Leçon d’éducation sexuelle à la pharmacie

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Mon fils est autiste et il a 6 ans. À cet âge, il est un joyeux mélange d’hormones en ébullition, de soif de savoir et d’incompréhension des codes sociaux du monde qui l’entoure. Mélange inusité. Qui, ajouté à sa candeur, donne lieu à des situations plutôt cocasses!

Comme cette fois, à 3 ans, où il a salué notre chauffeur de bus quotidien, en pleine heure de pointe, d’un « J’ai le pénis qui pétille » bien senti! Ok, ce matin là il venait de découvrir la joie d’avoir une érection matinale pour la première fois.  Mais sur le coup, j’étais pétrifiée, morte de honte. Je ne pouvais pas croire que ces mots étaient sortis de sa bouche. Et tout ces passagers qui me regardait d’un drôle d’air. Comme si j’étais une mère indigne. Je me rappelle de m’être confondue en excuses, rouge de honte,  et d’avoir tiré mon garçon, en le faisant taire jusqu’au banc le plus proche. Depuis,  ces situations se sont reproduites à maintes reprises. J’ai fini par réaliser qu’au mieux je pouvais essayer de lui inculquer quelques notions de retenue, mais qu’il était fort possible qu’il continue à dire tout ce qui lui passe par la tête, sans filtre, jusqu’à ce qu’il acquiert plus de maturité. Je ne peux pas changer qui il est, ni comment il perçoit les choses. Il a sa propre conception de la vie. Mais je peux travailler sur moi-même, sur ma capacité à ignorer le regard des autres pour me concentrer sur ses besoins à lui.

Récemment, j’ai eu la chance de réaliser à quel point j’avais fait du chemin depuis 3 ans. Un vendredi soir, en allant chercher mon fils à l’école,  j’ai réalisé que j’avais oublié d’acheter des préservatifs. La pharmacie était juste à côté et j’avais ma semaine dans le corps. Avec une bonne dose de pensée magique, je croyais vraiment pouvoir échapper à l’œil de faucon de mon coco et arriver à subtiliser le délicat achat à son insu. Erreur, grossière erreur! Ne jamais sous-estimer mon grand, en pleine heure de pointe, dans une allée bondée…  Alors que je me penchais pour saisir la boîte, mon fils me dit, assez fort pour que tout le monde entende, « Maman, j’en veux aussi! Regarde, il y a plein de saveur! Est-ce que ça ce mange? » Ouin, c’est ça qui est ça… Je me retourne le plus dignement possible et je vois le « public » attendre avec avidité ma réponse. J’essaie de m’en sortir avec ma phase passe-partout « C’est pour les adultes mon chéri. » Et je continue ma route. Mais bien sûr, c’était trop facile. Mon fils restait là, planté devant l’étalage, fasciné par tous les motifs et les couleurs attrayantes. J’avais l’intime conviction qu’il ne partirait pas de là avant d’avoir une discussion en profondeur sur le sujet. Sans mauvais jeu de mots. Et effectivement, des questions, il en avait à la tonne! « À quoi ça sert? Comment ça fonctionne? Pourquoi c’est juste pour les adultes? Est-ce que je vais en avoir besoin un jour? Mais mon pénis est trop petit (!!!!) comment ça va pouvoir tenir? » Et ainsi de suite. Pendant 15 minutes. De fil en aiguille, en prenant soin de peser mes mots pour ne pas le traumatiser, c’est tout un pan d’éducation sexuelle que j’ai passé en revue dans cette allée.

La conversation s’est terminée aussi abruptement qu’elle avait commencé. Mon fils avait eu les réponses à ses questions, maintenant il allait cogiter là-dessus. L’étalage avait perdu tout intérêt à ses yeux…pour l’instant. Ouf! J’avais passé au travers de l’interrogatoire comme une pro! Et vous savez quoi? J’ai vraiment apprécié ce moment d’intimité avec mon fils. C’était agréable d’avoir une conversation franche et honnête avec lui. Mon garçon m’a agréablement surprise. Il était pas mal plus allumé et articulé que je le croyais. J’ai compris que ses questions n’étaient pas là par hasard, il y avait réfléchi et il faisait plein de liens dans sa tête. Et il avait choisi cet instant pour en discuter. Avec sa maman.  J’étais fière de lui, de moi. Et quand nous sommes partis, je n’ai pas manqué de regarder notre « public » dans les yeux et d’afficher mon plus beau sourire. Parce que je ne ressentais plus aucune gêne, aucun remord. Juste la satisfaction du devoir accompli.

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Sandra Chartier est un diamant brut aux mille facettes. Femme Phénix, maman équilibriste et amoureuse caméléon, le diagnostic TSA de son fils aîné a changé son regard sur le monde et l'a amenée à parcourir les chemins les moins fréquentés. Déménagement à l’autre bout de la province, changement d’emploi et nouvelle dynamique familiale, aucun obstacle n'est insurmontable quand on aspire au bonheur. Par le biais de l’écriture, elle s’est donné comme mission cette année de rejoindre, de sensibiliser et d’informer un maximum de gens sur son quotidien haut en couleur. Après une fructueuse collaboration avec le défunt A&ME webzine, elle est prête à affronter de nouveau défis avec notre équipe!