Je ne suis pas courageuse

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Je ne suis pas une mère-courage.

Je n’ai pas la foi, je n’ai pas la force, je n’ai pas la choix.

Ne dites pas de moi que je suis courageuse, car si vous saviez ce que je pense vraiment vous ne le diriez pas.

J’aimerais partir et tout abandonner, j’aimerais m’écrouler tranquille. Pitié qu’on me fiche la paix avec cette admiration mal placée qui n’a pas lieu d’être. Je ne suis rien, sauf le gardien du sommeil de ses nuits. Je voudrais tant dormir, de ce sommeil réparateur et profond du juste qui n’a plus rien à penser et se permet de rêver.

Je déteste ma vie, je n’ai plus de famille, pas le temps de voir mes amies, je vais aux thérapies plutôt que d’aller au foot ou à la danse. Je bois seule chez moi car personne ne peut garder mon enfant pour que je me saoule dans un bar. Je n’ai plus de conversations en dehors de lui et les gens me fuient car leur réalité m’exaspère.

Je ne suis pas sympathique ni de bonne compagnie, car plus rien ne me donne envie de m’ouvrir.

Je ne suis pas courageuse, je suis prisonnière…

Je ne suis pas une mère-courage, je ne suis même plus mère…

Je suis thérapeute, éducatrice, psychologue, médecin, professeur et aidant familial. Et parfois, je suis une maman au bout du rouleau qui survit avec des litres de café, qui vit dans ses séries Netflix et qui n’a de conversations que virtuelles avec d’autres mamans pas courageuses ni formidables…

Je ne suis pas spéciale, je suis une femme ordinaire dans une situation spéciale.

Je n’ai pas une mission divine, je ne suis pas un ange tombé du ciel, je n’ai pas le don de la patience ni du sacrifice, je ne suis pas extraordinaire, je n’ai rien de plus que vous, sauf que lui a tellement de besoins en plus, que les miens n’existent plus…

J’aime mon enfant, mais pas ce qu’il est… Toutes ses souffrances qui nous pourrissent la vie : se lever, s’habiller, parler, manger, aller à l’école, tout est un combat… Mais le combat est invisible et personne ne voit les coups que je me prends. Je ne suis pas forte, je suis meurtrie, blessée, rouée de coups par la vie au point de ne plus me sentir en vie… Je ne suis même pas vivante, je suis une survivante…

Je ne suis pas courageuse, je n’ai pas le choix.

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Professeure dans une école au public difficile, Liza pensait avoir tout vu de la différence jusqu'à ce qu'elle devienne maman d'un petit garçon extraordinaire qui a chamboulé ses convictions autant que son cœur. Les premières années furent marquées par la culpabilisation médicale et les nuits sans sommeil à tenter de comprendre un bébé qui ne voulait pas en être un et ne suivait pas l'évolution classique d'un enfant : entre les crises de colère et d'angoisse , les dinosaures et l'espace, il y avait de quoi se sentir perdue. Il a fallu entamer la longue marche des diagnostics mais Aspiboy est un filou qui ne rentre dans aucune case. Même dans sa différence, il est différent. Il a toutefois séduit par son humour et sa vivacité de nombreux internautes qui suivaient Liza devenue Maman Aspie pour la sphère Facebook et qui gère aussi le groupe de soutien Croco Mum pour les mamans différentes car ensemble, on est plus fortes.