Ton pas et le mien

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Première année. C’est ce matin que ça se passait pour toi, Minou.

Chaque rentrée est aussi marquée par ton anniversaire de naissance. Un morceau de robot pour le temps. Aucun retour en arrière possible, nous le savons, le temps passe et ne se reprend pas. On a beau le saisir au vol, en savourer chaque seconde, le compter à rebours, chaque instant s’éloigne et ne devient qu’un souvenir avant même qu’on ne s’en rende compte. J’ai pris des photos pour l’occasion, avant que tu ne perdes tes dents de lait.

Oui, tu vieillis et moi aussi, ça m’en a tout l’air.

Tes besoins changent et je me rends compte que nous sommes un peu décalés. Je me suis consacrée dans les dernières années à ton éducation. Corps et âme, mettant parfois en péril ma santé, en faisant passer tes intérêts avant les miens, parce que c’était moi, le phare. Je devais être présente pour t’accompagner et te guider, t’aider à empiler les petites briques qui forment la fondation solide de ta personnalité, de ton estime de toi, de ton individualité. C’est sur du solide, mon cœur, que tu construis l’homme que tu seras un jour et tu n’as plus besoin de mes mains pour poser ces briques.   

Aujourd’hui le décompte est amorcé et ton enfance s’amenuise comme une peau de chagrin, sous le coup fatal des rentrées scolaires, des titres de grand garçon et des tailles de souliers qui suivent méthodiquement la règle de la croissance.

Me voilà à la croisée des chemins avec toi.

Je dois respecter ton envie d’indépendance et d’autonomie qui émerge comme un grand glacier dans l’océan de ma maternité, alors que je te bercerais encore le soir en embrassant doucement ton front tiède dans un pyjama à pattes. Mon bébé est devenu un bambin, puis un petit garçon, puis maintenant, un vrai petit bout d’homme. Cette métamorphose a échappé quelque part je le crois, à mon cœur de maman. Oui, où est passé le temps?

Bien que tu sois né de moi, je ne peux plus ignorer le fait que tu deviennes une personne à part entière. Tu es autonome dans l’établissement de tes relations interpersonnelles, tu fais ta place dans le monde scolaire et c’est de dos que je te vois partir à la découverte du monde.

C’est maintenant, mon trésor, que je dois couper le cordon entre nous deux, nous qui étions par survie si fusionnels et tu sais quoi? Après avoir été celle qui t’a aidée à relever tant de défis dans les dernières années, il m’est difficile de te laisser faire ton chemin seul. Ce sera à ton tour de m’aider à traverser ce défi de la vie en me rappelant patiemment et avec amour que « t’es capable tout seul », « t’es grand maintenant » et « que tu n’es plus un bébé ».

Je ne te retiendrai pas derrière en retenant ta petite main dans la mienne parce que j’ai peur.

Je ferai ce qu’il faut pour être à la hauteur de tes attentes, car mon amour pour toi peut lui aussi parcourir de grandes distances. Mon pas emboîtera le tien.

Tu le verras, Minou, la route bien que parfois sinueuse, est tellement belle et si jamais t’as besoin d’aide, je serai juste derrière toi et la porte de mon cœur ne se fermera jamais derrière tes pas, aussi loin peuvent-ils te mener.

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Avocate, chargée de cours, présidente du CA d'un CPE de 80 places, les chapeaux se sont cumulés rapidement pour cette jeune professionnelle de 30 ans. À tous ces titres s'est ajouté celui de Maman, en 2013, un titre qui bouleversa son univers complètement et qui l'amena à poser un regard différent sur la vie. Parlant de différence, le mot est bien choisi. Le titre de Maman s'est alors ouvert en plusieurs déclinaisons en ajoutant les titres de mère monoparentale et de mère d'un enfant à défis. L'adaptation pour elle a été réelle afin qu'elle arrive à prendre sa place et puisse l'affirmer sans gêne dans son monde plutôt rigide où tout était homogène entre les grandes performances et les belles apparences. À deux mois, bébé démontrait déjà des signes avant-curseurs d'un trouble neurologique. Après des années à arpenter les couloirs des hôpitaux, à cogner à certaines portes, à en défoncer d'autres, le diagnostic est tombé en 2018 : Syndrôme Gilles de la Tourette et TDAH. Déterminée, elle a choisi de troquer son mieux-vivre pour les enseignements avisés et souvent originaux de tout un village, qu'elle a sollicité pour l'aider à donner une enfance épanouie à son petit dans cette famille tout à fait hors-normes. Aujourd'hui plus informée, elle souhaite partager son expérience et son vécu pour offrir aux autres une perspective qui se porte au-delà des jugements et des tabous.