Je ne me tairai pas

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Je le sais que tu me souris, mais que dans ta tête, tu viens de soupirer. «…Uh… elle… [soupir]… elle va encore parler de son enfant… »

Ben oui. Moi. Pis oui, probablement que je vais te parler de mon enfant. Cet enfant avec ses défis particuliers. Cet enfant que j’ai mis au monde et pour qui je me bats et me battrai encore jusqu’au jour où lui même pourra mener ses combats.

Je vais en parler pour que ma tête n’explose pas sous la pression interne de tout ce qui s’y bouscule comme si, peut-être, oui mais… Parce que vois-tu, une grande part de ma vie depuis des années, ainsi qu’une grande part du futur est remplie d’inconnus, de conditionnels, d’imparfaits…

Parce que mon enfant a des défis et je les nomme pour ce qu’ils sont. Ces diagnostics reçus de la bouche de spécialistes, je ne les énumère pas comme un badge qu’on porte fièrement, mais pour que les gens autour comprennent, soient sensibilisés, soient plus conscients.

J’en parle parce que je veux que mon enfant comprenne que moi, sa mère et lui, son père, nous n’avons pas honte de lui, de qui il est, de ce qu’il est. Parce que je veux que son frère comprenne qu’il n’a pas à craindre d’en parler et d’expliquer cette différence chez son cadet.

J’en parle pour ceux et celles qui n’osent pas encore. Parce qu’ils viennent tout juste de basculer dans cet univers d’acronymes, d’ajustements, d’adaptations. J’en parle parce que je me sens assez forte pour supporter ce regard qu’on pose (trop) souvent sur moi comme parent. J’en parle pour que cet autre que je ne connais pas m’entende peut-être et ne se sente plus aussi seule.

J’en parle parce qu’on en parle pas assez. Parce que le Syndrome de Gilles de la Tourette (SGT pour les intimes), ce n’est pas cute. J’en parle parce que je veux qu’on arrête de me prendre en pitié parce que « pauvre elle, son enfant va être un délinquant c’est certain, regarde ce qui est arrivé avec le fils du joueur de hockey… », parce qu’un tel diagnostic n’égale pas délinquance, stupidité, drogue, criminalité…

J’en parle parce que mon enfant a encore l’avenir devant lui et un bel avenir, j’y crois. Et parce que je sais que la route vers cet avenir est encore parée de murs à escalader, de non-dits, de préjugés, d’inconnus, de conditionnels et d’imparfaits. Mais j’espère qu’en parlant, je ferai en sorte qu’il y en ait moins…

Alors c’est pour ça que, même si je suis consciente de ton soupir et de ce dialogue interne, je vais continuer de t’en parler. Je vais continuer de parler autour de moi de mon enfant et de ce que nous vivons avec lui, comme famille, comme parents, de ce qu’il vit lui. De ces petites conversations qui se pointent parfois entre lui et moi, remplies de cette intelligence qui lui est propre et de cette conscience qu’il a de tout ça et qui parfois me bouleversent…

Alors prépare-toi, on va peut-être encore se croiser à l’épicerie cette semaine…

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Éducatrice à la petite enfance depuis une vingtaine d’année, adepte de l’entrainement en force pour ne pas perdre complètement la tête, Nancy Ringuet, très possiblement TDAH, est maman de deux garçons à diagnostics : un grand TDA sévère et un plus jeune SGT, TDAH impulsivité mixte et TOP. C’est un long combat qui aura mené aux diagnostics du plus jeune, et un long combat qui s’engage pour faire reconnaître ses besoins. Passionnée de recherches et assoiffée d’en apprendre plus, elle fouille le net sous toutes ses coutures. Elle partagera ici des textes et réflexions sur ce vécu différent de mère chef de famille, avec un conjoint dont le travail l’amène à être absent.