Lâchez-moi le lâcher-prise!

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Je suis un brin allergique à une phrase, elle me fait même faire une petite crise d’urticaire : « Lâche prise, ça va bien aller! » J’ai une tendance bien assumée à la planification, à l’organisation, à l’anticipation, à la prévention, voire au protectionnisme et là, je ne vous parle pas de politique américaine.

Surinvestissement, surmenage, surhumain, surprotection, surréaliste, surf, survie, c’est ça la vie avec un enfant différent. Et là, je vous dis bien humblement que ma vie est ultra facile comparativement aux parents d’enfants polyhandicapés, C-H-A-P-E-A-U! Ce sont des superhéros! Leur vie est intergalactique tellement ils croisent de météorites et de galaxies inconnues. Bon, cessons de comparer, toute souffrance est légitime et chaque situation est unique. Lâchons prise!

Les besoins de l’enfant différent créent, bien malgré lui, un fragile écosystème au sein de la famille. Même si notre cœur ne veut pas, le dosage d’énergie n’est pas identique pour le neurotypique et, celui que Guylaine Guay surnomme affectueusement, l’extra-terrestre. Ce dernier, par « ses comportements plutôt inhabituels pour un jeune de son âge » (désolée, il faut toujours revenir aux fameuses petites cases, normalité versus anormalité…), des gestes assez téméraires, nous permet de développer un pouvoir inimaginable : avoir des yeux tout le tour de la tête. Pourquoi? Ça ne nous tente pas de gérer la saga de la blessure, d’aller à l’hôpital, de faire prendre une radiographie ou de lui faire redonner son vaccin du Tétanos. Pourquoi? Parce qu’un doigt pris dans la porte du cabanon, c’est une crise d’une durée de trente minutes, un Tylénol, le dit membre bien immergé dans le lavabo rempli d’eau froide et une mini-thérapie pour contrer l’inquiétude de  « je-ne-serai-pas-capable-de-rien-faire » (traduction : douche et école). Je vous le jure, c’est ce qui s’est passé ce soir.

Il m’arrive d’avoir des flashbacks  de la rencontre avec la pédopsychiatre, lors de l’émission du diagnostic : « Votre enfant a 10 ans, mais sur le plan affectif, ça tourne autour de 7. Ce sera plus long comme évolution. Sa pensée est fragile, on ne sait pas quelle sera l’évolution… » Le fameux âge affectif… Il vient d’avoir 15 ans, il gagne en autonomie, mais pour le jugement, on repassera. En août, Coco m’a accompagnée en vélo pendant ma petite séance de jogging. Il fallait encore que je lui dise de ne pas zigzaguer ou d’en prendre trop large sur le chemin du Fleuve. Pis il faudrait que je lâche prise? Je l’aime mon fils, ça ne me tente pas de le perdre!

Donc, si ta famille d’accueil te laisse aller tout seul dans le bois, sans cellulaire (parce que le cellulaire est interdit, même si écouter de la musique est l’un de tes moyens!) et que tu pars te promener à dix minutes de marche de leur maison, ça se peut que papa et moi ne soyons pas d’accord et que nous le partagions au comité de placement. Oui, tu as 15 ans depuis quelques jours, mais nous ne sommes pas prêts à lâcher prise même si des intervenants pensent ainsi. Leur argument-clé? Dans notre temps, on a fait bien pire pis on n’est pas mort, on vit dans une société qui surprotège ses enfants, qui ne les laissent plus découvrir la vie, etc. On te laisse tout de même un monde de possibilités : faire de la plaxmol maison et cuisiner une recette simple (comme un Kraft Dinner et des crêpes), utiliser des outils et construire plein de trucs que tu juges utiles (même si notre cour arrière ressemble au magasin Canac), aller ramasser du bois de grève sur le bord du fleuve et allumer le poêle à bois un soir d’hiver. Pour chacun des gestes énumérés, nous sommes à quelques pas ou quelques mètres… ou au bout du téléphone. Pas d’inquiétude, vous pouvez lâcher prise, jamais il n’allume le poêle sans que nous soyons à la maison.

Pour gagner en autonomie, je dois te guider et te laisser expérimenter, te tromper et réussir, mais pour gagner en jugement, ce n’est pas simple. Il faut que je prenne du recul et que je réfléchisse à tout ça… J’ai besoin de décanter… et peut-être de lâcher prise. Mon fils, je t’aime, peut-être trop, peut-être mal, mais pour l’instant, j’essaie d’écouter ce que la petite voix me dit en-dedans.


 

Lâcher prise

 

C’est ne plus s’agripper au passé

Mais s’ouvrir à l’instant présent.

Ce n’est ni craindre, ni espérer en l’avenir,

Mais construire celui-ci au présent.

 

Lâcher prise, c’est dénouer le fil de la peur,

C’est dénouer le fil de toutes les peurs.

C’est accepter de faire confiance,

Faire confiance à la vie

Et se faire confiance.

 

Lâcher prise, c’est apprendre à agir

Et non à réagir.

C’est apprendre à aimer

Sans rien attendre

Et s’ouvrir à ce qu’il y a de meilleur en l’autre.

 

C’est savoir accepter que l’autre soit différent

Et l’aimer tel qu’il est.

 

Lâcher prise, c’est apprendre à pardonner

Et à se pardonner.

C’est aller au-delà des apparences

Et s’ouvrir à ce qu’il y a de meilleur en soi-même.

 

Lâcher prise, c’est naître et renaître à chaque inspiration,

C’est apprivoiser le détachement à chaque expiration.

C’est porter un regard sans cesse renouvelé

Sur tout ce qui nous entoure.

 

Lâcher prise, c’est savoir écouter sans se croire obligé

De conseiller ou de diriger.

C’est respecter l’autre et se respecter.

 

Lâcher prise, c’est savoir se taire

Pour vivre le silence.

C’est apprivoiser le silence,

Pour que naisse la paix.

– Auteur inconnu

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Amoureuse des mots depuis plus de quatre décennies, mon parcours professionnel est teinté d'une grande soif d'apprendre, de démystifier, d’écrire et de dire. Tout d'abord sexologue, j'ai décidé de poursuivre ma formation pour vivre une deuxième passion : l'enseignement. Maintenant enseignante au secondaire en ÉCR et en éducation à la sexualité, je travaille dans une école en milieu défavorisé depuis presque 15 ans. J'ai la chance de côtoyer une équipe inspirante et dévouée auprès d’adolescents qui ont des besoins qui dépassent bien souvent l'académique. Il y a quelques années, j'ai fondé une petite entreprise spécialisée en réseaux sociaux et en rédaction avec une collègue et amie. Mon quotidien n'est pas routinier... ni très reposant! La nature m'a dotée d'une bonne dose d'énergie, tant mieux! Mon équilibre, je le trouve à la maison, où j'ai la chance d'aimer un mari et deux garçons. Nos deux grands colosses ont des besoins particuliers et ne sont pas "qu'un paquet de troubles". Mon plus grand souhait est que mes garçons puissent se réaliser, en sachant que leur unicité a une valeur inestimable. Aujourd’hui plus que jamais, je sais que ma formation académique et mes expériences professionnelles m'aident à être une meilleure maman. Toutefois, mes enfants me donnent bien des enseignements, ça me motive à être une meilleure prof auprès de tous ces enfants différents, maintenant intégrés dans les classes dites régulières. Et c'est en leur compagnie que je poursuis ma route, guidée par la volonté de démystifier et de donner une chance à tous!