Ce fléau que je t’ai légué

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Je l’ai vu, je l’ai reconnu. Quand tu l’as fait la première fois. C’était étrange d’être de l’autre côté du miroir. Quand j’ai essayé de te calmer, je me sentais moi-même monter. Comment pouvais-je réussir pour quelqu’un d’autre quand je n’y suis jamais arrivée pour moi-même? Quand ça te prend aux tripes, quand tu es sûre que c’est la fin. Que tu veux que ce soit la fin car vivre ce sentiment est sans aucun doute l’un des pires. Quand ta tête semble si remplie sur tes épaules bien assez lourdes. Quand tu entends ton cœur battre à l’intérieur de tes tympans. Quand tu crois au malheur si fort que tu voudrais en finir, là. Que t’étendre dans un bain d’eau chaude à essayer que l’effet d’apesanteur enlève ce poids qui t’empêche de respirer. Mais tu te rends compte que cette lourdeur est intérieure, qu’il faudrait faire une autopsie de ton passé pour guérir ce morceau en toi qui est brisé. Quand ta façon de voir les choses est irrationnelle et que tu le sais. Quand tes propres pensées, tu les trouves sans aucun sens. Comment quelqu’un pourrait comprendre quand toi tu n’y comprends plus rien? Quand la douleur dans ton cœur est si forte que tu l’éteindrais le moment que ça passe. Que tout ceci passe. Que l’incompréhensible arrête, que tes pensées soit claires. Quand tu n’y crois tout simplement plus.

C’est de ma faute, ça coule dans mes veines jusque dans les tiennes. Cette peur irrationnelle en la vie. Quand ces moments de folies, tu n’y vois plus clair. C’est de ma faute, en voulant t’offrir mes yeux bleus, je t’ai offert ma vision de la vie qui est souvent chamboulée. Quand je t’ai offert ma bouche, je n’ai pas pu la remplir de mots réconfortant et je l’ai rempli de crainte. Quand j’ai voulu t’offrir ma peau, je n’ai pas pensé que parfois, on est si mal dedans, qu’on voudrait l’arracher.

C’est de ma faute, je le sais. Mon anxiété est rendu tienne. Comme une moisissure, elle s’est multipliée, alors que j’espérais que tu grandissais doucement dans mon ventre rempli d’amour. Elle s’est attachée à toi, comme un vampire à sa proie. Je te l’ai transmise comme une maladie qu’on ne voudrait jamais contracter. Sans le vouloir, je te l’ai donnée. Car l’anxiété fait tellement partie de ma vie, qu’elle s’est jetée sur la tienne.

C’est la dernière chose que j’aurais voulu que tu aies de moi, un défaut trop lourd à porter. J’aurais préféré que tu aies mon côté bordélique ou ma manie d’avoir rongé mes ongles pendant beaucoup trop longtemps. J’aurais aimé que tu aies un autre défaut, mais ton cerveau, ton sang, notre chair a choisi celui-là.

Alors quand je t’ai vu en crise de panique, je n’ai pu contenir la mienne. Quand j’ai compris que toi aussi, tu vivrais ce mal-être interne, je n’ai pu relativiser et minimiser les impacts que ça aurait sur ta vie.

J’ai coulé, j’ai sombré.

Mais sans y penser, en sombrant, je t’ai montré comment te relever et pour ça, tu es comme moi. Tu réussis, mon amour. À te relever après une chute. Parfois c’est difficile, le sol est glissant, mais tu t’y prends toi-même et tu réussis.

Et aussi modeste que je sois, je sais que tu le tiens de moi. Alors tiens ma main mon cœur. Même si elle n’est pas solide, elle est là. Nos cœurs battront à tout rompre ensemble. Nous vivrons parfois des moments difficiles, à ne plus savoir comment nous gérer mutuellement, mais nous finirons par réussir.

Je sais que c’est difficile, regarde dans mes yeux. Maman est là et elle t’aidera à passer à travers. Car comme je le dis souvent, il y a des choses pires que ça dans la vie, même si pour l’instant, c’est le pire moment de ta vie.

Regarde moi, l’anxiété baissera.

On réussira, ensemble.

Tiens ma main, je ne te lâcherai jamais.

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Je suis maman d'un merveilleux garçon qui a un TDAH et un TSA sans déficience intellectuelle. J'ai toujours été sensible à la maladie et aux troubles mentaux, je suis d'ailleurs préposée aux bénéficiaires. Mon fils réussit à faire ressortir le meilleur de moi-même. Le but de mes textes est d'évacuer mais surtout de conscientiser le monde à la différence et aux troubles mentaux ainsi qu'à leurs aspects dans la vie de tous les jours. J'espère vous toucher par mes écrits autant que moi je suis touchée en les écrivant.