Et si mon enfant n’était pas… assez différent?

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Dès que j’ai su que j’étais enceinte, ma vie a changé! Pour moi, la perfectionniste, celle qui n’avait pas droit à l’erreur, il était hors de question de commettre quelque bévue que ce soit qui pourrait faire en sorte que mon enfant ne soit pas tout à fait normal! Bien sûr, je savais qu’il était possible que la nature me joue des tours, mais oh que jamais je ne me dirais : « J’aurais dû faire ceci ou ne pas faire cela! » Alors, si jamais mon enfant naissait avec un défaut de manufacture, ce ne serait certainement pas de ma faute!

Le lendemain de mon test de grossesse positif, je buvais du jus de betteraves et de carottes, miammm (lire ark)! Le guide alimentaire canadien et moi nous étions les nouveaux meilleurs amis, et ce, après 28 ans de bouderies de ma part! J’avais peur de sentir un verre de vin, c’est peu dire!

Je me souviens qu’une fois remise de la torture interminable de l’accouchement (Koko, déjà opposant, a tout fait pour ne pas sortir de son nid, mais après 32 heures de travail, c’est à grand coup de ventouses qu’on l’a sorti de là), j’ai cru bon de vérifier s’il avait bien ses dix orteils! Ben voyons, j’avais de très grandes préoccupations moi là! La différence physique était-elle vraiment mon plus grand souci?!?! Je ne pouvais concevoir vivre avec un enfant difforme et encore moins malade… Clairement, selon moi, je ne serais pas à la hauteur de ce défi!

Toutefois, au fil des mois, des années, bien heureuse de voir que la mécanique physique fonctionnait bien, voilà qu’un signal d’alarme retentissait en moi! Et si c’était « entre les deux oreilles » que ça clochait?

Des comportements colériques, des gestes agressifs, une rigidité, un manque d’habiletés sociales, de l’excès dans la joie comme dans la peine. Koko, l’être que j’aimais le plus au monde, arrivait à m’agresser avec ses câlins, parce que trop brusque, trop intrusif! Aucun rassemblement familial ou amical ne pouvait se conclure sans qu’un enfant se plaigne : « Koko a fait ceci, Koko a fait cela » ou qu’un adulte finisse par s’imposer pour tenter de l’encadrer, lui faire comprendre ce qu’était la discipline parce que sa maman elle, de toute évidence, ne lui avait pas appris ça! Cette maman qui habillait bébé de blanc, qui voulait lui donner des airs angéliques, semblait elle, ne pas voir les cornes qui poussaient sur sa tête à la place de l’auréole tant attendue!

Soudain, le regard des autres sur mon fils, sur moi, est devenu lourd! À mon grand dam, je me suis surprise à me dire, à quelques reprises depuis quelques mois (en secret parce que juste de le penser alors imaginer l’écrire : « mère indigne ») que j’aurais préféré que Koko ait quelques orteils en moins plutôt que son TDAH! Est-ce que les gens seraient plus indulgents si mon fils avait une différence frappante? Du genre un bras qui pousse dans le front (ok, c’est exagéré, mais je crois que l’image rend justice à mon propos)?

En fait, est-ce que moi je me sentirais moins obligée de me justifier : « Ce n’est pas ma faute, ce n’est pas moi qui l’éduque mal, ce n’est pas parce que c’est un enfant roi qu’il fait cela, et non si je te le laissais une semaine, il ne reviendrait pas réparé, comme mon char que je rentre au garage parce que je le magane en le conduisant mal! »

Et bien non je sais, en fait j’en suis convaincue, peu importe la différence, toutes les mères doivent porter leur lot de culpabilité, justifié ou non (le non étant plus souvent approprié que le oui sans aucun doute).

Quand même, j’insiste : si Koko avait plus de difficultés à l’école, s’il n’arrivait pas à faire les apprentissages académiques tels qu’attendus, peut-être que je n’aurais pas à être harcelante pour que les responsables prennent sa situation au sérieux, pour qu’on n’attende pas qu’en avril, comme à chaque année (maternelle, première et puis deuxième année, même si j’avais prévu le coup cette fois avec la direction dès le mois d’août) que ses pairs soient rendus exaspérés de ses comportements inadéquats, au point d’en oublier ses qualités et qu’il finisse par être isolé et même, une nouveauté cette année, persécuté!

Quand ce même directeur (le nouveau de l’année qui a des cas plus lourds que celui de mon Koko sur les bras), tu sais, celui qui t’a dit, à plus d’une reprise, que ton fils n’avait pas besoin de services particuliers malgré ton insistance, finit par t’appeler quelques mois plus tard pour te dire que Koko a mis K.O. deux élèves sur l’heure du dîner et qu’il allait finalement trouver une ressource pour lui, ben t’as envie de lui dire : « Super! Bonne nouvelle! Mon fils est maintenant assez différent pour pouvoir avoir de l’aide! »

Et bien Koko lui, ce soir-là, il voulait quitter la ville par honte, il se sentait comme un vaut rien! Il m’a répété, plus d’une fois, avoir tant souhaité ne jamais venir au monde parce qu’aucun ami ne l’aimait!

Ma tornade souffre d’une maladie qui ne se voit pas, sauf quand elle nous heurte de plein fouet! Mais, oui je préfère nettement cela à n’importe quelle autre différence qui aurait pu l’atteindre, parce que je commence à croire que c’est pour sa différence à lui, quelle qu’elle soit, que je suis à la hauteur! C’est un défi que je peux relever pour lui, avec lui!

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Mère monoparentale de deux magnifiques tornades, menant de front le rôle de maman et papa (le géniteur des dites tornades ne s’investissant pas suffisamment pour porter le titre de Père)! Travailleuse sociale dévouée et rigoureuse œuvrant au sein de familles en difficulté depuis plus de 15 ans, qui dans le chaos organisé d’une vie familiale et professionnelle exigeante, cherche aussi à vivre une vie de femme, quand (ou si !?!) le temps le permet! Déterminée, fonceuse et impulsive parfois (moins souvent maintenant)! Farouche protectrice de sa marmaille, bouclier entre le monde et deux garçons intenses, excessifs, grouillants, surprenants et oh! combien vifs d’esprit, sensibles et gratifiants! Nouvellement passionnée pour l’écriture, qui souhaitons-le rejoindra ceux qui ont aussi une vie différente …