La maturité

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Voici le texte d’une collaboratrice, Manon Lacharité, qui nous parle de la maturité de ses enfants autistes.

Ma fille, 14 ans, est autiste non-verbale avec dyslexie et dysorthographie, sans déficience intellectuelle. Côté maturité et langage, elle a beaucoup de retard et académiquement aussi. Elle est dans une école secondaire, en classe spéciale TSA, mais est à cheval sur sa 1ère et sa 2e année primaire au niveau académique. Elle se développe à son rythme et ça me va. Ce qui me dérange, c’est plutôt : qui prendra la relève avec elle, quand je ne serai plus là?

Mon gars est autiste de haut niveau de fonctionnement. Il a 15 ans et est en secondaire 3 (groupe enrichi) au régulier. Il performe super bien à l’école. Mais pour la maturité, on repassera dans quelques temps! À l’école, il s’est fait des amis qui ont la même passion que lui: des vieux jeux vidéo Nintendo. Mais ceux qui viennent à la maison pour jouer avec lui ont 10 ans.

Je dois le superviser pour qu’il se lave, pour qu’il mange, pour qu’il s’habille correctement selon la température. Pour les devoirs et les travaux, s’il a des questions, je fais l’intermédiaire entre lui et ses profs parce qu’il est incapable d’aller poser ses questions de lui-même. Je lui apprends cette année, à communiquer avec eux par écrit, sur le site web de l’école, mais cela reste difficile pour lui. Pourtant avec moi, il a des conversations très matures et réfléchies sur des sujets qui touchent l’injustice, la compassion humaine et la logique. Il se connaît bien, connaît ses limites et utilise ses outils personnels pour bien fonctionner. Il est capable de monter un ordinateur lui-même, de changer des pièces en ayant auparavant évalué le niveau de performance voulu et le prix, mais ne se lavera pas si je ne lui dis pas d’aller prendre sa douche, se passera de manger plutôt que de se préparer un repas, etc. Où est le drame? Il se développe à son rythme et je suis fière de lui!

Donc, il y a bien sûr les capacités d’apprentissage qui entre en ligne de compte, (comme on le voit bien avec ma fille), mais ce n’est pas le seul critère concernant la maturité. Car quand on regarde mon gars, ce n’est pas ce qui le gêne dans l’accès à la maturité. Je crois simplement qu’une majorité d’autistes (moi inclue, même si je n’ai pas encore mon diagnostic) est plus lente dans l’acquisition de la maturité globale. Pour certains, ce sera sur tous les plans, pour d’autres, ils seront très matures dans une sphère et en même temps très immatures dans d’autres sphères.

C’est d’ailleurs ce que beaucoup de gens ne comprennent pas ou ne voient pas en ce qui concerne l’autisme. Comme certains membres de ma famille qui me critiquent ou  critiquent mes enfants et qui se permettent des réflexions injustes envers nous!

Comme si, rendu à un certain âge, on n’avait plus le droit de prendre le temps d’escalader les échelons un à un. Comme si l’autisme était plus acceptable avant 10-12 ans et qu’après cela, devait disparaître! Si depuis peu, les gens acceptent de comprendre que les personnes autistes ont une façon de penser et d’apprendre qui leur est propre, qui est différente des neurotypiques, force m’est d’admettre que cette acceptation ne se rend pas au stade de : « Bien sûr, cela influencera aussi leur façon de se développer mentalement et émotionnellement. »  Les « standards non-écrits, mais collectivement endossés comme acceptables dans notre société », font que rendu à 15 ans, on se doit d’être autonome de notre personne, étudier ET travailler en même temps et se conduire en jeunes adultes responsables. La réalité en est tout autre, parce que parfois, la personne ne sera pas rendue là dans son développement et les fameux « jugements » reviennent au galop et mettent une pression considérable sur les épaules de ces jeunes et de leur famille.

Et c’est d’autant plus difficile que cela arrive avec l’adolescence, où il est déjà délicat pour une personne différente de se faire accepter par ses pairs.

Et plus j’y pense, plus j’aimerais dire à tous ceux qui jugent l’immaturité de mes enfants : « Et bien visiblement, vous n’êtes pas assez matures pour comprendre la différence, ne vous inquiétez-pas, cela viendra quand vous serez rendus-là! »

 Sans rancune!

Manon Lacharité

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