Le parcours du combattant

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Il a décidé de naître un premier janvier, petite anecdote qui montrait déjà sa volonté de se démarquer des autres?

Petit bébé très attentif, en avance sur son monde, on me félicitait pour son éveil. Cool, super maman j’étais!

Petit garçon à la langue bien pendue, sachant compter, connaissant les couleurs, les formes mais n’aimant pas dessiner, il a fait ses premiers pas d’écolier confiant.

Cela n’a pas duré longtemps, malheureusement.

« Votre fils est trop bavard! Il veut montrer sa science à tout le monde mais ne reste pas en place! »

« Collez-lui donc des crayons dans les mains! Vous ne le faites pas dessiner, Madame, c’est inadmissible! »

Ou : « Il veut toujours être le premier partout! Alors je le mets exprès derrière! Il doit apprendre l’humilité… »

Ces mots ont été prononcés il y a à peine dix ans, pas le siècle dernier, je vous l’assure!

Parents inquiets sur la « délinquance précoce » de notre fils, nous avons consulté, pédiatres, pédo-psy… verdict : votre fils va bien, arrêtez de vous inquiéter! Changez-le d’école?

Mais oui, qu’elle est bonne cette idée! Aussitôt dit, aussitôt fait! Confiant, il arrive en troisième année de maternelle. Moi, enceinte de mon deuxième, je n’imaginais pas que les vrais problèmes allaient commencer…

Octobre 2009, mon bébé dans les bras, nous sommes convoqués à l’école. « Madame, votre fils est très en retard, il ne produit rien, n’a pas de lien avec ses camarades et s’invente un nouvel alphabet! En fait, l’école ne lui sert à rien… »

Écroulée, je prend rendez-vous chez une neuropédiatre très réputée (donc très cher..), nous passons un tas d’examens, courons dans toute la région pour entendre six mois plus tard : « Votre fils est border-line, revenez dans six mois faire le point, à ce sujet, le prix de ma consultation va augmenter. »

Et les aménagements scolaires? Et la maitresse? Rien, nada, débrouillez-vous…

Maitresse pleine de bonne volonté, maman remontée à bloc, nous montons un projet et mettons en place des actions qui portent leurs fruits. Le bonhomme est bien dans sa peau, direction le CP!

Année d’horreur comme il l’a décrit encore aujourd’hui. Toutes les actions mises en places sont mises au placard, le gamin au fond de la classe (à coté du placard, ça tombe bien!) et l’année passe, son comportement change, il devient agressif, refuse les devoirs et accumule des punitions écrites… Une institutrice hors de portée, qui ne veut rien faire, ne serait-ce qu’appeler le psychologue scolaire. C’est alors qu’est montée une demande de SESSAD, LA solution! « Grâce à eux, il pourra bénéficier de soins et d’accompagnement, vous serez moins sollicités pour tous les rendez-vous »…. bla bla bla… j’y ai tellement cru que, à mon tord, j’ai insisté pour qu’il y rentre alors que de premier abord, on nous disait qu’il n’y avait pas sa place… J’ai joué le jeu, ouvert ma porte aux éducateurs qui viennent vous dire combien vous êtes nuls… « Il regarde trop la télé, s’il a des problèmes de coordination, c’est certainement que vous ne l’emmenez jamais jouer en forêt… » Je suis devenue une maman chronomètre… À calculer le temps passer devant la télé ou à jouer à la tablette, intransigeante avec moi-même à m’en rendre malade… Sûrement que je ne suis pas assez ordonnée, que je ne fais pas suffisamment de bons petits plats, qu’il devrait manger plus de légumes… etc., etc. Entre le boulot, le bébé, les rendez-vous et le perfectionnisme domestique, plus de place au plaisir…

Et malgré tous ces efforts, l’école n’en veut plus! La directrice prononce même en réunion que mon fils est fou! Alors, ben alors, on signe la demande MDPH pour une demande d’ITEP pour troubles du comportement où il est accepté pour la rentrée suivante.

