Tu ne pourras jamais être à ma place

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C’est facile pour toi, tu ne l’as pas porté, tu ne l’as pas vu naître. Tu n’as pas vécu ces nuits blanches de pleurs sans cesse, de câlins non désirés. Tu n’as jamais vu ton enfant en retard sur la majorité de tout. Tu n’as pas couraillé les spécialistes car une partie de toi te disait de pousser. Qu’il y avait plus que de l’intolérance à la protéine bovine dans ses pleurs. Que le regard fuyant de ton enfant fuyait la réalité. Tu n’as pas connu le matin, petit baluchon en route avant même que le soleil se lève, car ton rendez-vous en plein milieu de la ville avec ton enfant est bien tôt. Tu n’as pas cumulé ces journées de dit rendez-vous. Quand ton enfant fait de la fièvre et que tu dois manquer le travail, c’est pour toi la fin du monde. Alors que moi, je ne sais même plus c’est quand la dernière fois où j’ai pu aller travailler. Et les dernières fois, on m’a appelée pour aller le chercher. Tu ne l’as pas reçu ce regard de désappointement, dans les salles d’attente bondées, des gens qui méprisent ton enfant. Que ce n’est pas des beaux yeux bleus de ton enfant dont les gens te parlent car en fait, ils ne te parlent même pas. Ton enfant a l’air tellement mal élevé et toi, toute échevelée, car c’est ton quatrième rendez-vous de la semaine et que la douche attendra.

Tu n’as pas vu ton enfant se faire attacher pour des tests, se faire piquer pour des réponses à toutes ces questions qui finissent toujours par d’autres questions. Toi, tu ne l’as pas vu mon enfant avoir mal d’être lui-même. Tu ne l’as pas entendu pleurer si fort lors d’une crise que tu as l’impression qu’il supplie que quelqu’un vienne chercher son âme. Tu ne l’as pas entendu, en plein milieu de la nuit, saccager sa chambre car son rêve lui a apporté trop d’émotions. Tu n’as pas vécu chaque soir, lorsqu’il est couché, de profiter de ta douche pour pouvoir pleurer un bon coup. Tu n’as pas senti ce vide intérieur quand ton enfant va si mal intérieurement que tu t’en veux presque de l’avoir mis au monde.

Tu n’as pas reçu ses coups, ses gifles, tu n’as pas eu à ressentir cette douleur d’avoir l’impression d’être juste un mauvais parent. De tout donner et de ne rien accomplir. Tu ne le sais pas car tu n’étais pas dans ma vie à ce moment-là.

Tout ça a eu raison de mon couple et bien sûr, avec un enfant différent, nous avons fini par se séparer. Quand tu es arrivée, tu m’as jurée que ça ne te faisait pas peur. Moi aussi, inconsciemment, j’ai cru que tu comprendrais. Mais j’ai vite compris que tu ne pourras jamais accepter à 100% car tu ne l’as pas vécu avec moi.

Je ne dis pas que ça ne pourra jamais fonctionner. Je dis juste que tu as manqué un méchant bout.

Alors quand tu me trouves lousse d’agir de telle manière avec mon enfant, sache qu’en-dessous de mes lunettes se cache une femme épuisée de ses années de combat. Quand je le cajole encore à son âge, sache que je rattrape mon besoin maternel de toutes ces fois où j’ai reçu des coups à la place de câlins. Quand tu dis que je lui en donne trop, sache qu’avant le diagnostic, nous aussi on croyait que c’était du non vouloir de sa part, alors oui, on a serré la vis et je me suis jurée de ne plus jamais faire vivre à mon enfant ce supplice de ne pas être accepté. Quand tu trouves qu’il est lent pour apprendre quelque chose, sache que pour lui, tout a été en retard, car sa vie a commencé la journée où on l’a accepté et médicamenté.

Tu ne comprendras jamais à quel point on en a vécu lui et moi. C’est pour ça qu’aujourd’hui, je veux en profiter avec lui.

Et même si tu as raison que l’autisme ne peut pas tout expliquer et tout réparer, je peux t’assurer que ce n’est pas ces troubles que je veux effacer, mais sa petite enfance détruite par ces troubles que je veux atténuer. Car s’il est vrai que tout se passe avant 5 ans, je prie n’importe qui pour que lui les oublie. Tu ne pourras jamais comprendre, mais comprends-moi. Dans mon évolution, dans ma vision, je suis rendue là.

Et toi?

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Je suis maman d'un merveilleux garçon qui a un TDAH et un TSA sans déficience intellectuelle. J'ai toujours été sensible à la maladie et aux troubles mentaux, je suis d'ailleurs préposée aux bénéficiaires. Mon fils réussit à faire ressortir le meilleur de moi-même. Le but de mes textes est d'évacuer mais surtout de conscientiser le monde à la différence et aux troubles mentaux ainsi qu'à leurs aspects dans la vie de tous les jours. J'espère vous toucher par mes écrits autant que moi je suis touchée en les écrivant.