Autisme, tu ne me fais plus peur

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Oui, pendant un temps, j’ai eu peur de ce mot. Comme s’il venait avec tellement d’échecs et de tristesse. J’ai eu peur de ce mot quand, à la vue des spécialistes, je n’étais qu’une mère de plus dans ce tourbillon qui m’empêchait d’avancer. J’ai eu peur de ce diagnostic, même après avoir cru l’accepter bien au fond de mes tripes.

J’ai eu peur qu’à chaque fois qu’il arriverait quelque chose à mon fils, ce mot devienne bien plus important que son prénom et son nom de famille. J’ai cru le perdre dans ces lettres qui m’ont donné tant d’insomnie. J’ai cru longtemps que j’avais dû faire quelque chose de pas correct pour que ce mot empoisonne nos vies.

Je l’ai pleuré, je l’ai maudit. J’aurais voulu parfois lui donner une méchante gifle quand c’est moi qui se retrouvais au tapis. J’ai cru qu’il m’avait volé ma maternité et volé l’enfance de ma progéniture. J’ai cru qu’il serait toujours un mur entre mon fils et moi.

Je ne croyais jamais autant détester, autant vouloir repousser une partie de mon fils. Je l’ai ridiculisé dans mes pensées les plus sombres. Je l’ai supplié de lâcher mon fils comme si j’avais voulu l’exorciser. Je lui en ai voulu, tellement voulu d’avoir pris mon fils dans ces griffes.

Je l’ai tellement haï, jugé, ridiculisé.  Si vous saviez ce que je lui ai secrètement envoyé, malmené.

Mais vu qu’il fait partie de la personne que j’aime le plus, j’ai commencé à vouloir le connaître. Comme un vieux démon que plein de gens déteste, j’ai voulu percer cette carapace.

Peu à peu, de temps en temps, je voyais un reflet de son vrai visage. Derrière les cris, se cachait de l’incompréhension. Derrière ces tapages, se cachait une peine non-comprise bien enfouie. Derrière ces mimiques, se cachait une auto-stimulation de calme. Derrière ce petit sourire, pouvait se cacher quelque chose de merveilleux.

J’ai continué à creuser, même si parfois, je ne comprenais pas trop ce qui se passait. J’ai continué à essayer de voir ce qu’il désirait me dire à travers les yeux de mon fils. Comme s’il était à l’intérieur de lui, je cherchais. Et plus je cherchais, plus les réponses revenaient vers moi avec d’autres questions. Plus je réussissais à répondre à ces questions, plus la façon de revenir vers moi était différente. Comme s’il y avait plein de visages différents. Comme si l’autisme ne pouvait jamais vraiment être décelé. Le petit doute, la crise de colère. Deux mondes complètement différents, mais qui se complètent dans leur différence.

Je ne sais pas si un jour je réussirai à percer tous ces visages. Mais au-delà de tout ça, j’ai trouvé mon fils, comme je ne l’avais jamais connu. J’ai vu des côtés que j’aurais sans doute repoussés si je ne l’avais pas accepté. L’acceptation de mon fils dans toute son intégralité.

En acceptant, en aimant ce côté de lui, ça m’a permis de découvrir une partie de lui. Je ne sais pas si cette facette je l’aime, je ne saurais dire si je vais un jour l’accepter à 100%.

Mais je peux jurer que plus jamais, il ne va m’effrayer. Car comme un vieux démon, j’ai compris ses failles. Mais j’ai surtout compris ses forces. Sa force, c’est lui, mon fils. Mon fils ne souffre pas d’autisme, mon fils est autiste. Et ça, même si on le lit partout, on ne le croit pas, on croit à un parasite bien encré dans sa tête. Mais j’ai voulu y voir autre chose.

Je reconnais sa force, sa force de caractère. De crier haut et fort quand ça le dérange. Même si ce n’est pas la meilleure des solutions, c’est la sienne. À moi de découvrir à quel point cette force peut être apportée positivement.

Autisme, tu fais maintenant partie de ma vie. Autisme, tu ne me fais plus peur.

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Je suis maman d'un merveilleux garçon qui a un TDAH et un TSA sans déficience intellectuelle. J'ai toujours été sensible à la maladie et aux troubles mentaux, je suis d'ailleurs préposée aux bénéficiaires. Mon fils réussit à faire ressortir le meilleur de moi-même. Le but de mes textes est d'évacuer mais surtout de conscientiser le monde à la différence et aux troubles mentaux ainsi qu'à leurs aspects dans la vie de tous les jours. J'espère vous toucher par mes écrits autant que moi je suis touchée en les écrivant.