Sur les chemins des labyrinthes

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En cette fin d’année scolaire marquée par l’austérité et tous les bouleversements qu’elle a engendrés, particulièrement auprès des élèves à besoins particuliers, je vous partage un magnifique texte de Nathalie Laurencelle qui se bat jour et nuit pour les droits de son pirate.

Tu ne le sais pas mais depuis hier, je me sens meurtrie par en dedans, car je n’arrive pas à apaiser ta rage. Depuis près de trois semaines, cette souffrance qui t’habite est de retour. Déjà tout petit, elle t’habitait sans que je puisse calmer ce volcan bouillant et hardant qui te possédait avec une vive violence au travers de tous les mots que tu n’arrivais pas à verbaliser, se traduisant en coups violents sur mon visage, sur ta tête et dans mon cœur.

Ce soir, tu dors à points fermés, épuisé par tes cris, chaque heure de la journée je me remets en question, je cherche des solutions dans des livres, sur internet ou je m’éduque au travers des formations pour que je puisse apaiser tes surcharges, tes désorganisations. Je dois avouer que très rarement cela se transforme en succès, mais je persiste et j’espère qu’un jour enfin, tu t’en trouveras apaisé…

Au travers tes difficultés, tes besoins différents et toutes les frousses que tu m’as offertes comme un coup de vent subtil, il y a ces pauses remplies de sourires, de regards vifs et pétillants, ton intelligence désarmante, ta perspicacité et ta soif de vivre qui animent les plus beaux moments du monde, de ton univers, ta créativité, la magie dans tes yeux et mes espoirs de te voir heureux…

Tu vois mon pirate, le jour où tu t’es effondré au sol à tes 18 mois, sans tonus musculaire, sans couleur, d’un violet affolent, la vie à grand coup violent nous a percuté toi et moi rendant le quotidien de plus en plus difficile sans que ni toi ni moi n’y puissions quelque chose. Les rendez-vous ce sont multipliés, les diagnostics apposés à ton dossier médical ont défilé comme une danse sur des notes de musique sans grande pause…

Bousculée par tous ces termes médicaux, tes besoins, tes cris, ta détresse et mon sentiment si souvent d’impuissance ont fait de moi la guerrière en combat devant l’arène des jeux antiques pour faire valoir ton droit à l’instruction, tes droits d’être entendu, soutenu et écouté et surtout pour améliorer tes chances d’avenir… Chaque minute de vie qui m’habite n’a pour but ultime que de te donner le meilleur…

Ta détresse, ta difficulté à saisir l’univers et ta rage de vivre me bouleverse… Chaque larme sur tes joues font office de poignard dans mon ventre, je me sens si impuissante et pourtant au combat pour toi, je suis debout au champ de bataille avec l’énergie emprunté à mon être épuisé qui a appris à s’oublier depuis si longtemps, trop longtemps.

Mon beau pirate, si tu savais à quel point tu es aimé, chacun de tes cris, de tes coups, de tes reproches, croyant que l’école est ton pire calvaire, je suis là à rêver que l’éducation t’apporte les outils nécessaires auxquels tu es en droit de recevoir.

Chaque soir, je console tes larmes, t’apporte les soins thérapeutiques dont tu as besoin… Presse tes muscles et crème ta peau que tu malmènes si violemment avec tes ongles… Compte tes bouchées aux repas car l’anorexie juvénile ne doit pas t’arracher à moi… Tu vois mon amour, je serai toujours là pour toi, mais je suis inquiète, très inquiète des coupes de services en santé et en éducation, inquiète des répercutions à long terme sur ton avenir et tes chances de réussite…

Sauras-tu prendre soin de toi, quand je n’y serai plus? Sauras-tu prendre ta place dans cette société de plus en plus axée sur les chiffres et l’apparence? Sauras-tu t’aimer et reconnaître ton importance et ta valeur? Arriveras-tu à défendre tes droits et à prendre ta place? Les nuits sont si courtes pour mon esprit, cette route de questions sur les chemins des labyrinthes qui se dressent devant nous.

Demain, je tiendrai ta petite main sur le chemin de l’école, il ne reste que quelques heures pour qu’enfin les grandes vacances d’été se pointent. On aura là, j’espère, de beaux souvenirs à se construire…

Nathalie Laurencelle

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