Oups!

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Hey! Approche. J’ai un secret à te confier. J’en ai peut-être l’air vite-vite de même quand tu me vois aller au travers du dédale de mon quotidien pas mal disjoncté, mais t’sais, j’suis pas forte. J’suis pas un rock ou un mur. Ben peut-être un mur, mais du genre avec ben des craques pis des fissures.

Tu me dis que j’suis donc bonne, pis que tu me trouves tellement à l’écoute de mon enfant… mais… Bon, assieds-toi s’il-te-plaît parce que ce que je vais te dire risque de te scier les jambes pis j’ai pas envie d’avoir ton coccyx amoché ou ta commotion cérébrale sur la conscience… Donc, s’il-te-plaît, je te le demande encore, assieds-toi.

Vois-tu, des fois, pour ne pas dire presque tout le temps, quand tu me parles ainsi, moi je m’imagine comme un de ces clowns gonflés avec un fond rond et lourd sur lesquels on frappait étant gamins. On le frappait, il partait vers l’arrière et revenait, pis on le frappait encore et encore et encore… Parce que c’est un peu ainsi que je vois la situation. La vie me rentre dedans, je tombe à la renverse, pis j’y retourne… encore et encore.

Pis quand Fiston me fait une crise au service de garde au point où je dois me glisser sous la porte de la cabine pour handicapés de la salle de bain des garçons parce qu’il est grimpé sur le distributeur de papier Q et qu’ensuite il me frappe à coups de talons dans les tibias, de coudes dans le sternum, tente de me mordre, etc. avant de réussir à fuir pour aller s’enfermer dans les toilettes des profs… ben pendant les  90 minutes qu’il faudra entre le début de cette crise et le moment où, enfin, nous sortirons de l’école lui et moi, j’aurai eu le temps de hurler intérieurement à en avoir vraiment mal à la gorge et à la tête. Il y a de grosses chances que je me sois aussi imaginé quittant le service de garde, surtout si la crise n’a rien à voir avec moi, en disant de me rappeler quand il sera calmé. J’ai probablement écrit un texte de désespoir dans ma tête, que tu ne liras jamais parce que je serai trop vidée pour m’en souvenir et/ou le mettre sur papier. J’ai sans aucun doute épuisé en silence le chapelet de jurons catholiques, en en ajoutant quelques-uns en anglais…

Probablement que pendant que j’attends qu’il se décide à débarrer la porte, assise sur la p’tite chaise pour enfant dans le corridor, je me suis mise à mon aise, bien évachée écoutant ses hurlements, silences et marmonages d’une oreille distraite car mon imagination m’a conduite sur une plage où Hugh Jackman, Russell Crowe, ou (diantre, pourquoi pas!), Ryan Reynolds me badigeonne de crème solaire tout en massant mes épaules et mon cou… Parce qu’après tout, je le mérite bien, non?

« Maman… maman… je te parle pis chu calme là… on s’en vas-tu, j’ai faim… J’m’excuse… J’suis désolé… »

« Mais oui chaton, on y va… Je t’aime aujourd’hui comme hier, plus grand que l’univers, mon Fiston d’amour… »

(Je vous épargne toute la discussion qui entoure ces épisodes, les retours qu’il ne veut pas faire sur ces instants car ça fait remonter en lui le sentiment, mais aussi un sentiment de dénigrement…)

J’ai tellement l’air  zen durant une dérape de Fiston… Oui, tu me le dis souvent. Que tu ne sais pas comment je fais, comment tu ferais… Ben tu ferais sans doute comme moi. Tu t’imaginerais ailleurs, dans d’autres circonstances. Tu te battrais pour que soient reconnus les besoins de ton enfant. Tu pleurerais dans ton oreiller, tard le soir, après avoir pleuré sous la douche. Tu sourirais au monde tout en envoyant paître tout le monde par en-dedans parce que t’as pas le goût d’être là. T’as pas le goût d’entendre que t’es forte, qu’eux savent pas comment y feraient ni comment tu fais. Parce que t’es écoeurée d’entendre les discours vides des politiciens en soins de santé ou en services scolaires. Parce que t’as envie de crier que tu veux juste avoir des réponses pis qu’on arrête de te faire tourner en rond.

Mais j’suis zen dans mon chaos. J’m’imagine toute seule. Toute seule avec moi-même sans parler à personnes 48 heures… pis là….

POUHAHHAAHHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHA!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Je réalise que ça n’arrivera juste JA-MAIS.

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Éducatrice à la petite enfance depuis une vingtaine d’année, adepte de l’entrainement en force pour ne pas perdre complètement la tête, Nancy Ringuet, très possiblement TDAH, est maman de deux garçons à diagnostics : un grand TDA sévère et un plus jeune SGT, TDAH impulsivité mixte et TOP. C’est un long combat qui aura mené aux diagnostics du plus jeune, et un long combat qui s’engage pour faire reconnaître ses besoins. Passionnée de recherches et assoiffée d’en apprendre plus, elle fouille le net sous toutes ses coutures. Elle partagera ici des textes et réflexions sur ce vécu différent de mère chef de famille, avec un conjoint dont le travail l’amène à être absent.