Culpabilité quand tu me tiens!

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Je suis maman de quatre enfants et depuis la rentrée, qui a été fort mouvementée chez nous, la culpabilité me suit comme une tache.   En fait, je ne sais pas si on devrait parler de culpabilité, de sentiment d’incompétence, de pression sociale ou de mensonge collectif.

La rentrée chez nous, elle aura été tout sauf ZEN!  Pourtant, quand je faisais l’épicerie, je me souviens très bien avoir lu les grands titres des revues qui, on ne le se cachera pas, s’adressent davantage à la gente féminine qu’aux hommes. Des titres du genre : Pour une rentrée ZEN ou Le bonheur.   Je ne suis pas en train de vous dire que je ne suis pas heureuse.  Je vous dis que je n’ai pas  l’impression d’habiter la même planète que celles qui écrivent ces articles!  J’ai beau acheter les effets scolaires d’avance, faire participer les enfants, cuisiner des repas en double en triple ou même plus (vive le congélateur), je n’y arrive pas! Il y a toujours des moments où je me sens dépassée!  Cette année, ça a été le boutte du boutte!  À 19h00, la veille de la rentrée, j’étais contente et fière de moi.  Ça allait bien, tout mon petit monde allait être au lit tôt! Ouf!  J’allais avoir une heure pour moi, une petite heure juste pour moi, je n’en avais pas vraiment eu depuis le début de l’été.  Il me restait juste à passer le fer plat dans les cheveux de ma troisième.  En m’apprêtant à le faire, je découvre qu’elle a des poux!  Et après vérification, les trois autres enfants aussi!

En une fraction de seconde, ma soirée venait de changer de plan!  J’étais tellement déçue et j’en voulais à la vie!  J’attendais cette petite heure à moi, de moi, juste pour moi depuis des mois!!!  Je pense sérieusement qu’il y a un petit diable quelque part qui me surveille et qui a été mandaté pour s’assurer que du temps pour moi, je ne puisse pas en avoir!  Je vous jure, très souvent, lorsque je m’organise pour avoir un peu de temps pour moi, un besoin plus urgent surgit de je ne sais où!

Après avoir fait un traitement à tout le monde, changé tous les lits et tout le tralala, tout le monde s’est couché à plus de 21h30!  Et ce n’est pas tout, il fallait relaver les cheveux de tout ce beau monde (car le traitement l’exigeait) en se levant le lendemain matin (jour de la rentrée!).  Malgré l’heure tardive à laquelle nous nous étions couchés, il fallait se lever plus tôt que d’habitude le lendemain parce qu’on a juste une salle de bain!!!

Pensez-vous qu’elle a vraiment été ZEN ma rentrée?  Parce que ce n’est pas tout, j’ai quatre enfants qui vont à quatre endroits différents (vive les enfants à besoins particuliers).  Alors là, c’était l’argumentation entre les enfants pour savoir qui sera accompagné de maman ou de papa et qui ira chercher qui en cette première journée de classe qui correspondait aussi pour nous à l’ouverture d’une nouvelle école de quartier!

Quand, après la montagne de lavage, j’ai ouvert mon Facebook et que j’ai vu toutes vos photos de la rentrée, je me sentais mal.  Moi, ça fait deux ans que je n’ai même pas le temps de penser à prendre une photo de la rentrée.  Il y a certainement quelque chose quelque part que je fais qui n’est pas correct…  Mais quatre enfants à quatre endroits différents, juste d’arriver à ce que tout le monde parte à l’heure avec son sac, son lunch et ses chaussures pour l’intérieur, c’est déjà un exploit en soi et en plus j’essaie de garder le sourire…  Alors, vos grands titres de rentrée ZEN et de bonheur, ben vous savez ce que j’en pense!!!

Pis là, je me sens mal aussi, parce que même si je considère que c’est important de bien manger, de manger biologique et local si possible, ben je n’y arrive pas toujours.  Alors oui, il m’arrive, malgré toutes mes bonnes intentions, de servir du macaroni au fromage ou des croquettes à mes enfants et ce, plus souvent que le voudrais!  Pis oui, je me sens coupable à chaque fois!

C’est la même chose quand on me parle de la planète.  Oui, je composte, je recycle, je fais mon gros possible pour que mes enfants aient une boîte à lunch zéro déchet.  Je cuisine des desserts faits maison sans sucre…  Bref, je fais tout ce que je peux!  J’peux-tu arrêter de me sentir coupable parce que cette semaine, je leur ai mis des desserts achetés, donc du sucre et des emballages en plastique!  Et non, je n’ai pas toujours le temps d’étendre le lavage sur la corde pour sauver de l’énergie!

Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise!  Je n’ai juste pas eu le temps parce que cette semaine, j’ai géré l’hypersensibilité de la plus jeune, les fourmis charpentières dans le toit et les besoins de mon enfant qui n’étaient pas respectés à l’école!

Pis là, on me parle d’activité physique.  Ben vous savez quoi, dans un monde idéal, je voudrais bien que mes enfants prennent l’air après le souper, mais après les devoirs (qui sont toujours grandement facilités par le TDAH, la dyslexie, la dysorthographie, la dyspraxie…), les lunchs pour le lendemain, la vaisselle et tout le reste, ben on juste pas  le temps!

Pis tant qu’à me vider le cœur, on va aussi parler du temps en couple.  Je ne sais plus à qui je disais que je cherchais une gardienne (c’était déjà beau, je cherchais une gardienne!) parce que notre dernier 24h en couple remonte à il y a environ quatre ans.  Et là, on me répond, tu sais c’est important le temps en couple.  Penses-tu que je ne le sais pas!?!  Je fais juste ce que je peux!  Des enfants à besoins particuliers, comme le mot le dit, ça a des besoins!  Je suis sur une liste au CLSC, dans deux ans peut-être que j’aurai droit à du répit!!! Peut-être…

Trois semaines après la rentrée, j’ai atterri (atterri, c’est le bon mot!) dans le bureau de ma psy.  Elle me demande comment je vais.  Je ne le sais pas comment je vais!  Tout ce que je fais depuis la rentrée, c’est répondre aux nouveaux besoins qui surgissent sans crier gare!  Il y a certainement quelque chose que je n’ai pas compris ou que je ne fais pas bien, parce que je n’y arrive juste pas et en plus je ne travaille pas cette année! Comment je faisais pour travailler les années précédentes, sérieusement, je ne le sais pas!   Je lui raconte ce que vous venez de lire.  En ajoutant qu’au travers tout ça, j’ai eu une rencontre avec l’OPHQ et j’ai donné du temps pour la Coalition de parents d’enfants à besoins particuliers du Québec, car la rentrée ayant été difficile, j’avais besoin de canaliser mon énergie sur quelque chose de constructif.  Elle me regarde puis doucement, elle me dit que c’est normal que je me sente dépassée, que les besoins sont grands, que j’ai quatre enfants… Qu’en ce moment, j’investis dans l’avenir en passant beaucoup de temps avec mes enfants.  Qu’à ses yeux à elle, les femmes sont victimes d’un gros mensonge collectif.  Que ce n’est pas vrai pour tout le monde les rentrées ZEN, le gros bonheur facile. Qu’on met une pression immense particulièrement sur les femmes.  Elle m’a dit « pense-y, est-ce que tu vois ce genre de titre dans les revues de chasse et pêche ou autre revue du genre? »

Si vous saviez à quel point ça m’a fait du bien de me faire dire que c’est NORMAL!  Et elle me l’a tellement répété qu’il y avait des larmes qui coulaient sur mes joues…  Pouvez-vous me dire pourquoi on se met autant de pression? Je me tapais dessus parce que je n’étais pas arrivée à trouver du temps pour moi! Elle m’a dit ce n’est pas sain, mais c’est normal!  C’est normal! Les mots résonnent encore en moi…

Alors voilà, j’essaie de ne plus me taper dessus.  Ce  que je veux, c’est respirer et être moi! Juste être moi sans me sentir coupable d’exister et de ne pas faire comme tout le monde!  Être présente d’abord à moi-même et aussi pour mes enfants.  Peut-on juste être  heureux d’être présents et de vivre ensemble?

PS : Maintenant, quand je fais l’épicerie, je lis les grands titres de la revue Chasse et pêche ou des Débrouillards!

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Maman de quatre enfants, qui par leur grande sensibilité, l’ont amenée à remettre en question tout ce qui semble acquis ou naturel pour la plupart des gens. Elle se dévoue pour que ses enfants restent connectés à cette essence profonde qui leur est propre. Deux de ses enfants ont reçu un diagnostic de dyslexie/dysorthographie. Pour l’un d’eux, s’ajoutent une dyspraxie verbale, un trouble de la coordination motrice et un profil mixte d’hypersensibilité et d’hyposensibilité. Enseignante au primaire depuis 2002, elle travaille maintenant exclusivement avec les enfants en difficulté d’apprentissage.