Philippe, je pense à toi…

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Ce matin, pendant que j’attends que la caféine me frappe de son coup de fouet salutaire, j’ai un moment d’égarement. Je pense à vous. Non, non! Je vous rassure, rien de pervers ou même coquin. Peut-être un peu déstabilisant par-contre… Veuillez m’excuser, je m’y prends de travers. Vous ne devez rien y comprendre! Soyez indulgent, il est 5h30 et je ne suis pas encore en pleine possession de mes moyens. Mon fils s’est finalement endormi à 23h et j’essaie de reprendre mes esprits avant d’aller travailler.

Où en étais-je? Ah oui, je pensais à vous. Je me demande quelle est votre routine le matin? Êtes-vous comme moi, lève-tôt par obligation, toujours à la course, la langue à terre, à chercher votre souffle? Ou bien du genre à procrastiner et à paresser au lit, à profiter de la chaleur de vos couvertures jusqu’au dernier moment? Est-ce que vous vous réveillez frais et dispo, le sourire aux lèvres, reposé? Ou tout comme moi, vous avez fait de l’insomnie en jonglant avec vos soucis financiers, entre trois crises nocturnes de votre petite dernière? Avez-vous la chance d’ouvrir les yeux aux côtés de votre femme chaque matin? Ou comme moi, le lit est froid et vide parce que votre conjoint s’est encore endormi sur le divan avec fiston pour que vous récupériez? Pour vos soirées en tête-à-tête, avez-vous pu compter sur du répit (une fin de semaine à l’hôtel peut-être?) ou comme moi, ça fait 6 ans que vous n’avez pas eu une nuit sans vos progénitures? Êtes-vous aux commandes de votre vie ou en êtes-vous devenu le simple spectateur?

La caféine commence à faire effet et je me rends bien compte que vous devez me trouver indiscrète avec toutes ces questions qui tourbillonnent dans ma tête. Pardonnez-moi, c’est juste que j’essaie de trouver un point que nous pourrions avoir en commun. De vous rendre humain à mes yeux. Je vous vois, vous êtes mon Premier Ministre, vous me représentez, vous prenez des décisions en mon nom et celui de millions d’autres concitoyens. Je devrais me sentir comprise, épaulée, fière de vous. Ou à tout le moins reconnaissante. Mais ce n’est pas le cas. Je nage en pleine confusion. Pourquoi la population, une majorité même, vous a-t-elle élu? Qu’est-ce qu’elle a vu en vous que je ne vois pas?

Au point où on en est, je peux t’appeler Philippe? Après tout, tu t’infiltres sans invitation dans chacune des sphères de ma vie. Même dans ma chambre à coucher. Tu règlementes, codifies, influences mon quotidien, c’est un peu comme si on avait élevé les cochons ensemble, non? Cher Philippe, tu ne sembles pas vivre sur la même planète que moi. Les choix que je dois faire chaque jour ne semblent être que de vagues points nébuleux à ton programme électoral. Tu en parles comme s’il s’agissait de ta liste d’épicerie. Comme si ma voix ne comptait pas. Comme si les dés étaient pipés d’avance, que tu avais déjà gagné la partie. Pourtant, j’ai l’impression que nous sommes nombreux à vivre cette désillusion. Nombreux à croire que tu vis dans ton paradis doré, entouré de tes congénères, à régner avec partialité sur tes « sujets ».

Je pourrais mourir demain, je ne resterais qu’une statistique dans tes calculs. Tu m’inspires la crainte, non pas parce que j’ai peur de toi. Non. J’ai peur du mal irrémédiable que tu causes, ici et maintenant, aux générations futures. En coupant dans des ressources dont nous avons cruellement besoin. En nous traitant comme des numéros sur un formulaire. En nous isolant. En nous appauvrissant. Physiquement. Mentalement. Financièrement. Culturellement. Collectivement.

Sois honnête. Avoue-le donc, qu’en quelque part au fond de toi, il y a cette parcelle de lucidité qui te susurre à l’oreille que tu ne seras plus au pouvoir quand la génération pré-pubère deviendra majeure. Que tu mises sur les emplois, sur l’économie, sur la diminution de la dette, sur la rentabilité en fermant les yeux sur ceux qui souffrent, qui appellent à l’aide. Ceux qui ont plus que tout besoin de ton pouvoir et de ta protection.

Parce qu’une mère de famille épuisée, ce n’est pas aussi glamour que le mythique géant Bombardier. En plus, un parent au bout du rouleau. C’est comme une instable bombe à retardement : on ne sait pas, elle pourrait sauter n’importe quand! Alors tu préfères traiter avec les animaux du Zoo de Saint-Félicien à la place. Bien moins d’implications et en plus, c’est beaucoup plus cute qu’un enfant intubé, non?

Allez, fais-moi plaisir, c’est le moment de me dire que je me trompe.

Le moment de me convaincre que je dramatise, que dans le fond, c’est TOI le sauveur du Québec. Que je suis dans le champ, que je n’ai rien compris.

Mais tu ne le feras pas.

Parce qu’en bon général, tu gouvernes de ta tour d’ivoire, bien à l’abri.

Tu préfères envoyer tes soldats guerroyer en ton nom plutôt que de débattre avec honneur sur la place publique.

Mais attention, la rébellion gronde dans les chaumières. Il ne faut jamais sous-estimer la force d’une meute de louves protectrices. Tu peux être certain que partout où tu iras, tu nous trouveras sur ton chemin pour demander des comptes et obtenir des réponses.

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Sandra Chartier est un diamant brut aux mille facettes. Femme Phénix, maman équilibriste et amoureuse caméléon, le diagnostic TSA de son fils aîné a changé son regard sur le monde et l'a amenée à parcourir les chemins les moins fréquentés. Déménagement à l’autre bout de la province, changement d’emploi et nouvelle dynamique familiale, aucun obstacle n'est insurmontable quand on aspire au bonheur. Par le biais de l’écriture, elle s’est donné comme mission cette année de rejoindre, de sensibiliser et d’informer un maximum de gens sur son quotidien haut en couleur. Après une fructueuse collaboration avec le défunt A&ME webzine, elle est prête à affronter de nouveau défis avec notre équipe!