Je ne gagnerai jamais…

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Demain, c’est la fête des mamans.

Je suis maman…

Je suis maman différente d’un enfant différent…

Alors à moi, on ne me fait pas de cadeaux.

Je ne gagnerai jamais…

Cette réalité m’a explosé à la figure l’autre jour… Assise là, au milieu des pros, à les écouter parler de moi, asséner des certitudes sur notre vie, ma relation et mon fils.

Quoi que je fasse, je ne gagnerai pas face aux autres…

Je ne serai jamais ce qu’ils attendent de moi… Je ne ferai jamais comme je suis censée faire… Ils seront toujours là pour me dire autrement. Je ne gagnerai jamais…

Pour l’institutrice, je suis trop laxiste. S’il ne sait pas se contrôler, c’est qu’il n’y a pas de règles à la maison. C’est vrai… Je m’amuse tellement à faire des bilans, des séances de psys et des réunions de coordination que je décide d’empirer les choses en ne l’éduquant pas.

Pour la psy, je suis trop rigide. Il faut lâcher prise. Notre relation est faite d’oppositions et de tensions parce que je ne lâche pas prise sur le cadre, les règles, etc.

Il faudrait un jour qu’ils se mettent d’accord! De toute façon, le problème, c’est moi. Je ne peux pas lutter contre ça.

Mon ancienne psychomotricienne porte plainte parce que je ne mets pas assez de prise en charge et que je suis un danger pour mon fils.

La police qui m’interroge me reproche de trop médicaliser mon fils. Sans doute vous complaisez-vous dans les bilans et les problèmes?

Vous voyez? Je ne peux jamais gagner. Je suis le problème.

J’ai consacré les quatre dernières années de ma vie à aider mon fils. J’ai mis en place des pictos, du drill et j’ai structuré toute notre vie pour qu’il s’en sorte. J’ai réussi après un an de travail à le scolariser et l’autonomiser.

Ma famille et belle-famille me reprochent de ne pas assez le sociabiliser, de ne pas le forcer, de ne pas lui apprendre à s’adapter. Je le surprotège et ça l’handicape sans doute. Mon fils n’a rien, sauf une mère qui ne sait pas y faire!

Les pros me reprochent d’avoir pris leur place, de trop m’investir dans son éducation et de ne pas accepter ses limites. De tout sacrifier de ma vie pour qu’il ait une vie presque normale comme les autres petits garçons. Mon fils est leur patient. Il ne m’appartient plus!

Je ne peux jamais plaire, jamais satisfaire, jamais recevoir de compliments ou d’encouragements… Au mieux, j’ai droit à « Oui, c’est super, MAIS… »

Mon mari me reproche de trop le comprendre.

Mon fils me reproche de ne pas le comprendre.

Je ne peux jamais gagner à ce jeu. Je suis la perdante.

Mais moi? Qui me comprend?

Je suis maman… Maman différente d’un enfant différent… Et c’est ma fête tous les jours…

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Professeure dans une école au public difficile, Liza pensait avoir tout vu de la différence jusqu'à ce qu'elle devienne maman d'un petit garçon extraordinaire qui a chamboulé ses convictions autant que son cœur. Les premières années furent marquées par la culpabilisation médicale et les nuits sans sommeil à tenter de comprendre un bébé qui ne voulait pas en être un et ne suivait pas l'évolution classique d'un enfant : entre les crises de colère et d'angoisse , les dinosaures et l'espace, il y avait de quoi se sentir perdue. Il a fallu entamer la longue marche des diagnostics mais Aspiboy est un filou qui ne rentre dans aucune case. Même dans sa différence, il est différent. Il a toutefois séduit par son humour et sa vivacité de nombreux internautes qui suivaient Liza devenue Maman Aspie pour la sphère Facebook et qui gère aussi le groupe de soutien Croco Mum pour les mamans différentes car ensemble, on est plus fortes.