Ta maman étoile

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Mon grand est différent des autres enfants, des autres adolescents. Car mon grand a deux mamans. C’est une autre facette de notre vie de famille différente. Car notre différence n’est pas que dans les diagnostics de l’un ou de l’autre. Elle réside aussi dans ce qui nous unit, dans ce qui nous a rassemblé. C’était il y a 14 ans. Une simple demande de quelqu’un du travail qui connaissait quelqu’un qui avait besoin. Qui aurait cru que ma vie allait totalement changer.

Je suis devenue ta maman sans t’avoir porté. Sans t’avoir vu naître. Je suis devenue ta maman, peut-être parce qu’à ce moment-là, ta maman m’a choisi pour toi et ton papa. Tu avais à peine 5 petites et courtes semaines quand tu m’as souri pour la première fois, quand tu as conquis mon cœur. Petit être sans défense. Petite poussière d’étoiles si innocente et impuissante face à ce que la vie, déjà, mettait sur ton chemin.

C’est, il y a 14 ans en cette mi-novembre, que ta maman étoile a perdu sa bataille. Cette lutte qu’elle a menée contre son corps qui ne voulait plus, alors qu’elle voulait tant. C’est, il y a 14 ans en cette mi-novembre, que la vie t’a apposé l’étiquette d’orphelin et à ton papa, celle de père célibataire, veuf… Du sommet du bonheur, il s’est retrouvé au fond du gouffre de la douleur, avec toi pour inconnu. Qui eut crû que cette épreuve pourrait se transformer en quelque chose de plus grand? De positif? Qui eut crû que de ce départ pourrait naître une belle aventure?

Il y a 14 an, en cette mi-novembre, j’ai rencontré un joli poupon. On me l’a confié avec confiance pour, entre adultes, partager la douleur de la perte de cette femme qui lui avait donné la vie. Cette femme qui ne l’aura vu que l’espace de quelques heures. Cette femme qu’il n’aura pas eu le temps de connaitre autrement que par les souvenirs des autres. Cette femme qui, à 33 ans, lutta 33 jours pour rester auprès de lui… Durant quelques heures, c’est à moi qu’on a confié ce qu’il y avait de plus précieux.

Et quelques mois plus tard, nous sommes devenus une famille. Et même si durant les premières années, c’est par mon prénom que tu m’appelais, j’ai toujours dit que tu étais mon fils, mon premier enfant, mon premier bébé. Que même si tu n’avais pas grandi en mon sein, tu avais grandi en mon cœur. Que même si nous ne partageons pas le même sang, tu as volé une partie de mon âme. Car mon fils tu es et toujours tu seras.

Il y a 14 ans, la mi-novembre est devenue un moment de réflexion. Un moment de sentiments, d’émotions intenses souvent inexplicables de par leur naissance soudaine et sans déclencheurs conscients.

À la mi-novembre, je me souviens de toutes ces fois où il m’a fallu et où il me faut encore souvent expliquer. Je me souviens de cette première fois où vraiment tu as questionné, où tu refusais de faire cet exposé oral, où il fallait parler d’un être cher et où la professeure avait utilisé l’exemple de sa propre mère récemment décédée. De la tristesse dans tes yeux quand tu m’as demandé pourquoi ta maman n’était plus là, pourquoi elle était morte… Je me souviens de ma propre émotion face à cet instant que j’appréhendais depuis déjà longtemps. Je me souviens des larmes dans tes yeux lorsque tu m’as demandé « pis c’est là qu’elle a décidé qu’elle ne m’aimait pas? », mais aussi du serrement au cœur que j’ai ressenti, des larmes qui ont coulé sur MES joues… Seigneur… « Non, non, non mon amour. Jamais ta maman n’a choisi de partir, Jamais elle n’a décidé qu’elle ne t’aimait pas! Au contraire! Elle t’aimait tant! Elle voulait tant rester et te voir grandir… Elle a tant lutté pour pouvoir rester et te tenir encore dans ses bras… »

Et chaque fois que je te regarde, j’essaie de te voir non pas juste avec mes yeux, mais aussi avec les siens. J’essaie de puiser dans ce que j’ai appris d’elle pour t’aider. J’essaie de te parler d’elle et je fais tout pour que tu la connaisses un peu plus, car elle est une partie si grande de toi.

Et encore aujourd’hui, je te murmure à l’oreille le soir quand tu dors que ces chatouilles que tu ressens dans la nuit, c’est ta maman étoile qui descend du ciel pour t’embrasser tendrement…

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Éducatrice à la petite enfance depuis une vingtaine d’année, adepte de l’entrainement en force pour ne pas perdre complètement la tête, Nancy Ringuet, très possiblement TDAH, est maman de deux garçons à diagnostics : un grand TDA sévère et un plus jeune SGT, TDAH impulsivité mixte et TOP. C’est un long combat qui aura mené aux diagnostics du plus jeune, et un long combat qui s’engage pour faire reconnaître ses besoins. Passionnée de recherches et assoiffée d’en apprendre plus, elle fouille le net sous toutes ses coutures. Elle partagera ici des textes et réflexions sur ce vécu différent de mère chef de famille, avec un conjoint dont le travail l’amène à être absent.