À chaque fleur sa jardinière

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C’était vendredi, vendredi précédant la Fête des mères. Mon fils bien assis dans son banc d’auto me demande candidement : « Maman, est-ce que c’est ta fête juste à toi ou c’est la fête de toutes les mamans du monde de toute la terre? » Je réponds que c’est la fête de toutes les Mamans, d’ici, d’ailleurs, de partout. De toutes celles qui ont donné la vie.

Silence.

Je me ravise et précise : « Bébé, c’est la fête de toutes les mamans qui ont un bébé dans leur cœur, de toutes celles qui font fleurir la vie. Il y a toutes sortes de mamans. »

Parce que les mères ont cette magic touch, capable de faire fleurir dans leur ventre un magnifique bébé. Naturellement. Mais ce n’est pas tout. Il y a aussi celles qui demanderont de l’aide pour y arriver, celles qui attendent patiemment l’arrivée du printemps dans leur bedon et qui livreront leur corps à la science pour y parvenir, malgré la douleur, malgré l’attente. Il y a aussi les belles-mères qui s’adonnent au jardinage une semaine sur deux avec cœur, amour et dévouement. Il y a les grands-mamans, celles qui donnent de l’engrais aux petites pousses dans le dos des mamans, celles qui amènent le soleil les jours de pluie, quand la jardinière en chef a un sacré mal de dos. Il y a ces mamans qui vont adopter la fleur d’une autre qui n’avait peut être pas le pouce assez vert pour s’occuper de sa propre fleur, mais qui ressentira jusque dans ses tripes le besoin de faire s’épanouir chaque pétale de sa progéniture. Il y a aussi les mamans endeuillées qui porteront différemment à la terre leur petite fleur, celles qui devront trouver au fonds d’elles-mêmes le courage et la résilience de survivre à l’incendie de leur jardin. Celles qui feront refleurir leur jardin pour conserver intacte la mémoire de leur enfant et pour donner un sens à l’impossible. Il y a les mamans occasionnelles, celles qui vont défendre et surveiller le jardin des autres par réflexe à tout moment, même quand elles sont en vacances, parce qu’on le sait, on peut sortir la jardinière de son jardin, mais jamais le jardin ne sort du cœur de la jardinière… Il y a autant de jardinières différentes que d’espèces de fleurs. Elles sont pourtant toutes d’une indicible beauté.

Il faut être une sacrée bonne jardinière pour faire fleurir une chose aussi précieuse, délicate et vulnérable qu’une fleur et pour la rendre à son destin. Du début à la fin, la jardinière ne ménage aucun effort pour préserver ses pousses des intempéries, du froid, du caprice des changements de chaque saison… Chaque jardinière connaît le secret de son jardin, les subtilités des soins qu’elle doit lui prodiguer pour qu’il soit fertile. Pourquoi donc les mamans font-elles des jardins si cela représente autant de travail? Parce que les fleurs, c’est merveilleux. On a tant de plaisir à les contempler s’épanouir, c’est coloré, vivant, magique, sauf que derrière le travail que représente l’aventure de la maternité, parfois on oublie un peu à quel point c’est beau. C’est pour cette raison qu’à la Fête des mères on a coutume d’offrir des fleurs aux mamans. C’est pour rappeler aux jardinières de prendre le temps de s’asseoir au centre de leur jardin et de respirer un bon coup, comme il est bon de faire s’épanouir de magnifiques fleurs, comme il est bon de jardiner. Et que si les fleurs de leur jardin sont si épanouies, c’est bien grâce à leur talent de jardinière.

Bonne fête des mères à toutes les femmes merveilleuses qui font s’épanouir autour de moi les jardins et les petites fleurs qui peuplent ma vie.

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Avocate, chargée de cours, présidente du CA d'un CPE de 80 places, les chapeaux se sont cumulés rapidement pour cette jeune professionnelle de 30 ans. À tous ces titres s'est ajouté celui de Maman, en 2013, un titre qui bouleversa son univers complètement et qui l'amena à poser un regard différent sur la vie. Parlant de différence, le mot est bien choisi. Le titre de Maman s'est alors ouvert en plusieurs déclinaisons en ajoutant les titres de mère monoparentale et de mère d'un enfant à défis. L'adaptation pour elle a été réelle afin qu'elle arrive à prendre sa place et puisse l'affirmer sans gêne dans son monde plutôt rigide où tout était homogène entre les grandes performances et les belles apparences. À deux mois, bébé démontrait déjà des signes avant-curseurs d'un trouble neurologique. Après des années à arpenter les couloirs des hôpitaux, à cogner à certaines portes, à en défoncer d'autres, le diagnostic est tombé en 2018 : Syndrôme Gilles de la Tourette et TDAH. Déterminée, elle a choisi de troquer son mieux-vivre pour les enseignements avisés et souvent originaux de tout un village, qu'elle a sollicité pour l'aider à donner une enfance épanouie à son petit dans cette famille tout à fait hors-normes. Aujourd'hui plus informée, elle souhaite partager son expérience et son vécu pour offrir aux autres une perspective qui se porte au-delà des jugements et des tabous.