Les lettres de trop

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HPI… Trois lettres, trois toutes petites lettres… Je le sais à ce moment là, que je vais encore passer un mauvais quart d’heure…

Quand on nous a appris l’autisme de notre fils, après avoir pleurer, je me suis relevée pour être celle que je suis aujourd’hui. Mais j’ai aussi cherché des réponses. Pourquoi? Comment? Ah ça, j’ai même fini par trouver… À partir du jour où l’on nous a annoncé l’autisme, ma vie avait de toute manière changé.

Ce que je n’avais pas soupçonné, c’est que j’allais peut-être un peu trop m’investir dans l’autisme. Tellement, que j’allais passer à côté d’autre chose… À côté de mes autres enfants. Oh non, pas dans le sens de l’amour que je leur porte et l’attention à proprement parlé, mais plutôt sur le côté « soins » à apporter. J’ai dû me former et jouer les soignants, l’accompagnant pour mon fils. Je lui ai donné peut-être plus d’attention, sans le vouloir, tout compte fait.

Mais un jour, ma grande a fait quelque chose qu’elle n’avait jamais fait avant… Voilà qu’elle était somnambule. Nouveauté. Nous sommes en été 2016. Une fois, deux fois, trois fois, toutes les nuits, puis ça se calme et ça recommence quand mon fils fait des pics de crises… J’ai peur, j’appelle donc une psychologue que je connais. Nous prenons avec mon mari la décision d’envoyer notre grande chez un psychologue, en se disant que c’est parce qu’elle doit mal vivre ce qui se passe à la maison. L’autisme de son frère, les différences…

Nous sommes très vite reçus. Très rapidement la psychologue nous parle de « précocité » au sens « médical » du terme… Oui bon on le disait comme ça nous, elle tenait une conversation à un an, alors oui, on disait qu’elle était un peu précoce, mais sans se dire que c’était une vraie pathologie. Ça faisait un peu maman qui se la raconte mais bon, c’est comme ça elle avait de l’avance dans certains domaines, des lacunes dans d’autres. Une enfant en somme. Bien sûr… Le temps passe, on avance, vraiment Clémence fait penser à une enfant précoce. Et puis un jour, une personne demande, en voyant mes enfants, si c’est ma fille qui est autiste.

Stop. Arrêt sur image. Mon dieu. Mais… Hyper intelligente, langage plaqué (ma grande parle comme si c’était du par cœur, comme si elle récite une leçon finalement), marche sur la pointe des pieds, pas de gestion des émotions, d’ailleurs gros problèmes d’émotions, hypersensible aux bruits (c’est vrai, elle se bouche les oreilles lorsque je passe l’aspirateur), sautille en permanence (la maîtresse l’appelle d’ailleurs « mon petit kangourou »), tourne sur elle-même, cerveau qui s’éparpille et bien d’autres choses… La claque! Une énorme claque. Mais comment ai-je pu passer à côté de ça? Alors j’en réfère à la psychologue de ma fille qui nous pose des questions à papa et à moi. Le but? Déterminer si on doit se diriger vers un diagnostic « Asperger » ou « Haut Potentiel Intellectuel ». Alors Asperger = autisme, je peux gérer, mais HPI, c’est nouveau et j’ai très peur, je ne montre rien, mais je suis terrorisée. Bon et bien après les 60 questions, nous voici avec un premier verdict, on est proche, tout proche de cette limite, mais certaines compétences font que ma grande se dirige du côté HPI. La différence entre Asperger et HPI? Infime, ça se joue à un rien, mais ne me demandez pas quoi, je suis encore novice, j’entre dans ce nouveau monde… Encore.

Alors ma grande a fait ses évaluations, cela a duré 2h10. Elle en est sortie exténuée. Elle est allée loin, très loin… Disons que l’on a fait le diagnostic vraiment pour le confort de pouvoir aménager sa scolarité, disons que ce n’était qu’une formalité. Car comme son frère, sa différence était une évidence.

Je me souviens avoir demandé à la psychologue, pourquoi? Pourquoi je n’ai que des enfants différents? Non pas que ça me dérange, mais ce n’est pas une vie. Tout du moins, ce n’est pas le projet de vie qu’on s’imagine. Alors quand je vois certains parents qui veulent absolument que leur enfant ait quelque chose, j’ai envie de crier, d’hurler qu’ils devraient être heureux! Heureux de ne pas basculer dans un côté très obscur, où la lumière ne vient pas souvent, où se battre fait partie du quotidien. Je me souviens qu’au début de la prise en charge, elle m’avait dit que malheureusement, c’était super fréquent dans les familles de notre configuration : un autiste = un précoce et parfois = un hyperactif… J’ai trois enfants… Devinez? Je suis la statistique. Comme à l’administration, je suis dans la vie, un chiffre. Alors quand j’ai redemandé le pourquoi, car sur une année je suis allée frapper à toutes les portes, on avait une réponse… Je suis Asperger alors tout ça, c’est logique. Alors cette fois-ci, je ne me suis pas effondrée, je suis restée souriante, mais croyez-moi, je suis morte de peur. Mais je vais apprendre et me battre car je sens qu’encore une fois, ça ne va pas être simple…

Enfin notre vie est pleine de surprises… Alors on se donne rendez-vous en août sur la page de la Mère bleue!

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Ophélie, alias la mère bleue, maman de 3 enfants différents. Ici, on jongle avec l'autisme, le haut potentiel intellectuel et le trouble de l'attention. Chez nous, pas de place à l'ennui. Une vie riche, mouvementée et j'adore. Je suis aussi présidente-fondatrice de l'association "Les yeux bleus". J'aime bouger, faire bouger. Ma passion? L'écriture et la différence est le plus beau des sujets.