Ces vacances que je ne connais pas

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Des vacances, avec ou sans enfants, depuis que Fiston est né, je n’en ai pas. Des weekends, des congés fériés et des vacances de travail, j’en ai. Mais du temps insouciant, où mon cerveau n’est pas constamment aux aguets, dans l’attente de ce petit signe indétectable pour les autres qui me fera savoir que c’est maintenant qu’il faut intervenir pour prévenir… je ne sais plus ce que c’est.

Ces weekends, congés, vacances sont synonymes de prévisions, préparations, planification,  inquiétudes, vigilance (parfois même hyper-vigilance). Je suis sur le qui-vive 24h/7jrs. Qu’il soit avec moi ou non. Ces semaines estivales, où ils vont en camping avec Mamie, je me repose… un peu. Je me demande constamment si tout va bien. A-t-il pris sa médication? A-t-il suffisamment dormi? A-t-il suffisamment mangé? S’il éclate, Mamie saura-t-elle réagir? S’il décide de se pousser, de fuguer… Je suis à presque deux heures de route du camping! C’est dans le bois, sinon la route est dangereuse car sinueuse…

S’il est avec moi, je vérifie qu’il prend sa médication. Je lui rappelle de manger, de boire… Je fais le tampon entre ses émotions et la vie autour. Je l’observe, à l’affût de ce changement dans le regard, d’un froncement de sourcils… J’écoute pour entendre le changement de ton. Je lui rappelle de rester poli. Je prévois de quoi l’occuper lors des déplacements, j’anime aussi par moment, avec des jeux de compte ceci ou trouve ça…

Des vacances assise, la tête vide, un livre à la main, un verre quelconque à mes côtés, je ne connais plus ça depuis longtemps. Des vacances à dormir des nuits de plus de huit heures, c’est tellement rare… Quand je dépasse six heures de sommeil, j’en suis si heureuse…

Même en arrêt de travail pour une dépression majeure, le repos si nécessaire était difficile à trouver. Car le téléphone sonnait et c’était l’école pour m’aviser d’un événement. Où c’est ici que passait la tempête et c’est moi qui devait gérer, qui devait ramasser les pots cassés. Rafistoler la relation des deux frères… Consoler Fiston qui s’en voulait de ses éclats, de ses pertes de contrôles, qui se rabaissait…

Des vacances uniquement remplies de sourires, de bonheur, de moments doux, pour moi, ça se résume en journées, non en semaines. Des vacances pour refaire le plein d’énergie, pour remettre à flot mon cerveau, mes émotions, ma combativité… ça se résume en bonnes nuits de sommeil. Mes cernes, je les cache habituellement sous un peu de maquillage et mes verres. Avouons-le, porter des lunettes peut avoir un certain avantage de ce côté. J’ai appris et vraisemblablement maitrisé, l’art de gérer et dissimuler mes craintes, mes angoisses pour ne pas affecter mes proches. J’ai parfois l’impression qu’on me voit comme un mur, un roc invincible, indestructible qui peut tout affronter et surmonter alors même que moi je constate à quel point ma base s’est effritée sous les assauts répétés des dix dernières années.

Mes vacances, je les vis avec la peur constante de flancher, de ne pas pourvoir empêcher ce débordement de trop. Je les vis à prévoir des scénarios qui tournent et tournent dans ma tête… Au point où j’en oublie souvent de profiter du soleil, du moment…

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Éducatrice à la petite enfance depuis une vingtaine d’année, adepte de l’entrainement en force pour ne pas perdre complètement la tête, Nancy Ringuet, très possiblement TDAH, est maman de deux garçons à diagnostics : un grand TDA sévère et un plus jeune SGT, TDAH impulsivité mixte et TOP. C’est un long combat qui aura mené aux diagnostics du plus jeune, et un long combat qui s’engage pour faire reconnaître ses besoins. Passionnée de recherches et assoiffée d’en apprendre plus, elle fouille le net sous toutes ses coutures. Elle partagera ici des textes et réflexions sur ce vécu différent de mère chef de famille, avec un conjoint dont le travail l’amène à être absent.