La fois où je me suis pardonnée

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Tu sais mon amour, je sais que tout ça n’est pas de ta faute, que tu ne comprends pas nécessairement ce que tu fais. La ligne est mince car bien sûr, tu es un enfant. La ligne est mince entre ton incapacité à gérer et la façon dont tu pourrais tester mon humeur et mes limites. Chaque fois, je me demande si je ne suis pas assez ou si je suis trop. Mais surtout, je me demande ce que j’ai fait ou pas fait pour que tu sois ainsi.

Puis ce matin, quand je te vois, quand je te regarde, je comprends alors que c’est toi et pas moi. Ça été long, très long, mais j’ai fini par me pardonner.

Je me suis pardonnée d’avoir pris de la médication pour les nausées lorsque j’étais enceinte. Je me suis pardonnée d’avoir souhaité un jour te perdre alors que je vomissais ma vie depuis des mois. Je me suis pardonnée de t’avoir exposé à plusieurs échographies, car il y avait toujours un petit problème que le médecin voulait vérifier.

Je me suis pardonnée d’avoir été au CLSC, quand tu avais à peine un mois, en pleurs, car je n’en pouvais plus de t’entendre pleurer. Je me suis pardonnée d’avoir su tard que tu étais intolérant à la protéine bovine. Je me suis pardonnée d’avoir essayé tant bien que mal de t’apprendre à attraper les objets, sans aucun succès avant plusieurs mois. La motricité fine, je ne connaissais pas ça, moi.

Je me suis pardonnée d’avoir laisser ma tolérance un moment et que tout ce que tu faisais me tapait sur les nerfs. Je me suis pardonnée cette journée où j’ai perdu patience contre toi et que j’ai osé te gifler. Je crois même avoir pleuré plus que toi ce jour-là.

Je me suis pardonnée d’avoir cru que j’y arriverais sans médication. Je me suis pardonnée d’avoir parfois été déçue de tes agissements. Je me suis pardonnée d’avoir parfois baissé les bras lorsque je n’en pouvais plus d’essayer de te sauver. Je me suis pardonnée de ne pas avoir eu d’intérêt pour le régime sans gluten.

Je me suis pardonnée.

Car s’il y a bien une chose que j’ai fini par comprendre, c’est que j’ai fait au mieux de mes connaissances. Ça aurait été trop facile de mettre le blâme sur moi, ainsi j’aurais pu expliquer aux gens que tu es un enfant, tout simplement. Que ça aurait été de ma faute et pas de la tienne, que ça venait d’autre chose.

Ça aurait été simple, mais je n’aurais pas eu moins mal. Alors mon amour, j’espère qu’un jour tu vas me pardonner de ne pas avoir réussi à te guérir, car à la place, je t’ai accepté. J’ai accepté ta différence, j’ai accepté tes sautes d’humeur, j’ai accepté que la vie soit ainsi.

Acceptons tout ça ensemble.
Je t’aime.
Même si parfois c’est dur, on finira par accepter.

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Je suis maman d'un merveilleux garçon qui a un TDAH et un TSA sans déficience intellectuelle. J'ai toujours été sensible à la maladie et aux troubles mentaux, je suis d'ailleurs préposée aux bénéficiaires. Mon fils réussit à faire ressortir le meilleur de moi-même. Le but de mes textes est d'évacuer mais surtout de conscientiser le monde à la différence et aux troubles mentaux ainsi qu'à leurs aspects dans la vie de tous les jours. J'espère vous toucher par mes écrits autant que moi je suis touchée en les écrivant.