Fille

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Fille. Avant, c’est ainsi que tu m’appelais, quand j’étais plus petite, plus jeune.

Je n’ai pas toujours été proche de toi, non. Mais ton métier ne s’y prêtait pas. De mon enfance, je n’ai de souvenir qu’avec maman ou mes grands-parents. Certains sont flous, d’autres bien omniprésents. Oh non, tu ne m’as jamais abandonnée, tu n’as jamais été un mauvais père, tu avais juste un métier avec des horaires qui n’étaient pas faciles pour la vie de famille. Enfin, j’imagine que tu comprends, que ça je ne l’ai compris qu’en grandissant, avec la maturité, le recul.

Quand on y repense… En fait, plus petite, seule maman comptait à mes yeux. Elle incarnait tous mes rêves, tous mes projets. Et même si aujourd’hui, elle a contribué à faire de moi celle que je suis, tu n’y es pas pour rien non plus papa. Tu as toujours cru en moi. Tu m’as poussée quand je n’avais plus confiance en moi. Tu m’as redressée quand je courbais le dos.

Ce qu’on a pu rire aussi papa! Et encore aujourd’hui, quand on se raconte des anecdotes, on rigole… Je ne citerai en exemple que celle-ci : Lorsque nous étions un peu désagréables, notre mère n’appréciait pas du tout, mais alors, pas du tout du tout. Alors, elle en référait à notre père qui se devait de venir nous faire un sermon et nous punir au besoin. Comme en général ce n’étaient que des bêtises, mais vraiment rien du tout, notre père entrait dans notre chambre, fermait la porte et tout bas nous disait : « Bon ta mère m’a demandé de venir t’engueuler alors fais semblant d’être vexée s’il-te-plaît » et il « criait », donc on avait envie de rire, mais non il fallait qu’on râle. Honnêtement, des années après quand j’y repense, je rigole toujours autant papa.

En grandissant, mon leitmotiv a été d’être celle que tu rêvais que je sois. Et j’ai tout fait pour essayer d’y arriver. Mais j’ai finalement décidé de mon avenir moi-même. Et je pense que tu en es heureux. Je n’ai pas fait de grandes grandes études, je ne suis pas une redoutable femme d’affaires et pourtant… Tu as toujours été présent et finalement, dans les étapes les plus importantes de ma vie, c’est de toi dont j’ai eu besoin. Alors, c’est avec toi, que j’ai vécu la douleur de mon premier accouchement (une vraie boucherie) et c’est avec toi, que j’ai traversé cette mairie et cette église, pour me laisser dans la main d’un autre homme que toi papa. Tu ne montres rien, pour certains, tu es un roc, mais à ton regard, on voyait bien cette petite pointe de douleur du papa qui marie sa fille, en plus j’étais la première des trois alors dur, dur… Et puis c’est connu, les filles, c’est plus souvent le papa.

Aujourd’hui, je ne suis plus à côté et pourtant, si je t’appelle en pleurant, tu essaieras toujours de trouver les bons mots pour me rebooster. J’ai 30 ans et pourtant, j’ai toujours le droit à mon « Bisous, je t’aime » à la fin de chaque sms que je reçois de toi.

À toi, ce papa extraordinaire, qui as fait de moi la mère extraordinaire que je suis, je te souhaite une bonne fête. Je t’aime.

Ta Fille

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Ophélie, alias la mère bleue, maman de 3 enfants différents. Ici, on jongle avec l'autisme, le haut potentiel intellectuel et le trouble de l'attention. Chez nous, pas de place à l'ennui. Une vie riche, mouvementée et j'adore. Je suis aussi présidente-fondatrice de l'association "Les yeux bleus". J'aime bouger, faire bouger. Ma passion? L'écriture et la différence est le plus beau des sujets.