. Surtout si notre enfant est différent.

Parce que ne nous voilons pas la face, les statistiques sont contre nous.

Quand on déboule dans le merveilleux monde de la parentalité avec à son actif une bonne dizaine d’années d’intimidation, une dépression majeure, des tentatives de suicide, de l’anxiété généralisée et bon nombre de plaies encore à vif, le risque de rechute est multiplié de façon exponentielle.

Quand en plus notre enfant à de sérieux problèmes de sommeil et des défis importants, notre vie devient entièrement centrée sur lui. Exit le temps pour écouter NOS signaux de détresse.

Insidieusement, le quotidien nous happe dans son tourbillon fou. Engluant notre esprit dans un brouillard épais. Nous privant de notre capacité à réfléchir et à analyser lucidement notre vie sur le pilote automatique.

Malgré toute notre bonne volonté, les sautes d’humeur, les cris, les pleurs et l’insomnie nous engloutissent sous une vague de désespoir. Notre corps nous envoie des signaux de détresse qu’on repousse toujours plus loin parce que notre tête nous dit que notre petite famille a besoin de nous. On essaie de reprendre pied dans la réalité mais à chaque matin il devient de plus en plus difficile de sortir du lit et de faire face à ses responsabilités.

Nos petits cocos, qui sont déjà des éponges à émotions, ne comprennent pas pourquoi maman préfère dormir plutôt que de jouer avec eux. Pourquoi un instant elle hurle pour rien et éclate en sanglots la seconde d’après. Pourquoi elle peut passer une journée complète, les yeux dans le vide, à fixer la fenêtre, sans leur parler. Pourquoi elle ne sourit plus et repousse leurs câlins.

Notre cœur de maman ressent toute la confusion et l’anxiété de notre marmaille, laissant dans son sillage un nauséeux sentiment d’impuissance. On est gelé par en-dedans, pétrifié devant ce maelstrom d’émotions contradictoires qui nous envahit. On se sent moche, misérable, inutile. Notre imagination s’emballe… et si?

Et si mes enfants et mon conjoint méritaient mieux? Et s’ils s’en sortaient très bien sans moi?

Et puis un jour, on frappe un mur. Notre conjoint nous surprend, en pleine nuit, en train de chercher les failles dans les garanties de notre police d’assurance. L’ultime solution. Notre porte de sortie.

Et dans un moment de lucidité rare, toute l’absurdité de la situation nous saute en pleine face.

On réalise ce à quoi on était prêt à renoncer au nom de cet esprit malade. Définitivement.

Notre conjoint. Nos enfants. Nos amis. Notre famille… Notre vie.

Et on la chienne. On a peur de nous, de ce qu’on aurait pu faire. On s’en veut, on culpabilise.

Rendu à ce carrefour, deux choix s’offre à nous : nier l’évidence, s’apitoyer sur soi-même et continuer de s’enfoncer six pieds sous terre OU regarder la réalité dans le blanc des yeux, admettre qu’on est en dépression et se promettre de survivre, quoi qu’il arrive.

J’ai choisi la deuxième option.

J’ai commencé une thérapie par le biais du programme d’aide aux employés (PAE) de mon employeur puis j’ai rencontré mon médecin qui m’a retiré du travail pendant deux mois. J’ai aussi accepté de prendre une médication pour la première fois. J’allais mieux. Enfin. J’aurais pu m’en tenir à cette victoire mais ce n’était pas suffisant.

J’avais besoin de briser le diktat du silence, sortir de l’ombre pour rappeler à ceux qui l’ont perdu de vue, que le soleil brille toujours. Que l’on peut être une bonne mère malgré la dépression. Montrer à mes enfants que je ne suis pas parfaite, que j’ai ma part de noirceur, mais que désormais je connais mes faiblesses. Et que j’ai bien l’intention de me battre pour chaque parcelle de bonheur qui me sera offerte.

C’est pourquoi, en compagnie de 19 autres personnes, j’ai participé au tournage d’une capsule Web pour le projet Moments d’espoir  à Canal Vie.

Je tenais à visionner le montage final avec mes enfants. C’était peut-être une bonne idée… ou non. Mon cœur s’est brisé en mille morceaux quand j’ai vu leurs yeux se remplirent de panique en m’entendant prononcer les mots « suicide » et « mort ». Quand j’ai vu des dizaines de questions se bousculer au bord de leurs lèvres. Vraiment, je me suis demandé dans quoi je m’étais embarquée.

À la fin, j’ai ouvert grand mes bras et mes cocos sont venus s’y blottir tout naturellement. J’ai rassemblé mon courage et dans la sécurité de notre cocon, j’ai livré mon histoire avec des mots d’enfants. J’ai écouté leurs questions et j’ai essayé de trouver les mots justes pour apaiser leurs peurs. Je leur ai promis que quelles que soit les difficultés qu’ils auraient à surmonter dans la vie, ma porte serait toujours grande ouverte pour eux.

Ces petites mains contre mon cœur sont ma raison de vivre. Et vous, quelle est la vôtre ?

PARTAGER
Article précédentMélancolie, fatigue ou introspection?
Article suivantLe temps d’une rentrée scolaire
Sandra Chartier est un diamant brut aux mille facettes. Femme Phénix, maman équilibriste et amoureuse caméléon, le diagnostic TSA de son fils aîné a changé son regard sur le monde et l'a amenée à parcourir les chemins les moins fréquentés. Déménagement à l’autre bout de la province, changement d’emploi et nouvelle dynamique familiale, aucun obstacle n'est insurmontable quand on aspire au bonheur. Par le biais de l’écriture, elle s’est donné comme mission cette année de rejoindre, de sensibiliser et d’informer un maximum de gens sur son quotidien haut en couleur. Après une fructueuse collaboration avec le défunt A&ME webzine, elle est prête à affronter de nouveau défis avec notre équipe!