Tenter de s’accomplir malgré tout

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Je suis éducatrice en petite enfance et ça depuis maintenant 14 ans. J’aime beaucoup mon travail, j’ai toujours aimé relever des défis professionnels. Je suis une personne passionnée de la petite enfance. Au cours des 14 dernières années, j’ai relevé plusieurs défis : travailler dans une nouvelle installation et participer à la mise en place de cette dernière, avoir mon propre milieu familial et être présidente d’une prématernelle. Mon plus gros défi fut de concilier travail et famille. Jamais je n’aurais pensé qu’avoir une famille aurait changé à ce point ma vision de mon travail.

Quand j’ai eu mon beau grand garçon, j’ai vite réalisé que je ne pourrais pas ne pas être présente durant sa petite enfance. Il m’était impossible de ne pas pouvoir le voir évoluer tous les jours de sa vie. Il a grandi et nous nous sommes rendus compte qu’il avait des problèmes de développement et ensuite le diagnostic de TSA est tombé. À partir de ce moment-là, c’est la jungle, le zoo, la folie des rendez-vous qui a commencé. Comment pouvais-je honorer mes engagements face à mes employeurs et être présente aux millions de rendez-vous? Et comment pouvais-je mettre en pratique toutes les interventions demandées par les divers partenaires que nous avions en travaillant en même temps? Je ne sais vraiment pas comment les autres parents qui travaillent font mais moi, je n’y arrivais pas du tout. Alors mon mari et moi avons pris les décisions qui s’imposaient.

J’ai donné ma démission au CPE où je travaillais pour tenter d’ouvrir mon milieu familial à la maison. Ma mère viendrait me remplacer lors des nombreuses obligations que je devais remplir pour mon coco. Pour moi, ce fut une période mitigée. J’étais contente de relever un nouveau défi, mais j’étais aussi très effrayé de me lancer dans le vide sans filet. Je me sentais heureuse de pouvoir être présente pour mes garçons et de pouvoir faire le maximum pour eux afin qu’ils évoluent bien dans leur développement. Par contre, je peux vous dire que ce ne fut pas facile de laisser mon équipe de travail. Je considérais mes collègues comme des amies et elles étaient importantes pour moi. D’ailleurs, elles font encore partie de ma vie même après toutes ces années. Laisser le milieu dans lequel j’avais grandi comme éducatrice, dans lequel j’avais mis tant d’énergie et que j’avais construit avec mes collègues fut une des choses les plus difficile à faire. J’en suis encore nostalgique même si je sais que j’ai fait le bon choix. Donc, je suis devenue responsable d’un service de garde et ma maison a été chamboulée pour accueillir mes premiers minis.

Je me souviens très bien d’Émile et Adèle, mes premiers clients. Ce fut une période d’ajustement pour toute ma famille, avoir des gens à la maison, partager son espace, les jouets etc. On s’en est bien sortis et nous avons tous grandi avec cette expérience qui a changé notre vie de famille. Maintenant, 6 ans plus tard, une multitude de minis ont partagé notre quotidien, nous sommes encore en service et nous sommes encore heureux de ce choix. Depuis quelques années, je me questionne sur mon après milieu familial. Mes enfants grandissent et je me suis demandée moi, la femme en moi pas la maman, mais qu’est-ce que je veux? J’ai essayé de me reconnecter avec moi, pas facile quand depuis 10 ans tu es une mère en premier lieu. Je suis encore une mère, rassurez-vous, mais je sais aussi que je suis une éducatrice, une femme.

Depuis que je travaille de la maison, je me suis toujours gardée stimulée. J’ai été impliquée dans la prématernelle de mes enfants, j’ai aussi fait beaucoup de bénévolat afin de voir des gens et de continuer d’apprendre des autres. J’ai fait des formations complémentaires à mon travail pour être une meilleure éducatrice. Mais je sentais que j’avais besoin de plus. J’avais envie depuis longtemps d’aller faire un cours universitaire. Mais avec une famille, un milieu familial, deux enfants qui ont des besoins particuliers et les nombreuses thérapies qui sont très dispendieuses, nous avons remis le projet mon mari et moi.

Puis un matin, je me suis levée et j’ai expliqué à mon mari que je tenais vraiment à faire le certificat en soutien pédagogique à l’université et nous avons trouvé un endroit qui le donnait à distance. Alors, ce jour-là, je me suis inscrite! J’ai décidé de penser à moi. Je pense que je peux apporter de l’aide à mes collègues et je pense que dans quelques années, ma place sera à nouveau en installation, mais cette fois-ci, de l’autre côté du bureau. Je ne trouve pas ça facile… Je me sens coupable de dépenser de l’argent pour moi et de travailler sur mes cours le soir au lieu de passer du temps en famille. Mais ce cours est passionnant et je me sens compétente. Même si ce début d’année scolaire est difficile pour mon grand, même si j’ai eu quelques nuits blanches car il faisait de l’insomnie, je suis très contente et fière de moi. Comme je fais ce cours à temps partiel, j’en ai pour quelques années encore, avec mes précieux minis à la maison, avant de voler vers d’autres défis.

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Éducatrice en petite enfance depuis maintenant 14 ans, Jessie est passionnée de son travail. Elle est maman de deux garçons de 7 ans et 9 ans. Son plus jeune garçon a une dyspraxie verbale et un trouble d’acquisition de la coordination motrice. Son grand garçon a un diagnostic de TSA. Elle s’inspire de son quotidien pour écrire ses textes et ça l’aide à faire le point sur différentes facettes de sa vie. Jessie est une personne pleine d’énergie, toujours prête à aider son prochain et qui est impliquée dans la vie scolaire de ses enfants. Elle préside le comité EHDAA depuis maintenant deux ans à la commission scolaire des Trois-Lacs car la cause des élèves HDAA lui tient à cœur. Elle adore faire du bénévolat! La tête toujours pleine de projets qui sont parfois inusités, elle est une fille d’action. Ses enfants sont au centre de sa vie et c’est avec humour et autodérision qu'elle arrive, avec l’aide de son conjoint, à traverser les petites et parfois les grosses tempêtes de la vie de parents d’enfants différents.