Quand mon enfant sera de trop

0
2077

Tu le ressens dans la façon qu’ont les gens de t’inviter :

« Sera-t-il avec son père cette fin de semaine là ou il sera avec toi? »

« My god que tu es bonne, je ne m’imagine pas avec lui pendant une fin de semaine. »

« C’est sûr qu’il déplace de l’air. »

« Ouf!! Toute une tornade ton garçon. »

Je pourrais en dire encore beaucoup. Parfois, souvent, ces gens ne veulent pas blesser, mais parce que je parle ouvertement des problèmes d’Antoine, les gens sont rendus à l’aise de m’en parler ouvertement. Ils croient se confier et me donner raison d’être fatiguée. Ils croient approuver mes dires. Je ne sais pas trop ce que les gens pensent quand ils nous disent ce genre de phrases, en fait, j’aimerais presque le savoir.

Je ne sais pas, mais ce que je sais, c’est que ça me blesse. La façon qu’ont les gens de parler de mon fils me blesse. Je ne sais pas si vous vous rendez compte que vous parlez de ma chair, mon sang.

Et dans un autre sens, ça me blesse tout autant quand vous dites qu’Antoine est normal, qu’il va finir par s’ajuster. Car c’est minimiser ma douleur intérieure et minimiser ses défis à lui.

Dans le fond, peu importe ce que vous direz ne sera jamais à la hauteur, car je me rends compte que c’est ma douleur envers tout ça qui n’est pas vraiment acceptée dans mon cœur.

J’ai perdu beaucoup de gens à cause de ça. Je le sais qu’il n’est pas toujours facile, mais c’est mon fils. Je l’aime et je vous aime. Je ne veux pas perdre les gens autour de moi à cause de ça et je crois qu’une partie de mon anxiété est due à tout ça. Car même si une partie de moi vous comprend, une partie de moi vous en veut. Car vous, vous pouvez ne pas vivre avec l’autisme, mais moi, je ne peux pas, car ça fait partie de la personne que j’aime le plus au monde. Moi, je suis dans ce tourbillon et jamais je ne pourrai en sortir. Mais vous, vous avez le choix de mettre une croix sur mon garçon et moi. Vous pouvez trouver ça trop difficile et nous tasser. Vous ne serez pas les premiers, ni les derniers. Car même si je l’aime et que je l’aimerai toujours pour ce qu’il est, ce qu’il sera, une partie de moi a mal.

Alors tout ça pour te dire que quand tu voudras me dire, dans tes mots, que mon enfant est de trop, s’il-vous-plaît, tais-toi. Je t’écoute, il t’écoute. On entend ta manière de vouloir l’exprimer. Mais ici et maintenant, je veux juste te dire que si un jour tu pars, si un jour c’est trop pour toi, j’aurai compris que mon enfant est de trop. Et même si j’aurai de la peine, même si pour certains, ce sera que tu ne nous méritais pas, sache qu’une partie de moi comprendrait.

Car moi non plus, je n’en voulais pas de l’autisme dans ma vie. Mais il est là et je dois apprendre à vivre avec. J’espère que toi aussi tu voudras apprendre à vivre avec, pour que je puisse entendre dans tes mots, que mon enfant ne sera jamais de trop.

PARTAGER
Article précédentParent différent
Article suivantSymbolicone
Je suis maman d'un merveilleux garçon qui a un TDAH et un TSA sans déficience intellectuelle. J'ai toujours été sensible à la maladie et aux troubles mentaux, je suis d'ailleurs préposée aux bénéficiaires. Mon fils réussit à faire ressortir le meilleur de moi-même. Le but de mes textes est d'évacuer mais surtout de conscientiser le monde à la différence et aux troubles mentaux ainsi qu'à leurs aspects dans la vie de tous les jours. J'espère vous toucher par mes écrits autant que moi je suis touchée en les écrivant.