Cher Monsieur le Ministre… l’autre, là…

0
285

Cher Monsieur le Ministre de l’Éducation,

Il y a peu, c’est à votre collègue que j’adressais un texte. L’aura-t-il lu? J’en doute, mais j’espère que cela aura apporté une réflexion chez les gens qui l’auront lu, qu’il apportera une mobilisation. Souhait que j’ai aussi pour ce texte.

Voici donc, Monsieur le Ministre, mon questionnement pour vous. Trouvez-vous normal qu’un parent se voit confronter à l’ignorance de l’équipe-école face aux divers diagnostics de son enfant? Qu’il doive fournir de l’information, des lectures, des adresses de sites Internet? Qu’il doive se battre pour que la commission scolaire débloque des fonds pour les adaptations et suivis dont a besoin son enfant? Qu’il doive payer des services au privé pour s’assurer que son enfant puisse se développer? Qu’il soit confronté au défaitisme des commentaires constamment négatifs qu’on lui fait au sujet de son enfant, ne pointant que trop rarement (si c’est seulement fait!), les bons coups et le positif que peut vivre l’enfant?

Comment bâtir l’estime des enfants et la confiance des parents dans ce système hermétique, défaitiste?

Pendant de longues années, je me suis battue sur tous les fronts. Combat avec le système de santé pour obtenir des évaluations, des rendez-vous avec des spécialistes. Combat avec l’entourage pour faire accepter les différences et particularités de mon enfant. Et combat avec le milieu scolaire pour que ses besoins particuliers soient reconnus, que mon enfant puisse avoir l’aide nécessaire malgré l’absence de diagnostic, mais aussi pour me sentir respectée et validée dans mon vécu, mon expérience, mon rôle de parent. Quand on a le sentiment que le vécu qu’on veut apporter sur la table est mis de côté parce qu’on est « juste » le parent, au début on passe par-dessus, mais à la longue, on se ferme. Et pourtant, la concertation parents-école est tellement nécessaire pour la réussite de nos enfants, peu importe leurs différences! Quand on me martèle que « vous savez madame, il est très rigide », mais que dans le même souffle, on me demande si l’école a une copie de l’évaluation TDAH pour laquelle j’ai payé une clinique privée et spécialisée, je me sens découragée.

Dans ma tête d’éducatrice à la petite enfance, le diagnostic de Fiston n’a pas été dramatique, il fût un soulagement. Enfin, je pouvais vraiment le comprendre et intervenir avec lui de façon appropriée à ses particularités. Ce n’était pas dramatique car pour moi, à la base, chaque enfant est déjà différent car il est un être humain à part entière avec ses goûts, ses envies, ses forces et ses faiblesses propres. Alors pourquoi le système scolaire est-il si « unique »? Pourquoi alors que des études prouvent que la façon de faire actuelle avec ses évaluations uniformes et systématiques n’apportent pas de réelles réussites, pourquoi refuse-t-on de changer? Regardez seulement le taux d’analphabétisme!!! Comment peut-on encore affirmer que notre système fonctionne avec de tels résultats? Comment peut-on croire qu’une méthode uniforme et aseptisée pour tous soit signe de réussite? Ce sont des enfants, Monsieur le Ministre, pas des robots.

Vous avez lancé une consultation, j’espère que vous prendrez en compte ce que nous, les parents, avons à vous dire. J’espère que vous prendrez le temps de me lire. Si vous le voulez, appelez-moi! Je vous raconterai mon histoire… Je peux aussi vous pointer vers d’autres parents qui, comme moi, se heurtent ou se sont heurté à votre système scolaire.