Tim s’est noyé

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Tim a disparu… Retrouvé 24 heures plus tard, mort noyé dans l’étang familial. L’enquête tente de déterminer les circonstances du décès, mais Tim souffrait de troubles autistiques et a sans doute échappé à la surveillance de ses parents qui sont anéantis.

Ce genre d’infos attire toutes sortes de commentaires d’internautes qui n’ont aucune idée de quoi ils parlent…

Vivre avec un enfant qui n’a ni la notion du danger ni instinct de survie ni notion de douleur est impossible à décrire  tant le poids de la terreur de le perdre est grand chaque jour.

Juste une seconde, tu te retournes et il a disparu…

Juste une minute, tu vas à la toilette et il grimpe sur la table…

Juste cinq minutes, tu réponds au téléphone et il a avalé son jouet…

Juste une demi-heure, tu le confies à une autre personne et il s’ouvre l’arcade sourcilière en tombant…

Juste une journée d’école et quand tu le récupères, tu découvres qu’il n’a ni bu ni mangé, alors qu’il fait 32 degrés à l’ombre…

Juste une semaine sans accidents ni frayeurs ni mises en danger ni inquiétudes… Voilà ce dont tu rêves.

Lire ces articles ne te rend pas service car tu sais que ça peut t’arriver à tout moment et tu sais que tu es humaine : c’est impossible pour un être humain de surveiller un enfant dangereux 24h/24. Pourtant, tu n’as pas le choix…

Tu sécurises ton habitation qui ressemble à Alcatraz, mais il trouve d’autres combines. Tu l’attaches à ton poignet sous le regard des gens qui pensent que tu traites ton fils comme un chien, mais qui seront les premiers à te fustiger s’il lui arrive quelque chose. Tu pries pour que son ange gardien soit vigilant et tu t’effondres souvent en pleurs d’épuisement…

Quand il tombe, tu arrêtes de respirer. Il refuse d’être soigné, touché ou même observé. Mais tu le sais, il ne sait pas exprimer la douleur. Ça peut être grave et ne pas se voir. Alors tu ruses et tu observes avec tes yeux de maman habituée à cette inquiétude sourde. Est-il plus calme? Cache-t-il son bras? Mange-t-il? Tu joues avec lui pour tester ses réflexes et ses compensations…

Parce que tu espères éviter l’enfer sur terre pour toi et ton enfant : l’hôpital!!!

À l’hôpital, l’autisme, ils connaissent dans les livres. Et dans les livres, on leur dit de regarder la mère… Voyez comme elle vous dit que quelque chose ne va pas, alors que son enfant ne pleure même pas, hystérique en souffrance qui rend son enfant malade…

« Madame, si c’était cassé, il pleurerait. » Il ne sait pas. Il ne sait pas qu’il faut pleurer quand on a mal. Mais quand on lui demande, il dit que non. En plus, il parle et il s’exprime bien… L’autisme des manuels tue des enfants chaque jour.

Et si on vous croit, on s’inquiète du nombre de chutes. On s’inquiète de votre état psychologique et les services sociaux viennent vous interroger et vous dire de plus surveiller… Encore plus…

Alors, tu finis par éviter l’hôpital, par compenser ton stress par la nourriture, l’alcool et la mélancolie… Tu es prisonnière de ton propre enfant car personne ne peut prendre ta place de surveillant… Et tu sombres.

Mais les gens ont la solution : « Lâche prise, quand il se fera mal, il comprendra, il joue avec ça, pourquoi imagines-tu le pire? »

Ces phrases nous isolent et nous excluent car nous ne pouvons plus en parler sans craindre le jugement. Ne pensez pas à nous critiquer, ne vous inquiétez pas, nous le faisons déjà assez nous-mêmes. Mères faillibles au bout de notre humanité qui ne suffira pas à le sauver…

Tim s’est noyé… Comme des centaines d’enfants avant lui parce que sa mère n’avait aucune bouée…

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Professeure dans une école au public difficile, Liza pensait avoir tout vu de la différence jusqu'à ce qu'elle devienne maman d'un petit garçon extraordinaire qui a chamboulé ses convictions autant que son cœur. Les premières années furent marquées par la culpabilisation médicale et les nuits sans sommeil à tenter de comprendre un bébé qui ne voulait pas en être un et ne suivait pas l'évolution classique d'un enfant : entre les crises de colère et d'angoisse , les dinosaures et l'espace, il y avait de quoi se sentir perdue. Il a fallu entamer la longue marche des diagnostics mais Aspiboy est un filou qui ne rentre dans aucune case. Même dans sa différence, il est différent. Il a toutefois séduit par son humour et sa vivacité de nombreux internautes qui suivaient Liza devenue Maman Aspie pour la sphère Facebook et qui gère aussi le groupe de soutien Croco Mum pour les mamans différentes car ensemble, on est plus fortes.