Maman grandit aussi

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Quand je suis devenue maman, je voulais devenir la meilleure maman possible…

Normal, me direz-vous?

Mais cela a pris une tournure dramatique quand la naissance de Guillaume fut un rendez-vous raté… Il ne me regardait pas, ne voulait pas de moi et je n’existais plus.

Je me disais toujours que j’avais dû rater un truc, donc je comblais cela en me poussant à être encore meilleure…

Je n’essayais pas d’être parfaite, je sais que c’est impossible, mais de toujours améliorer notre relation et qu’il ait le meilleur environnement possible…

Malgré deux burnout maternels, rien ne m’arrêtait, car il fallait reconstruire cette relation…

Est-ce que ça a marché? Oui et non.

Oui, j’ai construit une relation avec mon fils, mais il me voit comme parfaite et invincible, donc il me sollicite constamment et compte sur moi pour tout résoudre.

Et moi, je continuais à prendre des décisions selon le critère suivant : est-ce que cela fait de moi une meilleure maman?

Aller à la bibliothèque lui chercher des livres fait-il de moi une meilleure maman?

Oui, donc je le faisais, même si je devais courir sous la pluie…

Aller à la ludothèque, même si cela implique un détour d’une heure.

Créer des jeux, même si je suis crevée ou malade.

Je prenais toutes mes décisions en fonction de lui et non pas de moi, afin d’être la meilleure version de la maternité selon ma vision…

Sauf que…

Épuisée, je ne supportais plus son babillage incessant et me suis surprise à le disputer sur son incapacité à se contrôler.

Déçue, je développais des sentiments de rancune lorsqu’il considérait mes efforts comme normaux et ne ressentait aucune empathie pour ma fatigue.

En colère, je n’aimais pas ma façon de lui répondre sèchement ni de le fuir dès que je me sentais débordée par toutes ces émotions.

Il me fallait une prise de conscience, mais je ne comprenais pas où je foirais vu que je faisais de mon mieux tout le temps… Comment faire encore mieux que cela?

Ma psy familiale me parlait de lâcher-prise, mais je ne voyais pas ce que cela voulait dire.

Mes amies me disaient que j’en faisais trop, mais comment peut-on trop en faire si ça aide son enfant?

Ce fut mon mari qui me donna la clé de manière inattendue.

Mon fils a une relation fusionnelle avec son père depuis la naissance de manière totalement spontanée et naturelle. Ils se comprennent et communiquent sans chercher à le faire.

C’est très dur à vivre pour moi, car j’ai mis deux ans à pouvoir le toucher, à exister à ses yeux, à ce qu’il me regarde, alors que son père, en ne faisant rien, l’a obtenu dès sa naissance. Et je dois bien avouer que j’en crève parfois de jalousie.

Un jour, alors que je pleurais parce que mon fils m’ignorait totalement et jouait avec son père, je lui dis : « Mais qu’est-ce que je fais de mal? » Mon mari me dit : « Arrête de vouloir faire. Moi, je ne fais rien et je le dispute, je lui dis non et même si je ne suis pas là certains jours, il m’aime comme cela. Tu te fais du mal pour rien et je veux que cela s’arrête. Tu es sa mère point. Arrête de vouloir le prouver! Fini la bibliothèque, la ludothèque, les heures passées sur Internet à chercher des solutions, des activités de ci ou de ça. Tu dois alléger ta vie et je vais m’en mêler pour que tu comprennes que cela ne change rien et que ton fils t’aimera comme tu es et non comme tu veux être! »

J’ai arrêté la bibliothèque, la ludothèque, les recherches et tout ce qui bouffait mon énergie… J’ai passé des dimanches sur le canapé à lui dire de s’occuper seul et j’ai appris à accepter qu’il n’est pas toujours content, mais que ça ne change rien à notre relation.

Mon fils a eu du mal avec ce changement, car il a dû trouver des solutions lui même contre l’ennui, la frustration ou l’angoisse. Je l’accompagne dans ses recherches, mais je ne m’en mêle plus et il découvre de nouvelles stratégies dont il est très fier… Il grandit et deviendra un homme indépendant qui, je l’espère, aimera toujours autant sa maman!

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Professeure dans une école au public difficile, Liza pensait avoir tout vu de la différence jusqu'à ce qu'elle devienne maman d'un petit garçon extraordinaire qui a chamboulé ses convictions autant que son cœur. Les premières années furent marquées par la culpabilisation médicale et les nuits sans sommeil à tenter de comprendre un bébé qui ne voulait pas en être un et ne suivait pas l'évolution classique d'un enfant : entre les crises de colère et d'angoisse , les dinosaures et l'espace, il y avait de quoi se sentir perdue. Il a fallu entamer la longue marche des diagnostics mais Aspiboy est un filou qui ne rentre dans aucune case. Même dans sa différence, il est différent. Il a toutefois séduit par son humour et sa vivacité de nombreux internautes qui suivaient Liza devenue Maman Aspie pour la sphère Facebook et qui gère aussi le groupe de soutien Croco Mum pour les mamans différentes car ensemble, on est plus fortes.