Je m’y suis perdue

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Sans le vouloir, je croyais me trouver. Où toi tu semblais te perdre, moi je voyais une façon de m’épanouir. En écrivant, en m’exprimant. Je n’ai jamais vu ta différence comme mon tremplin, mais j’espérais que pour une fois, le chemin, mon chemin serait simple et facile. J’ai tellement eu de misère que je me suis dit que cette misère serait un pas décisif dans ma libération de tout ça.

J’ai cru, maladroitement, que mes mots me permettraient de vivre. J’ai toujours cru que ma façon d’écrire serait facile car au début, les mots sortaient et ça allait si bien. Je décrivais mes sentiments, ma vision, notre amour mère-enfant comme si je l’avais toujours vécu. Comme si tes difficultés avaient répandu un monde dans ma tête que jusque-là, j’avais enfoui. Les mots s’enchaînaient sans que j’aie besoin de me relire. Ça se faisait tout seul. Je le sentais. Plus les likes et le nombre de views augmentaient, plus je me sentais épanouie. On te comprenait à travers les mots que j’avais choisis pour toi. C’est comme si on t’acceptait et ça me faisait du bien. J’ai vu gros, j’ai écrit un livre. Plus rien ne m’arrêterait, l’autisme, je commençais à connaître trop bien. Je croyais imaginer la suite, comme dans un conte où tu prendrais le rôle que je te dicterais. Ça allait si mal dans ta tête que mes mots sortaient comme un venin. Comme si mes histoires sur toi venaient mettre un baume sur ta façon d’agir. J’exprimais mes émotions et d’une certaine façon, ça me faisait du bien.

Mais je m’y suis perdue. Quand tu as commencé à mieux aller. Quand les services ont commencé à t’aider, quand j’ai vu que l’habitude de mes gestes te réconfortait et que tu connaissais enfin une certaine stabilité.

Je m’y suis perdue. Car en voulant écrire sur toi, je me suis oubliée moi. Alors le livre a accumulé la poussière et les textes se sont espacés. Je n’ai plus de muse car pour l’instant, tu vas bien. Mais je me suis surtout rendue compte que je me suis perdue en premier lieu car je me suis oubliée. En t’aimant de toutes mes forces, j’ai oublié de prendre soin de moi. En voulant tout te donner, je me suis mise à dépérir sans m’en rendre compte. Ce n’était plus mon reflet dans ce miroir devant moi, c’était ta mère que je contemplais.

J’ai alors compris qu’on s’oublie un peu trop. Quand l’accouchement nous prend cette petite boule à l’intérieur, c’est comme si une partie de nous partait avec ce bébé. L’amour de soi part et on ne s’occupe que de cet enfant car le vide intérieur laissé est rendu inerte et incalculable. Quand l’enfant a des difficultés, le seul moyen de prendre soin de soi est de se contempler dans ses apprentissages. De se voir dans ses progrès. D’admirer notre beau travail fait à ses côtés.

Alors mon amour, ma vie, tu es rendu mieux. J’ai réussi pour le moment à te donner des outils et tu as fini par comprendre comment les manipuler. Tu es grand, tu es fort. Alors pendant cette accalmie, je vais m’occuper de moi, de mes projets, de mon futur.

Car sans mon futur, tu perdras le tien. Je sais que tu comprendras, si les difficultés reviennent, je serai là. Mais pendant ce temps, aussi égoïste que je suis, je penserai à moi.

Je sais que ça va te faire plaisir, même si pour toi, le bonheur de l’autre est quelque chose de trop abstrait à comprendre. Tu comprendras, dans ta façon, dans ta vision. Je te fais confiance. Aide maman pour cette fois-ci, pour ne plus jamais que maman finisse par se perdre elle-même.

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Je suis maman d'un merveilleux garçon qui a un TDAH et un TSA sans déficience intellectuelle. J'ai toujours été sensible à la maladie et aux troubles mentaux, je suis d'ailleurs préposée aux bénéficiaires. Mon fils réussit à faire ressortir le meilleur de moi-même. Le but de mes textes est d'évacuer mais surtout de conscientiser le monde à la différence et aux troubles mentaux ainsi qu'à leurs aspects dans la vie de tous les jours. J'espère vous toucher par mes écrits autant que moi je suis touchée en les écrivant.