Lettre à mes enfants

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Mes chéris, c’est parfois difficile pour moi de vous expliquer le monde et sa folie. Il a toujours été dans mes valeurs, dans nos valeurs, de ne pas vous mentir et de ne pas vous surprotéger face à la réalité mondiale, qu’il s’agisse de pauvreté, de maladie, de guerre ou de désastre. Il y a longtemps que nous vous sensibilisons à la différence. Que ce soit de la couleur de la peau, des croyances, des cultures, des religions, de la nourriture. Nous vous enseignons le respect de l’être humain, de la personne et de la personnalité.

Mais, il arrive un temps où il ne sert plus à rien de vouloir vous protéger. Il arrive un âge où la réalité vous heurte de la même façon qu’elle nous heurte, même si c’est par différents détours : un commentaire entendu, un ami qui rapporte ce qu’il a entendu de la bouche de ses parents, la télé, la radio, un journal, un magazine…

Nous avons toujours insisté pour vous faire réfléchir :

« Comment toi tu aurais réagi? »

« Qu’est-ce que toi tu en penses? »

« Pourquoi crois-tu qu’ils agissent ainsi? »

… ne sont que quelques-unes des questions si souvent utilisées pour apporter la réflexion, amorcer une discussion. Nous veillons fort à ne pas vous imposer nos idées, nos croyances, mais bien à vous amener à réfléchir sur le sujet abordé afin que vous vous forgiez votre propre idée et soyez capable de l’exprimer.

Mais, il y  a des jours comme aujourd’hui où tenter de relativiser la folie d’un monde de terreur est difficile. Comment, en effet, vous faire réfléchir à la stupidité d’une société qui vénère tellement son droit à la possession d’armes qu’elle en omet le droit à la sécurité, à la vie, sans vous transmettre mes propres idées sur le sujet? Comment vous rassurer alors que de tels gestes s’accumulent : tuerie dans une école à Sandy Hook, dans une église à Charlotte, dans un stationnement en Californie, attaque avec une voiture en Angleterre, en Belgique, etc. Il y en a tant qui se succèdent depuis des années. Comment atténuer la peur que je vois poindre dans vos regards et vous amenez à réfléchir à ce qui amène ainsi quelqu’un dans l’extrémisme de la violence?

Alors que nous avons un discours de tolérance et d’ouverture, les médias vous renvoient une image de fermeture avec les discours de La Meute ou de Donald Trump et ses supporteurs quasi-sectaires. Alors que nous discutons avec vous des différences et points communs entre les différentes religions, certains prêchent la peur et l’ostracisme. Alors que nous tentons de vous faire réfléchir au danger des extrêmes, d’un côté comme de l’autre, on entend un discours qui dit qu’il faut choisir son camp. Alors que nous répétons depuis toujours que « pour filles » ou « pour garçons » sont des constructions sociétaires, plusieurs travaillent encore à ridiculiser ceux et celles qui n’entrent pas dans le moule des genres.

J’aimerais tellement pouvoir vous certifier que nous ne sommes pas les seuls qui tentent de changer le monde pour en faire un endroit de respect. J’aimerais pouvoir être certaine qu’un jour, cet exercice de réflexion que nous faisons avec vous, sera quelque chose de répandu, de normalisé. Que dans les foyers, dans les écoles, les adultes chercheront à faire réfléchir les enfants pour les amener à se faire eux-mêmes une opinion plutôt que de leur imposer des idées préconçues. J’aimerais pouvoir vous dire que cette folie est temporaire, qu’il n’y en avait pas avant et qu’il n’y en aura bientôt plus. Mais je ne peux vous faire ce mensonge. Je suis consciente qu’il nous faut travailler encore plus fort avec l’espoir que vous puissiez partager cet exercice de réflexion avec d’autres et que comme le pollen au vent, nos efforts finissent par semer un champ de tolérance, d’acceptation et de paix…

Suite à l’attentat de Vegas, en mon nom personnel et au nom de toute l’équipe de Enfants différents besoins différents, nos sympathies à ceux et celles qui sont touchés de près par cette tragédie.

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Éducatrice à la petite enfance depuis une vingtaine d’année, adepte de l’entrainement en force pour ne pas perdre complètement la tête, Nancy Ringuet, très possiblement TDAH, est maman de deux garçons à diagnostics : un grand TDA sévère et un plus jeune SGT, TDAH impulsivité mixte et TOP. C’est un long combat qui aura mené aux diagnostics du plus jeune, et un long combat qui s’engage pour faire reconnaître ses besoins. Passionnée de recherches et assoiffée d’en apprendre plus, elle fouille le net sous toutes ses coutures. Elle partagera ici des textes et réflexions sur ce vécu différent de mère chef de famille, avec un conjoint dont le travail l’amène à être absent.