Ma passion des comédies musicales

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Est-ce le doux son de la voix de ma mère, lorsque j’étais dans son ventre? Où est-ce la voix haute et gracieuse de grand-maman Annette qui nous chantait des chansons, lorsque j’étais petite, qui se bousculaient en écho dans ma tête? J’en ai retenu la symphonie et sûrement davantage! Peu importe… Je ne sais pas et je ne le saurai probablement jamais. Tout ce que je sais, c’est que je ne suis pas folle! Du plus loin que je me souvienne, j’entendais de la musique dans ma tête.  Il m’arrivait si souvent d’entendre des fréquences que je m’inventais toute une symphonie dans une langue que moi seule connaissais. Certaines phrases inintelligibles étaient un échange codé que je formulais avec brio avec ma grand-mère paternelle. Nous étions les seules à nous comprendre, je me sentais ainsi en sécurité. Bien que coupée des autres, j’aimais bien entendre les sons et m’amuser à créer des codes de sons particuliers, ce qui me permettait, en quelque sorte, de comprendre le monde qui m’entourait.

Ces mêmes sons m’ont permis de me développer. Comment? Bien avant que je sache écrire et même dire le mot « musicothérapie », ces mêmes fréquences servaient à me calmer, à diminuer certains sons ambiants des plus désagréables, des sons que la plupart des gens ne peuvent percevoir ni entendre de leur oreille même avisée.

Bien que je n’ai  parlé qu’à l’âge de 4 ans, malgré mon retard de développement et les pronostics plutôt sombres des spécialistes, envers et contre tous, personne ne se doutait que j’hériterais de ce talent pour accomplir ma destinée et encore aujourd’hui, certaines choses demeurent irrationnelles, mais potentiellement utiles et exceptionnelles dans ma vie quotidienne. Ma sœur et moi développerons un langage bien à nous quelques années plus tard. Ce qui nous unira sera la passion de chanter et de jouer la comédie, sous la forme de jeux de rôles et en chantant des chansons devant la famille.

Plus tard, c’est en écoutant souvent la radio que j’ai compris comment on pouvait « techniquement » avoir une image des sons. Pour les chanteurs et chanteuses, bien avant que je connaisse la définition d’une chanson « radiophonique », je pouvais non seulement associer les voix des personnes à l’image, mais aussi, à leur genre de personnalité. En plus, je pouvais décrire ce que je ressentais face à la trame sonore (instruments), ce qui servait à m’indiquer les  émotions. Les émotions ne sont pas faciles à exprimer ni à gérer, mais sont plutôt faciles à ressentir. Le fait que je pouvais copier à la perfection la voix, la tonalité et même l’émotion de la personne qui chantait à la radio, est ce qui m’a permis de comprendre les expressions théâtrales, bien que mes expressions faciales restent encore souvent neutres et à travailler.

J’éprouvais tant de difficultés à m’exprimer que j’ai commencé à penser en images puis en chansons pour arriver à mieux comprendre les autres autour de moi.

Pourtant, ce n’est qu’à l’âge de 6 ans que je découvre mon amour pour les comédies musicales, lorsque j’allais passer les fins de semaines chez ma grand-mère ou dans la famille de mon père.  Chaque fois, j’étais émerveillée par tant de couleurs, par les costumes et les chansons. Mes comédies musicales préférées demeureront toujours La Mélodie du Bonheur Mary Poppins  et Le Magicien D’Oz  de 1939. Tout ça, c’était bien avant la maladie d’Alzheimer de grand-maman qui est décédée à l’âge de 93 ans en 2013.  Malgré ma grande tristesse, sachant qu’elle arrivait à ses derniers instants, je lui ai écrit la chanson Héritage puisque c’est elle qui m’a légué cet amour de la musique et de la comédie musicale. Elle n’aura malheureusement pas le temps de l’entendre avant son départ.

La première chanson que j’ai écrite, j’étais âgée de seulement 12 ans. À cette époque, j’ignorais ce que c’était de « travailler une chanson de façon professionnelle et avoir des droits d’auteurs ». Ce fut également la première fois où j’ai chanté devant un petit auditoire, soit ma classe de 4e année, en hommage à un professeur d’arts plastiques qui prenait sa retraite. Une première chanson en tant qu’auteure-compositeure. Bien qu’elle n’ait jamais vraiment vue le jour, elle est restée marquée dans la mémoire de certains élèves et encore aujourd’hui, plusieurs s’en souviennent. Ce fut le début pour moi, j’avais reçu la piqûre de la chanson.

C’est à l’aube de mes 14 ans que j’ai commencé à imaginer une histoire qui parlerait d’un amour impossible entre deux personnes complètement différentes. L’idée avait pris naissance d’une courte bande dessinée que j’avais écrite dans le cadre d’une production écrite et qui se composait de neuf pages d’images et d’un peu de dialogue. Bien que ma note fut moyenne pour mon écriture, j’étais tellement inspirée que j’ai décidé de travailler mon histoire.

Un soir, je me suis imaginé des créatures volantes, est-ce que je dormais?? Bien que j’avais toujours eu une imagination assez fertile et que j’inventais souvent des histoires avec des créatures magiques et fantastiques, c’était la première fois que les  créatures me semblaient si réelles. Dès le lendemain matin, je me suis mise à les dessiner tellement elles étaient palpables dans mon imagination. Naissait alors le début de ma propre comédie musicale!

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Auteure, compositeure et interprète, Virginie Poirier (Virgie) est une jeune adulte de 24 ans vivant avec de l'autisme de haut niveau (TSA)... Elle demeure depuis 2011 aux Îles de la Madeleine avec sa famille, notamment avec sa sœur atteinte d’autisme elle aussi. En mars 2015, elle a lancé son premier album «Virgie Artiste/Autiste». Elle collaborera avec nous en partageant ses réflexions, ses poèmes et certains textes sur sa vision artistique et autistique du monde dans lequel elle évolue, et partagera avec nous ses mille et un projets!