Lettre ouverte

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Chers concitoyens, habitants ou visiteurs de ma communauté… Je pourrais aussi dire, chers gens qui ne nous connaissez pas, ni ne connaissez notre réalité quotidienne.

Voyez-vous, ça me chicote depuis un bon bout. J’essaie de verbaliser mes pensées, d’être pleine de tact, de diplomatie. Mais voilà, à l’aube du temps des fêtes, de cette nouvelle année, je vous écris, bien simplement, avec l’espoir que mon message vous parviendra, qu’il sera partagé par tous ces parents qui comme moi peut-être, vivent un genre de trop plein.

Moi, vos commentaires pas toujours discrets et vos regards en coin plein de jugements, j’arrive à vivre  avec, à passer par-dessus. Je suis une adulte qui s’assume et il y a déjà un bon moment que j’ai perdu tout intérêt pour les fameux « qu’en dira-t-on ». Ce doit être ça, l’avantage d’habiter un petit village. Mais mes fils eux, ne sont pas encore totalement protégés contre vos commentaires pas toujours diplomates. Mon grand se peine, se renferme lorsqu’il vous voit porter ce regard lourd de jugements sur son petit frère qui perd parfois le contrôle. Et quand ce petit frère porte sur lui-même des commentaires négatifs qui visiblement viennent de la bouche d’un camarade de classe qui l’aura, lui, entendu de la bouche de ses parents, c’est-à-dire de vous, parce que vous aurez été témoins d’une de ces scènes ou d’un comportement dont vous ignorez tout et sur lequel vous portez un jugement, du haut de son 9 ans, il se dénigre et c’est à moi de ramasser les pots cassés de cette estime de lui que nous travaillons si fort à rebâtir après des années de batailles qui se sont jouées hors de la place publique. Dites-vous que ça, ça m’affecte.

Car vous ne savez pas et vous jugez. Vous jugez mon enfant à partir, d’un comportement, d‘un épisode dont vous ne connaissez et ne comprenez rien.  Vous ignorez le travail et l’énergie fournis à la maison. Vous ignorez notre vécu, notre quotidien, les multiples rendez-vous et suivis… Mais vous nous jugez. Vous jugez mon enfant, ma famille, sans prendre le temps de nous connaître. Et pour ça, MOI, je vous juge.

Vous ignorez tout de son humour, son intelligence, sa capacité de repartie. Vous ignorez l’affection que ces deux frères se portent, l’entente qui peut exister entre eux, leur créativité respective. Vous ignorez tout aussi de ces difficultés que nous affrontons au quotidien, de ce que Fiston ne contrôle pas et ne comprend pas toujours. Je vous juge pour ce regard que vous portez sur lui, l’étiquetant sans connaître sa réalité, sans poser de questions, sans même offrir votre aide.  Je vous juge pour ces commentaires que j’entends de la bouche de votre enfant. Pour ce regard que je vois votre enfant porter sur le mien.

À mes enfants, j’apprends la tolérance, le respect. Je leur apprends à s’informer avant de porter un jugement. Je leur apprends que la différence n’est pas mal, qu’on peut apprendre des difficultés, qu’ils ont des forces et des faiblesses comme tout le monde et surtout, surtout, j’essaie de leur inculquer le respect envers eux-mêmes et sur qui ils sont. Peut-être que si tous faisaient leur part en ce sens, la société, l’humanité se porterait mieux. Je souhaite que l’année à venir apporte une sérénité aux parents d’enfants à besoins particuliers. Que nous n’ayons plus à justifier. Que nous n’ayons plus à voir se poser sur nous ces regards de jugement parce que nous avons osé vouloir offrir une nouvelle expérience à notre enfant. Parce que les handicaps invisibles comme l’autisme, le syndrome de Gilles de la Tourette, le TDAH, les troubles « dys » et tant d’autres se doivent d’être médiatisés. Se doivent d’être reconnus et expliqués pour que nos enfants, nos familles cessent d’entendre ces commentaires plates, ces préjugés blessants.

Alors, chers concitoyens, je ne vous demande qu’une chose pour la prochaine année. S’il-vous-plait, faites preuve de tolérance, d’indulgence, d’empathie pour les parents qui, comme moi, se retrouveront peut-être assis sur un banc de cour d’école en attendant que la crise passe.

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Éducatrice à la petite enfance depuis une vingtaine d’année, adepte de l’entrainement en force pour ne pas perdre complètement la tête, Nancy Ringuet, très possiblement TDAH, est maman de deux garçons à diagnostics : un grand TDA sévère et un plus jeune SGT, TDAH impulsivité mixte et TOP. C’est un long combat qui aura mené aux diagnostics du plus jeune, et un long combat qui s’engage pour faire reconnaître ses besoins. Passionnée de recherches et assoiffée d’en apprendre plus, elle fouille le net sous toutes ses coutures. Elle partagera ici des textes et réflexions sur ce vécu différent de mère chef de famille, avec un conjoint dont le travail l’amène à être absent.