Je suis prof

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Il y a trois choses importantes dans ma vie : ma famille, l’écriture et mon métier. Je suis prof. Ce n’est pas ce que je fais, c’est foncièrement ce que je suis et ce, depuis toujours. J’aime apprendre et transmettre cet amour du savoir.

Je donne cours dans une école au public « difficile » comme on dit et j’ai connu la violence, les journées sans fin et le manque d’espoir de ces jeunes que la vie a déjà bien usés… et le pire, c’est que j’aime ça…

La particularité de mon public, c’est qu’il est dans l’angle mort des psys et des pros. Voyez-vous, la moitié sans doute de mes élèves souffrent de troubles d’apprentissage ou de comportements, mais leur milieu social ou leur parcours de vie les a soustrait à tout diagnostic. On ne peut se baser que sur notre propre intuition pour aider tel TDAH en surcharge, tel HP en décrochage scolaire ou tel dyslexique qui refuse de lire quoi que ce soit…

Et pourtant, cela me donne aussi la possibilité de voir des jeunes en difficultés sans aucune prise en charge et de découvrir leurs stratégies mises en place, car ce qui ressort de ce no man’s land thérapeutique, c’est que tous, sans exception, ont développé des stratégies pour survivre…

Certaines stratégies sont peu efficaces ou impliquent une autre voie que l’école, d’autres montrent leur incroyable résilience face aux difficultés.

Est-ce qu’une prise en charge adaptée changerait leur destin? Je n’en sais rien. Est-ce qu’ils développeraient des stratégies plus efficaces ou au contraire s’appuieraient-ils plus sur les adultes? Aucune idée.

Cela me touche, sans doute car je fais partie de cette génération, sans prise en charge ni diagnostic et je sais comme mes stratégies me coûtaient, mais me rendaient aussi plus forte. Être dyspraxique et HP m’a obligée à développer mon intellect vu que le corps ne suivait pas, mais cela a aussi détruit mon image et mon estime de moi… Je me suis toujours sentie cassée, pas aux normes et étrange…

Mais je m’en suis sortie…

Et je suis devenue maman différente d’un enfant différent et j’ai mis en place une prise en charge pour mon fils…

Je vois donc l’ensemble de ce que les enfants différents  peuvent vivre et je vois que tous développent leurs forces pour pallier leurs faiblesses…

Et c’est peut-être là où se situe la plus grande différence entre mes élèves et mon fils : là où lui travaille à combler ses lacunes, eux travaillent à renforcer leurs forces. J’espère, au fil des années, trouver un équilibre entre les deux pour rendre mon fils heureux.

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Professeure dans une école au public difficile, Liza pensait avoir tout vu de la différence jusqu'à ce qu'elle devienne maman d'un petit garçon extraordinaire qui a chamboulé ses convictions autant que son cœur. Les premières années furent marquées par la culpabilisation médicale et les nuits sans sommeil à tenter de comprendre un bébé qui ne voulait pas en être un et ne suivait pas l'évolution classique d'un enfant : entre les crises de colère et d'angoisse , les dinosaures et l'espace, il y avait de quoi se sentir perdue. Il a fallu entamer la longue marche des diagnostics mais Aspiboy est un filou qui ne rentre dans aucune case. Même dans sa différence, il est différent. Il a toutefois séduit par son humour et sa vivacité de nombreux internautes qui suivaient Liza devenue Maman Aspie pour la sphère Facebook et qui gère aussi le groupe de soutien Croco Mum pour les mamans différentes car ensemble, on est plus fortes.