Il était une fois…

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Peu importe l’âge, le sexe ou le statut, des mieux nantis au plus démunis, des abus, il y en a parmi toutes les sphères de la société. Il était une fois… L’histoire d’une collaboratrice qui préfère demeurer sous le sceau de l’anonymat…

Il était une fois… C’est la formule passe partout qui débute les contes de fées. Le début d’une de ces histoires fabuleuses, d’une aventure merveilleuse, d’un voyage fantastique, mais que moi, je n’aime pas. Mais pas du tout…

Il était une fois, c’est du passé. C’est un retour en arrière, un rappel d’événements que je préfère oublier. Souvenirs d’enfance désagréables, de baisers forcés sur la bouche, d’une main baladeuse non-désirée sur un sein immature, de regards déplacés, de commentaires désobligeants, de trahisons, de moqueries et de mensonges. Souvenirs d’un sentiment de rejet, d’abandon, d’humiliation. Souvenirs de larmes silencieuses au fond d’un oreiller, tard le soir, seule dans ma chambre. Souvenirs d’une douleur viscérale, qui me roulait en boule sous la couette, me paralysait dans l’obscurité de la nuit, m’enfermant dans le mutisme, élevant les premiers murs de ma carapace face à un manque de compréhension, un manque de compassion, un manque d’affection…

Il était une fois, c’est le rappel du désarroi, des menaces et des frayeurs. C’est le souvenir trop réel de mon bas niveau dans les priorités des autres. C’est le rappel d’opportunités ratées sous le coup d’une confiance défaillante. D’une relation vouée à l’échec avant même qu’elle ne débute. D’une relation amorcée pour de mauvaises raisons qui m’aura amenée au bord d’un gouffre dont je ne soupçonnais pas la profondeur avant de l’avoir, sur un coup de tête, quittée. Quand vouloir prouver aux autres et à soi-même qu’on mérite nous aussi le bonheur au point d’en faire son malheur, qu’on saute à pieds joints dans la barque des abus qui ne laissent aucunes traces, sauf à l’intérieur…

Il était une fois… Qu’on accepte l’inacceptable, l’affront, l’humiliation, la trahison… Qu’on laisse son âme être malmenée au rythme des assauts répétés. Qu’on sente le regard pesé sur nous des semaines, des mois, des années après avoir fui. Que durant des mois, on sursaute à la sonnerie du téléphone qui se fait entendre au milieu de la nuit pour ne laisser place qu’au silence malsain d’une obsession à sens unique… Que notre cœur palpite en reconnaissant un visage au travers un pare-brise, que la sueur de la panique humecte les vêtements ensuite.

Il était une fois, que je me révolte en entendant scander bien fort et bien haut que la société malmène la masculinité, la virilité. Qu’on me répète que mon expérience n’est qu’une minorité quand les chiffres démontrent le contraire. Qu’on me dise qu’on en fait trop en parlant de culture du viol, qu’au fond on l’a cherché, on l’a voulu, on a couru après… Qu’on me signifie que mon histoire n’est qu’un bémol dans la grandeur de l’homme avec un grand H.

Il était une fois, tout un passé, toute une histoire qu’on veut faire oublier, dont on veut détourner le regard, dont on veut oublier l’existence et la véracité. Des statistiques dont je fais partie, que j’ai bien malgré moi nourries et grossies, qu’on voudrait tant camoufler sous un tapis, dans un nuage de poussière aussi étouffante que la main qui se refermait sur mon sein.

Anonyme

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