Être une bonne mère

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C’est souvent la qualité que les gens me donnent. Quand je ne vais pas bien, souvent on me dit qu’au moins, mon enfant est là. Comme s’il pouvait porter le poids de mon bonheur sur ses épaules ou que sa seule présence pouvait atténuer ma peine sur autre chose. Quand on a un enfant différent, ce fait est accentué par le côté « léger » de sa différence :

« Au moins, il parle. »

« Au moins, s’il continue comme ça, il finira peut-être par avoir une vie normale. »

Et ma préférée et non la moindre :

« Au moins, ça ne parait pas! »  (lire ici un petit découragement)

Je sais que la plupart des gens essaie de stimuler mon bonheur avec ces phrases pré-conçues de la vie en général. Que le bonheur est censé être là quand on a un enfant. « Enfant » devrait égaler « bonheur ».

Ce sont les premiers à dire de prendre soin de toi, mais à part le côté maternel, aucun d’eux ne t’a dit un autre compliment depuis que ce petit être est au monde que : « Tu es une bonne maman. »

« Une chance qu’il t’a cet enfant. » Pardonner mon sarcasme ici un peu trop mis en évidence. Ça doit être pour ça que je me cherche encore à mon âge et que la plupart des femmes se cherchent en tant que femme. Nos hommes nous prennent pour leur mère, la société juge les mauvaises mères et bien sûr dans tout ça, nous les femmes, on s’oublie. Quand on prend soin de nous, il ne faut surtout pas le faire au détriment des autres.

Quand on a un enfant différent, c’est bien pire avec les rendez vous et tout. Pas le choix, on doit performer. Ça doit être cette performance qui nous pousse vers l’anxiété. Que quand ton enfant fait enfin sa nuit, toi tu restes bien éveillée avec tous tes problèmes qui s’entremêlent dans ta tête. Quand ça fera une assez grosse bouillie, ton anxiété bien ancrée finira par une dépression bien entamée depuis longtemps, mais que tu avais repoussée avec l’idée que ton enfant a besoin de toi, qu’il n’y arriverait pas sans toi. Même les professionnels le disent, « une chance qu’il a une mère comme toi », comme moi. Comme si on avait le choix et qu’on s’était dit que d’être bonne pour que notre enfant évolue dans les limites de ses capacités soit un choix.

Alors je dirai ceci : oui, je suis une bonne mère. Mais j’aimerais parfois être une bonne travaillante, être une bonne femme, avoir une bonne force. Et là, je parle de force physique et pas de cette maudite force invisible qui me fait avancer. Car celle-là, je la sens plus comme un boulet à tirer, mes jambes se sont juste habituées à tirer plus fort, mais croyez-moi, ce n’est pas une force innée.

Alors quand on me dira que je suis dont une bonne mère, que mon enfant est dont chanceux de m’avoir, comme s’il avait gagné à la loto du parent parfait, je sourirai, car expliquer est rendu plus facile par écrit que verbalement, car plus grand monde n’écoute bien ce qu’on leur dit.

Je voudrais être autre chose aux yeux des gens, qu’une maman. Ainsi, je pourrais me trouver en tant qu’être humain, car je me perds dans cette folie qui a pris ma vie en otage.

Sur ce, je dirais que je ne vais pas bien physiquement et moralement. Ce n’est pas à cause de mon fils, ni de ses difficultés. C’est la part de moi qui n’est pas mère qui est difficile.

Mais bon, ce n’est pas grave puisque je suis une bonne mère et qu’Antoine va bien. C’est ça l’important, non?

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Je suis maman d'un merveilleux garçon qui a un TDAH et un TSA sans déficience intellectuelle. J'ai toujours été sensible à la maladie et aux troubles mentaux, je suis d'ailleurs préposée aux bénéficiaires. Mon fils réussit à faire ressortir le meilleur de moi-même. Le but de mes textes est d'évacuer mais surtout de conscientiser le monde à la différence et aux troubles mentaux ainsi qu'à leurs aspects dans la vie de tous les jours. J'espère vous toucher par mes écrits autant que moi je suis touchée en les écrivant.