Otages

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Combien d’entre nous ont parfois souvent ou même constamment ce sentiment d’être les otages de leurs enfants? Combien ont dû quitter un emploi? Ou se sont fait poliment montrer la sortie à force d’absences pour leurs enfants? Combien ont vu leur couple éclater en miettes sous la force d’impact de la tempête qui a frappé leur famille? Combien ont résisté? Et à quel prix?

Quand la vie suit le rythme des bons et des mauvais jours. Quand les nuits blanches succèdent aux jours sombres… Quand on voit les amis fuir ou devenir moins présents au fur et à mesure que les difficultés se chevauchent. Ou quand, honnêtement, c’est nous qui les fuyons pour ne pas avoir à expliquer… Quand on ne veut pas vivre avec l’impression de quémander l’amitié, l’attention, l’aide, le soutien de nos proches, pour quelques heures de temps à nous, pour respirer, pour prendre un café, pour un souper, une coupe de vin… Quand on a l’impression d’imposer notre enfant aux gens autour de nous. Qu’on hésite à confier notre progéniture si particulière à une adolescente bien intentionnée, mais non formée.

Vient un temps où on fait inconsciemment ce choix. De s’isoler avec ce qu’il nous reste de famille, évitant ainsi les regards de sous-entendus, de pitié, de jugements. Les questions qui nous rongent un peu plus chaque fois malgré cette carapace qu’on croit, qu’on dit s’être forgée. Ne devenons-nous pas alors otages de notre épuisement? Ne sachant plus trop comment respirer, sans être aux aguets des vagues qu’on pourrait ainsi créer. Ne sachant plus trop comment vivre autrement, qu’au rythme des besoins et particularités de nos enfants et de leurs diagnostics. Ne sachant parfois plus reconnaître qui nous sommes, nous, en tant qu’être humain.

Comment s’en sortir quand on sait le peu de services offerts, tant aux parents qu’aux enfants, dans ce système de santé que nous payons à même les retenues à la source, mais qui au final, n’arrive que péniblement à répondre à si peu de besoins? Comment y arriver quand notre entourage répond à nos critiques vis-à-vis ce système en nous disant d’aller au privé si on ne veut pas attendre? Et payer encore? Comment ne pas être découragés, quand on nous met face à la faillite des services aux parents? Quand on constate à quel point l’épuisement est présent chez ces parents qui sont laissés à eux-mêmes pour se battre, se débattre et se garder à flot financièrement, physiquement et psychologiquement, tout en faisant la guerre à la bureaucratie pour obtenir le minimum pour leurs enfants…

Comment notre gouvernement peut-il accepter la prise d’otage sociale des parents d’enfants à besoins particuliers? Comment peut-il tourner le dos à cette génération future qui ne demande pas mieux que de participer activement à la société? Comment peut-il tourner le dos et rejeter du revers de la main les études qui prônent la rapidité d’action, l’accessibilité rapide aux services, au soutien, à l’accompagnement, pour éviter l’épuisement de ces parents qui soulèvent des montagnes et affrontent quotidiennement les épreuves? Comment peut-il exiger de ces parents épuisés qu’ils en fassent plus? Qu’ils soient plus patients, se lançant dans des discours aux paroles vides de sens pour répondre à une simple question qui demeure encore sans réponse :

OÙ SONT LES SERVICES?

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Éducatrice à la petite enfance depuis une vingtaine d’année, adepte de l’entrainement en force pour ne pas perdre complètement la tête, Nancy Ringuet, très possiblement TDAH, est maman de deux garçons à diagnostics : un grand TDA sévère et un plus jeune SGT, TDAH impulsivité mixte et TOP. C’est un long combat qui aura mené aux diagnostics du plus jeune, et un long combat qui s’engage pour faire reconnaître ses besoins. Passionnée de recherches et assoiffée d’en apprendre plus, elle fouille le net sous toutes ses coutures. Elle partagera ici des textes et réflexions sur ce vécu différent de mère chef de famille, avec un conjoint dont le travail l’amène à être absent.