Procrastiner, la proaction

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Cette semaine, je suis dans les projets. Je veux régler des problèmes et ma propre impulsivité me joue des tours. En fait, aujourd’hui, je comprends pourquoi je travaille en CPE avec les enfants, en action-réaction, au lieu de dans un bureau avec des mesures ISO, des procédures et des délais à vivre. Cette semaine, je me rends compte qu’attendre, c’est clairement pas mon fort. Je me suis mise à réfléchir à ça, au délai, à l’attente… À cette solution que mon cerveau à choisi de développer pour soigner mon éternelle procrastination. Je me suis mise à penser que notre proactivité face aux problèmes peut devenir un problème autant qu’une stratégie gagnante.

Les résultats, en général, c’est ce qu’on attend de toute action. Alors, il est normal que devant un problème, on cherche des solutions et qu’on veuille des résultats. Ce qui peut devenir source de conflit ou de frustrations, c’est quand notre propre logique « clash » avec de la mauvaise volonté, des impératifs nouveaux ou encore la logique bonne ou mauvaise d’un autre. Il y a le « big picture » que mon cerveau voit et le chemin vers la solution, en ligne directe ou selon des étapes. Une fois compris… ben go! Avance la vie, faut que ça bouge. Je le vois, je suis même capable de t’expliquer comment faire, mais autant je suis dotée de patience pour faire comprendre les choses aux gens, autant  je suis une verbalisatrice hors-pair pour expliquer, autant si tu ne prends pas le train quand c’est le temps de solutionner, tu me tapes sur le système. Au travers de tout cela, il y a aussi la mauvaise volonté. Il y a la paresse intellectuelle. Il y a ceux qui se reposent sur la recherche de solution des autres et qui rajoutent leur grain de sel juste pour chialer, critiquer ou ressortir le négatif.

T’as clairement besoin d’un exemple? Ben voilà…

C’est dimanche matin, je veux faire des crêpes. J’ai pas de farine parce que j’ai fait des biscuits la veille. Les tempêtes me tournent autour en chialant qu’ils ont faim. Je sais qu’il faut aussi sortir le chien. Je sais que mon café va être froid. Je pourrais décider de faire des grilled cheeses, mais NON, c’est des crêpes le projet. Petit Mari fait marcher le chien. Je monte dans mon char en pyjama, pas de bobette, pas de soutien-gorge parce qu’en dessous de mon manteau personne voit que je pointe à terre. À l’épicerie, je vais chercher la farine. Je paie. Je reviens. Je mange des crêpes. Fin de l’histoire. Proactif 101. T’as compris. Problème = solution… Voilà. MAIS, dans le topo, j’ai pas dis que Petit Mari est pas trop content de promener le chien tout seul. Je dis pas non plus que revenue à la maison, y manque de lait. Je dis pas que Tsunami voulait manger des fraises et du chocolat sur ses crêpes pis que j’en ai pas. Je raconte pas que Tornade a mangé la moitié d’un sac de galettes de riz en attendant et qu’il n’a plus faim. Pis Ouragan, elle, ben c’est un grilled cheese qu’elle voulait. Non, mon problème, je l’ai géré pour moi avec mes solutions à moi.

Parce que mon TDAH à moi, c’est beaucoup d’impulsivité, exprimé bien fort, dans un excès de coupage de paroles, enrubanné dans 2 ou 3 écureuils qui me font perdre le fils si tu interromps mon cheminement solutionnel. Dans mon idée de me donner à 100% dans la confection des crêpes, j’ai oublié de m’arrêter. J’aurais pu les faire au dîner ou même au souper, mes mauzus de crêpes. J’aurais pu faire une tournée de ma gang pour savoir s’ils voulaient autres choses à l’épicerie. J’aurais pu faire le tour des ingrédients avant de partir. J’aurais pu faire un sondage sur ce qu’ils voulaient manger. On aurait pu marcher jusqu’à l’épicerie avec le chien. Honnêtement, j’suis pas en tord et j’ai pas raison non plus. Comprends-tu le raisonnement?

Je suis Madame Efficace OUI, mais toujours selon le point de vue du moment. Et vous? Suis-je la seule à réévaluer mes raisonnements après coups et à me dire… « Hé merde, j’aurais pu faire mieux? » Cette semaine, c’est une semaine comme ça. Prise entre ceux qui voient où, quand, comment j’ai merde et ceux qui me trouvent dont efficace. Parce qu’entre être fière d’avoir fait un bon déjeuner à ma marmaille et avoir scrappé leur dimanche matin relax avec la tempête-tropicale-maman-veut-faire-des-crêpes, la ligne est mince. Ouep, je suis de même moi. D’une réflexion, je peux virer quelque chose de super bien intentionnée en échec monumental. Le plus beau, c’est que je peux faire l’inverse aussi.

Une amie me disait cette semaine que j’étais un cas à part parce que j’étais capable de me mettre à la place de n’importe qui et de comprendre ses réactions. Elle a sûrement raison. Je suis un cas à part parce que la seule personne que je ne comprends pas tout le temps, c’est moi. HIHI… Ben oui, avec mon cerveau qui roule à spin. Mes idées et mes argumentaires sur tout. Ma seule certitude dans tout cela, c’est que si je suis capable de me mettre à la place des autres, ça fait que je pense aux autres dans le but qu’ils soient bien. Où l’intérêt si ce n’est pas ça? Bref, y me reste à apprendre à compter 5 secondes ou même 24 heures parfois avant de solutionner.

Pis au final, j’ai mangé les crêpes que j’avais décidée que je voulais manger. Mon petit bedon était content. J’ai pas lâché une bombe atomique, j’ai juste fait des crêpes. L’important, c’est de m’entourer de gens qui m’aident à canaliser mon mantrat solutionniste dévastateur. Ben quoi, y’a toujours une solution à tout, non?

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Maman TDAH de trois tempêtes; Tornade 11 ans (TDAH avec impulsivité et trouble anxieux), Ouragan 9 ans (TDAH) et Tsunami 6 ans (trop jeune pour un diagnostic), je suis la douce moitié de mon petit mari (TDAH). À cela s'ajoute une grande sœur au pays des nuages que nous appelons affectueusement Coccinelle. Éducatrice en pouponnière ainsi qu'anciennement auteure de livre jeunesse, je me considère comme une sage dans l'art de la patience infinie...