Le camp d’été : il était une première fois…

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Du haut de son quasi 11 ans, la seule expérience que Fiston avait du camp d’été, c’était le camp de jour, qui n’a jamais été une réussite et s’est même soldé par un échec retentissant la dernière année où je l’ai inscrit. Sur trois semaines, il n’était allé qu’une et demi et j’ai demandé un remboursement, car on n’a absolument pas pris en compte tout ce que j’avais pu donner comme informations et malheureusement, un groupe d’adolescents et quelques supposés adultes non-formés, avec un enfant « particulier », ben ça s’est terminé en Fiston qui fugue, qui se cache dans un coin et refuse de collaborer et une maman qui se fait expliquer que son enfant ne peut accaparer ainsi une accompagnatrice qui doit aussi s’occuper de deux autres enfants dans le groupe… De dire que l’expérience a laissé un goût amer est d’utiliser un euphémisme assez peu éloquent.

Alors voilà. Fiston était inscrit pour la première fois au Camp de l’AQST, le Camp Scarabée. Une semaine en compagnie d’autres enfants qui vivent, comme lui, avec le Syndrome de Gilles de la Tourette et entouré d’intervenants FORMÉS. Je le savais. Mais mes craintes de maman pas vraiment poule, mais « symbiotique » avec Fiston, pour utiliser l’expression entendu en PSII, étaient là. Et connaissant mon Fiston, je n’ai pas attendu la dernière minute pour lui annoncer. Quand il l’a su, il en a parlé à l’école. Ayant nommé son anxiété sur le groupe Facebook, un message s’était pointé qu’il avait lu avec le sourire : un autre garçon dont c’était la première fois disait avoir de l’intérêt à être son ami. Ça aussi, il en a parlé!

Puis, est venu un pic d’anxiété… que maman symbiose a su gérer avec doigté toute équipée de l’expérience durement acquise au fil du temps. Mettant des mots sur les émotions qu’il exprimait avec mille et un détours. C’est ça Fiston. Un méga labyrinthe d’émotivité. Faire ce chemin avec Fiston, c’est comme partir de Montréal et passer par l’Australie pour se rendre en Floride… Je ne vois pas trop comment je pourrais vous l’expliquer autrement. Ce premier pic, il est passé au moment de la fête organisée pour permettre aux enfants de rencontrer les moniteurs et monitrices du camp : Mésange, toute colorée, avec un sourire et une énergie éclatante; Post-it, tout accueillant, peut-être plus timide, moins éclatant, apportant un calme apaisant; Bulle, toute menue, discrète, souriante; Luzerne, avec une aura rassurante, couvante, maternante, à l’écoute, respectant les limites imposées par l’enfant; Chouka, souriante, drôle, ouverte; Chewbecca, rempli d’humour, prenant l’espace qu’on voulait bien lui donner, amical, souriant et Stéthoscope, l’infirmière, à l’écoute des parents, des questions, des inquiétudes, prenant note des particularités nommées…

Fiston est resté à l’écart. Limitant les interactions. Le visage fermé, le regard sombre et fuyant.

Puis, une enveloppe nous apporta le document du camp avec les informations finales, un semi-détail des activités proposées sur les lieux du Camp de la Fondation Bon Départ. Baignade, kayak, rabaska, pêche sur ponton, feu de camp… Un grand sourire éclairait le visage et le regard de Fiston à la lecture de cette liste. Avec enthousiasme, nous avons signé son engagement à respecter les règles. De nouveau, il voyait le camp de façon positive.

Puis, la veille du départ, nouveau pic d’anxiété. Tremblements, pleurs, colère… Je lui ai alors confié que pour moi, comme maman, c’était aussi une première expérience, mais que si je n’avais pas confiance en ceux qui organisent ce camp, en ceux qui seront là, présents avec lui, avec eux et surtout si je n’avais pas confiance EN LUI, je ne l’aurais pas inscrit. Mais que moi, je suis convaincue qu’il en est capable, qu’il aura du plaisir et me reviendra les yeux remplis d’étoiles…

Un départ tout sourire. Du co-voiturage, une rencontre en douceur à la maison avant le départ vers l’autobus. Des bisous, des câlins à profusion, des au revoir de la main et un bus jaune qui disparaît une fois tout et tous à bord…

… une heure… un jour… une semaine… Pas de mort… 😉

Le jour du retour est là. Patiemment, avec les parents rassemblés sur le site convenu, nous attendons l’apparition du bus. Nous échangeons sur notre semaine, sur nos attentes vis-à-vis ce retour, sur ce que nous croyons que nos enfants nous diront, sur leurs réactions…

Stéthoscope, arrivée plus tôt, me confirme un élément dont je ne doutais pas : ses toutous l’auront suivi dans toutes ses aventures. Sa réputation de raconteur s’est étendue auprès des moniteurs du camp. De même que sa capacité à charmer.

Bien entendu, il y a du retard. Vive Montréal et ses autoroutes bondées. Lorsque finalement le bus jaune apparaît dans notre champ de vision, personne ne peut se retenir d’aller au devant. Par les fenêtres, on entend ses voix connues ou inconnues qui s’exclament de ci, de là. Papa!! Maman!!!

Et il est là, accourant vers moi, bras ouverts, sourire aux lèvres. Mon Fiston. Mon Booboo. Les yeux remplis d’étoiles. La tête remplie d’anecdotes. C’est lui et en même temps, ce n’est pas le même Booboo qui est parti, il y a 7 jours. Il a grandi et pas seulement physiquement. Il y a chez lui une nouvelle… maturité. Une nouvelle aura difficile à décrire. Un calme dans la tourmente. Peut-être est-ce ces quelques jours de moins avant son anniversaire, quelques pas de plus faits en direction du 11 ans. Peut-être qu’en étant loin de moi, loin du connu, il aura appris à mieux s’autoréguler, mieux se comprendre, mieux se décoder…

Luzerne confirmera mon doute pour la nourriture : c’est qu’il est rigide dans ses limites de ce côté. Les nuits auront été meilleures que je ne l’aurais imaginé, et l’humeur, égale à ce que je connais. Oh, il leur aura donné des sueurs froides la première fois qu’il aura eu besoin de s’isoler en choisissant le bord du lac!!! Mais, digne fils de sa mère, l’eau et ses ondulations ont sur lui cet effet calmant.

Pour l’instant, le retour se fait dans le calme. J’apprécie ce Fiston version légèrement changée. Un retour seul à seul puisque papa et l’Ado ont quitté jeudi soir pour LEUR aventure : direction Dallas au Texas…

Merci à tous ceux et celles qui ont participé à la réalisation de ce camp : l’AQST, la Fondation Bon Départ, le groupe fantastique de moniteurs et monitrices, Stéthoscope, le Grand Schtroumpf…

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Éducatrice à la petite enfance depuis une vingtaine d’année, adepte de l’entrainement en force pour ne pas perdre complètement la tête, Nancy Ringuet, très possiblement TDAH, est maman de deux garçons à diagnostics : un grand TDA sévère et un plus jeune SGT, TDAH impulsivité mixte et TOP. C’est un long combat qui aura mené aux diagnostics du plus jeune, et un long combat qui s’engage pour faire reconnaître ses besoins. Passionnée de recherches et assoiffée d’en apprendre plus, elle fouille le net sous toutes ses coutures. Elle partagera ici des textes et réflexions sur ce vécu différent de mère chef de famille, avec un conjoint dont le travail l’amène à être absent.