Le printemps

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Le printemps est pour plusieurs une partie plaisante. On voit que l’été s’en vient, les journées rallongent, il fait de plus en plus chaud et bien sûr la neige fond à vue d’œil. J’ai toujours aimé le printemps, car il annonce le changement vers un moment de l’année où il est plaisant d’être parmi ce monde.

Et il y a toi. Depuis plusieurs années que tu ne vas pas, le printemps est pour toi trop dur à supporter. Le changement d’heure te déstabilise, la fameuse semaine de relâche te donne un sentiment de pause, mais pas assez longue. Car j’ai compris avec le temps que le changement pour toi est difficile. Pour toi, une semaine n’est pas assez pour remettre tes pendules à l’heure. Toi, ça ne va pas. Où nous, nous voyons l’avenir, la chaleur qui s’en vient, toi, tu restes dans le moment présent, il y a trop de changements en même temps et tu ne supportes pas. Ton anxiété sort, je le vois, je le sens avec toi.

Tu en as trop à gérer à la fois. Ça me remet en perspective. Tes troubles sont parfois si bien cachés, qu’on en oublie ta façon de voir le monde. Tu es pourtant là, avec moi. Mais j’avais oublié comment tout pouvait te chambouler.

Ça a l’air ridicule pour certains, mais je sais que pour toi, l’odeur des bourgeons qui éclosent est difficile à assimiler. Que la sensation de l’eau sous tes bottes est différente de ce que la neige t’apportait, celle-ci était douce et te soutenait à chaque pas. Que ton manteau plus léger fait une différence sur tes épaules qui étaient habituées de soutenir ton sac d’école, là les ganses, tu les sens un peu plus et ça t’importune.

Que le soleil, qui est plus fort, met des larmes dans tes yeux qui étaient si secs cet hiver, qu’on devait te mettre des gouttes. Que le bruit des oiseaux, qui peut sembler apaisant pour nous, pour toi s’accumule au vent et à la circulation.

Nous, on aime le changement, mais toi, tu dois t’y habituer. Ça te prendra un certain temps. Peut-être qu’avec les années, tu y seras plus préparé, ton corps va se souvenir de ces textures, ces différences dans ta vie quotidienne. Peut-être qu’avec le temps, tu finiras par aimer le printemps.

Mais d’ici là, sache mon amour, que je serai encore là. À te réconforter dans cette anxiété qui te ronge chaque soir quand tu vas te coucher et que tu ne comprends pas qu’il fait encore clair dehors. Sache que lorsque je te ferai un massage, je penserai à masser tes épaules qui semblent alourdies par ton sac d’école. Qu’à chaque fois que nous sortirons dehors, je te tiendrai la main. Je le ferai avec toi. Ces changements sont positifs et je m’efforcerai de te les faire comprendre. Et même si tu es incapable de comprendre, de bien sentir que l’été s’en vient, car pour toi, c’est le moment présent, fais-moi confiance mon amour, je t’amène vers le bon chemin. Tiens ma main, elle te montrera vers où aller. L’été s’en vient, tu verras, ce sera magnifique encore cette année.

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Je suis maman d'un merveilleux garçon qui a un TDAH et un TSA sans déficience intellectuelle. J'ai toujours été sensible à la maladie et aux troubles mentaux, je suis d'ailleurs préposée aux bénéficiaires. Mon fils réussit à faire ressortir le meilleur de moi-même. Le but de mes textes est d'évacuer mais surtout de conscientiser le monde à la différence et aux troubles mentaux ainsi qu'à leurs aspects dans la vie de tous les jours. J'espère vous toucher par mes écrits autant que moi je suis touchée en les écrivant.