Mon cœur de mère est dévasté, j’ai l’impression qu’on m’arrache mon fils! Un coup de fil par semaine et pour couronner le tout, une fois à la maison le vendredi soir, on lui colle des séances de rééducation! Le vide, le mal absolu… mon petit de 8 ans qui rentre le vendredi sans slip, sans veste, alors qu’il fait froid, sont des détails qui me sautaient aux yeux et qui me sont devenus insupportables! Le problème d’énurésie n’en est pas un dans cette institution. Il est levé tous les matins plus tôt pour se doucher et descendre devant les autres ses draps souillés… Et tous les soirs, il faut reprendre une douche pour faire comme les autres… la peau rougie par les frottements, nous avons dû intervenir pour que cela cesse!

« Qu’as-tu regardé comme film cette semaine? » « King Kong! »

King Kong? Non mais King Kong à 8 ans? Et on me disait que je le laissais trop regarder la télé? Il en était aux Disney et Les cités d’or! Et le voilà qui chante « section d’assaut! » Je suis devenue la maman râleuse qui écrit des romans dans le cahier de liaison dont tout le monde se moque.

Deuxième année, il peut rentrer le mercredi. On envisage de le sortir, « mais pour le mettre où madame? » On cherche, mais on ne trouve pas, on n’accède pas aux documents qui pourraient nous aider ou nous mettre en relation avec la référante handicap… monde obscure qui voit une maman s’enfoncer et qui trouve ça normal… Pas d’issue pour notre fils qui n’écrit pas et ne lit toujours pas. C’est pas faute d’en faire des lignes et des lignes d’écriture. On nous rabâche que c’est en s’entraînant qu’il finira pas y arriver. Trois ans à travailler les mêmes choses, à s’abrutir à écrire les même mots qui ne rentrent pas!

(Je ne savais pas que de demander à un cul de jatte de courir lui ferait pousser les jambes ou un myope de lire sans ses lunettes lui permettrait de mieux voir… petite parenthèse!)

On pourrait me dire : « Mais pourquoi vous n’avez rien dit? Pourquoi vous n’avez pas dénoncé? Pourquoi et pourquoi? »

Fatiguée, fatiguée, fatiguée… En mode survie dans ce monde de perfectionnisme dans lequel je trouvais un peu d’estime de moi, j’essayais de paraître bien comme il faut…

Un long arrêt de travail, un changement de boulot et la rencontre d’une super thérapeute, m’ont permis de me poser. Réfléchir et trouver la force, l’énergie et les idées claires pour mettre au point un programme de sortie.

Action numéro un : Diagnostiquer. Il va avoir 12 ans et toujours pas de diagnostic. Alors, partons en terrain neutre, direction le centre Cogito’z à Paris.

Confirmation que notre fils n’a pas de troubles du comportement mais des troubles dys et qu’il est très intelligent. Cerise sur le gâteau, des idées d’orientation et adaptations.

Action numéro deux : Chercher une classe ULiss pour troubles du langage écrit, ça tombe bien, il y en a une qui ouvre près de chez nous et une professeur bienveillante qui croit en notre projet.

Étape numéro trois : Refaire un dossier MDPH en parallèle de l’ITEP.

Étape numéro quatre : Le bonhomme a accéléré les choses en se fracturant le bras une veille de vacances scolaires. La journée entière à souffrir sans un antalgique, il est rentré le soir avec un bandage autour de son « bobo ». Vu qu’il « n’était pas à l’article de la mort », personne n’a jugé utile de l’envoyer aux urgences ou de nous appeler pour qu’on le cherche. Trop c’est trop, nous avons pris le risque de ne plus l’y mettre! BASTA!

Je vous passe les entretiens houleux, nous avons repris du poil de la bête, hors de question de se laisser faire! Nous sommes des parents pathogènes, grand bien leur fasse!

Pour finir, il a fait sa rentrée en sixième, il a intégré en inclusion tous les cours sauf maths et français. À ce jour, il est en quatrième, grand gaillard sûr de lui, qui apprend l’utilisation du PC en classe. Il connait ses difficultés, mais sait s’adapter à toutes les situations.

Des anecdotes, j’en ai plein là, dans ma tête. Je n’ai rien oublié. Je ne suis plus la même personne, il y a des traumatismes qui vous transforment, mais des victoires qui vous font grandir aussi. La plus belle c’est lui, l’homme qu’il devient.

Il a été bien courageux notre fils! Un vrai combattant!

Devinez ce qu’il envisage de faire? L’armée…

Bref, on est fiers de lui!!!

Et aussi de nous…

Maman Anonyme

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