À toi, chère madame du Ikea

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À toi, chère madame qui attendait derrière moi à la caisse du Ikea. Avec ta face de chui-plus-smatt-que-toi. Je suis peut-être une mauvaise mère à tes yeux, mais sache que je fais mon gros possible. Je choisis mes batailles, je fais des mauvais choix, mais j’en fais des bons aussi.

Je suis peut-être une mauvaise mère à tes yeux, mais quand je vois monter l’anxiété de mon p’tit gars, qu’il hyperventile en se demandant s’il va prendre les escaliers roulants ou le giga cool ascenseur, je lui enseigne à ne pas s’en faire avec des choix futiles et à choisir les deux si ça peut alléger son âme. Il apprend que dans la vie, il y a des décisions qui sont importantes et d’autres, qui ne méritent pas une crise de cœur.

Je suis peut-être une mauvaise mère à tes yeux parce qu’il touche à tout, parle tout le temps, passe d’une place à l’autre, chante, danse, saute… Si on était dans un magasin de porcelaine, j’dis pas, mais ici, dans la mesure du raisonnable, j’lui donne du lousse dans son bonheur.

Je suis peut-être une mauvaise mère à tes yeux parce que j’m’en sacre s’il veut à tout prix ouvrir toutes les portes de toutes les fausses cuisines, s’il veut voir s’il y a des fausses crottes dans toutes les fausses toilettes, s’il veut voir s’il y a du faux linge dans toutes les fausses penderies. Il découvre le monde, une porte à la fois. Quand il me demande quelle ville est représentée dans chaque fausse fenêtre, j’lui réponds par un nouveau continent, un nouveau peuple, une nouvelle langue et ça, ça nourrit sa curiosité.

Je suis peut-être une mauvaise mère à tes yeux parce que je dis oui quand il me demande de le photographier sur toutes les chaises. Il est heureux et il va apprendre que c’est payant d’être patient et de prendre le temps de faire plaisir aux gens qu’on aime.

Je suis peut-être une mauvaise mère à tes yeux parce qu’il chuchote le mot « caliss »  depuis 12 minutes. Sache qu’il ne fait que répéter ce que le monsieur a dit à sa bonne femme tantôt. Kessé tu veux, j’ai pas mis de filtre à son cerveau. J’ai préféré lui donner une shot de douance à la place. J’trouvais que c’était plus payant pour son avenir. Comme ça il ne traitera pas sa femme de vieille « caliss » plus tard, lui.

Je l’sais aussi qu’il a l’air un peu débile à sniffer le Ikea au grand complet. Mais c’est son nouveau tic. Dans deux semaines, il va faire autre chose, pour l’instant, si je lui dis d’arrêter, son cerveau va s’en contre-câlisser. Alors je le laisse sniffer. Et quand il est un peu fébrile, il enchaine un sniff, un tapotement des doigts, 3-4 clignements d’yeux et un hum-hum, aux 43 secondes. Ben oui, pis? R’garde ailleurs si ça t’énerve. As-tu remarqué que lui, il ne t’a pas jugé et a respecté ta petite personne?

Pis oui, je vais le laisser pousser le panier qui roule tout croche. T’inquiètes, il ne te foncera pas dedans, je le guide. Je suis fière de lui parce qu’il a décidé que même si c’était difficile, il arriverait à contourner les obstacles qui vont se mettre sur son chemin. On appelle ça de la persévérance.

Pis oui, ça se peut qu’il pète une sale coche devant le tas de brioches parce que je lui ai demandé de m’en apporter 2 et il se demande comment il va faire parce que dans la boite il y en a 6. S’il prend deux paquets, il y en aura 12. Il veut tellement bien faire, mais son cerveau a des glitchs des fois. Pis ça, ça le fait chier et il pète au frette. Mais il a tellement appris de choses, pendant notre épopée du Ikea, qu’il est épuisé et n’arrive plus à se concentrer.

C’est pas écrit dans son front, que son cerveau est mal plugué. Mais mon atypique apprend à vivre avec une petite béquille. Pis moi, j’suis juste une mère qui apprend du mieux qu’elle peut, à vivre avec son p’tit Gilles.

S’il était en chaise roulante, tu aurais un regard compatissant. Mais parce que ça se passe dans sa tête, tu te permets de penser que c’est un p’tit mal élevé. Pauvre toi.

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On dit toujours qu’il vaut mieux en rire que d’en pleurer… Maman de 2, une guidoune préado depuis la naissance et un fafouin TDAH +++ et son ombre, Gille de la Tourette. Graphiste et illustratrice, travailleuse autonome, mère, épouse, sœur, amie fidèle, garde-malade, cuisinière, enseignante, femme de ménage, organisatrice d’événements, arbitre, coiffeuse, éboueur, nutritionniste, chauffeuse de taxi, peintre, coach, costumière, gestionnaire de tout, habilleuse, psychologue, responsable de la programmation, spécialiste du langage, technicienne informatique, photographe, experte en relations humaines, lifeguard, médiatrice, massothérapeute, pâtissière, musicienne et maître en arts plastiques. Je raconte tout ça, dans mes mots, mes illustrations, et ce… sans filtres!