La discrimination de la société envers les autistes

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Collaboratrice : Sophie Turbide

Avril est le mois de l’autisme au Québec. C’est un moment privilégié pour sensibiliser le grand public sur le trouble du spectre de l’autisme (TSA). Alors, sensibilisons!

Pas parce que c’est un problème ou une maladie.

Pas parce qu’on veut que vous soyez « tolérants ».

On sensibilise parce qu’on essaie de vous faire comprendre que notre société est discriminatoire à l’égard des personnes autistes.

Dès le CPE, on coupe les heures de services aux enfants autistes parce que la subvention « va à la garderie, pas à l’enfant ». Nos enfants sont donc renvoyés à la maison plusieurs heures par semaine. Ceux qui ont le plus besoin d’être stimulés socialement en bas âge sont les premiers à être discriminés dans les services à la petite enfance. « Pour leur bien », qu’on nous dit. Et leurs familles s’appauvrissent et se précarisent. Et ils ne sont pas prêts pour l’école.

À l’école, même chose. Les services sont mal financés, inadéquats, insuffisants ou instables. Quand les enfants n’entrent pas dans le moule, ils sont renvoyés chez eux. Certains ne sont scolarisés que quelques heures par semaine. Le reste du temps, ils sont renvoyés à la maison. « Pour leur bien », qu’on nous dit. Et leurs familles s’appauvrissent et se précarisent. Et les enfants qui entrent dans le moule sont privés de la formidable présence des enfants différents. De l’apprentissage de la différence.

Et c’est la même chose à l’âge adulte. Ceux qui sont en âge d’embaucher du personnel n’ont jamais été en contact avec des personnes différentes. Alors ils sont mal à l’aise lorsqu’ils rencontrent un autiste en entrevue, même s’il est compétent. Et ce ne sont que 10 % des autistes qui occupent un emploi au Québec. Alors les personnes autistes s’appauvrissent et se précarisent. Et la société se prive de leurs compétences.

Mais la vérité, c’est que les personnes autistes sont des êtres humains exceptionnels. Elles sont toutes différentes, mais moi je peux vous parler de mon autiste préféré, mon garçon de 10 ans. Il est drôle. Il veut être humoriste. Il a le plus beau rire du monde. Il est brillant aussi. Il passe son temps à lire des livres, à nous apprendre mille et une choses sur la magie, sur les dinosaures et à me poser des questions sur l’histoire. Il joue du piano. Il s’occupe bien de son frère et de sa sœur. Il a un monde imaginaire incroyable. Il est maladroit devant les étrangers et dans les nouvelles situations et ça crée des situations aussi malaisantes que cocasses. Il aime respecter les règles et se fait un devoir d’être un élève modèle. Il s’indigne de nos comportements irresponsables pour le climat. Il s’indigne du sexisme et du racisme. Il voit le monde comme personne d’autre.

La neurodiversité est aussi importante pour le genre humain que la biodiversité l’est pour le vivant. Alors pourquoi on les mettrait à l’écart de la société dès la petite enfance?

Si j’essaie de vous sensibiliser, ce n’est pas à l’autisme. C’est à la discrimination dont ils sont victimes.

Je ne veux pas que vous soyez « tolérants » à l’égard des autistes. Les autistes sont des personnes incroyables, il suffit de s’arrêter pour les connaître un peu. Ce que je veux, c’est que vous n’acceptiez plus de vivre dans une société discriminatoire à leur égard.

Sophie Turbide

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