Mon enfant parle de suicide

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20h40

« …et pourquoi êtes-vous ici aujourd’hui? », demande la personne en uniforme, homme ou femme, avec une voix, un ton professionnel.

« Parce que Fiston, ici présent, vient de me dire qu’il veut mourir, va aller s’asseoir dans la rue pour se faire écraser parce que je lui ai refusé un quelque chose. Lors de la dernière visite avec sa pédopsy, elle lui a dit que la prochaine fois, maman l’amènerait à l’urgence. Alors, nous voilà… »

Le regard troublé de l’infirmier/infirmière me laisse savoir que, très visiblement, ce n’est pas tous les jours qu’ils voient arriver à l’urgence un enfant de moins de 10 ans avec de tels propos. Pour ma part, je me trouve très zen dans tout ça. Très calme.

Sa pédopsy et moi sommes d’accord pour dire qu’il n’y a plus dans sa voix la douleur qu’il crachait, il y presque deux ans, alors que les propos suicidaires avec plan abondaient. C’est maintenant avec beaucoup de provocation dans la voix qu’il les lance lors de moments de frustration. Car dans toute sa brillance, il a bien compris alors, malgré sa détresse, que ces mots faisaient alors jaillir une réaction, une émotion chez moi ou même chez le personnel de l’école. Il nous faut donc maintenant lui faire comprendre que ces menaces, ces mots, ne sont pas à utiliser à toutes les sauces, parce qu’il est fâché ou frustré de ne pas obtenir quelque chose, parce qu’il veut se soustraire à une tâche ou une discussion qu’il trouve désagréable. Parce que le Syndrome de Gilles de la Tourette, c’est aussi ça : la manipulation.

Lors de cette dernière rencontre avec la pédospy, nous avons, encore, raconté l’histoire de Pierre et le Loup, mettant l’emphase sur le fait qu’à force de crier au loup, à tort et à travers, plus personne n’était là pour aider Pierre lorsqu’il a vraiment eu besoin d’aide… Et pourtant, ce soir encore, les mots ont jailli. Mots qui ont amené son frère, que j’ai dû consoler dans mes bras, aux larmes, tremblant d’anxiété.

Et nous voilà assis, dans un corridor des urgences de l’hôpital, près d’une civière  surveillée par un agent de sécurité. Fiston était tellement fermé lorsque nous avons rencontré l’infirmière du triage qu’elle ne nous a même pas retournés en salle d’attente, nous conduisant plutôt ici. En fait, en arrivant dans le stationnement de l’urgence, il a éclaté en sanglots, semblant soudain  réaliser que maman avait tenu parole…  « C’est correct, j’ai compris. Je veux pas y aller, on retourne à la maison… J’ai compris je te dis! »

Je ne peux m’empêcher de penser qu’on nous a installé là de façon stratégique, car oui, je nous sens observés par ce jeune homme en uniforme qui me semble si mal à l’aise de croiser mon regard. Il aura été témoin de moments de rire, de câlins, de bisous sur la joue, de jeux de pendu, de coloriage de Mandala, d’histoires de Pokémon où Fiston m’informait sur cet univers qui m’est inconnu. Mais aussi de la ténacité d’un enfant de 9 ans et demi ayant pour idée fixe de jouer sur mon cellulaire (raison qui nous a amené dans ce corridor). Qui me traitera de mère poche parce que je n’ai pas apporté autre chose qu’une bouteille d’eau et mon cahier pour écrire. Lui aura apporté son livre de Mandalas, sa boite de feutres et son livre de Pokémon emprunté à la bibliothèque de l’école.

23h15

Fiston voudrait quitter. Je lui fais part de mes doutes à ce que cela se produise à cet instant, vu les propos qu’il a tenu. Je demande à l’agent si nous pouvons retourner voir au triage. C’est lui qui va voir et revient avec quelqu’un. L’infirmier chef nous dit que compte tenu des propos, il ne veut pas le laisser sortir sans qu’il n’ait vu un docteur. Honnêtement, je ne suis pas le moins du monde surprise. Mais j’ai cru bon confronter Fiston à la portée de ses mots.

Nous restons donc sur nos sièges, où Fiston finira par s’endormir (comment?) vers 23h40, soit plus de trois heures plus tard que son heure de dodo habituelle. Après plus de deux heures à demander mon cellulaire, à se borner, à changer d’humeur… Au final, lorsque l’agent de sécurité quittera à minuit, il aura été témoin de trois heures de brusque changement d’humeur, mon lot quotidien.

1h30

Pour la troisième fois, Fiston se réveille, mais cette fois, il ne se rendort pas. Il grelotte, met son manteau et répète comme les deux fois précédentes qu’il veut quitter. Depuis notre arrivée, PERSONNE n’est venu nous voir,  excepté l’infirmier chef que l’agent était allé chercher. Je nous sens oubliés là dans les méandres des couloirs de l’urgence. Toutes les infirmières et tous les préposés qui circulent semblent tout faire pour ne pas regarder de notre côté, ne pas nous voir. Je réussis finalement à avoir l’attention d’une infirmière qui, après avoir écouté ma requête, me dit qu’il faut qu’on parle à quelqu’un car avec les propos tenus par Fiston, ils ont une responsabilité (on ne me l’avait pas dit celle-là, il y a deux ans…). Elle reviendra quelques minutes plus tard avec une assistante (de quoi?) qui me questionnera, questionnera brièvement Fiston et dont l’expression me fit clairement comprendre, alors que je lui expliquais la situation, que dans sa tête, elle se disait qu’au final, la maman savait où elle s’en allait dans cette galère.

  • Fiston devait/doit apprendre à ne pas utiliser ces mots pour provoquer ou manipuler.
  • Maman est conséquente : cette conséquence avait été convenue et était connue de Fiston et maman a mis à exécution ce qui avait été décidé.
  • Lundi matin, maman appellera la pédopsy.
  • Fiston semble avoir compris la leçon. 

1h45

Nous quittons l’hôpital pour regagner la maison. Étonnamment, il restera éveillé plus de la moitié des 25 minutes de trajet, répétant qu’il a faim. Donc une fois arrivés, je lui ai donné une collation, qu’il a dévorée pendant que je lui retirais ses vêtements. Il s’endormit immédiatement. Il est 2h30. Mais la nuit fut courte… 

6h45

Fiston est réveillé. Il a mal au ventre, va à la salle de bain puis, réclame à manger. Il viendra ensuite se coller avec moi une petite heure avant de se lever pour écouter la télé.

Malgré mes craintes dues au manque de sommeil, Fiston eut une superbe journée. Collaborateur, de bonne humeur, gérant ses émotions d’une main de maître… Et moi, je suis zen…

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Éducatrice à la petite enfance depuis une vingtaine d’année, adepte de l’entrainement en force pour ne pas perdre complètement la tête, Nancy Ringuet, très possiblement TDAH, est maman de deux garçons à diagnostics : un grand TDA sévère et un plus jeune SGT, TDAH impulsivité mixte et TOP. C’est un long combat qui aura mené aux diagnostics du plus jeune, et un long combat qui s’engage pour faire reconnaître ses besoins. Passionnée de recherches et assoiffée d’en apprendre plus, elle fouille le net sous toutes ses coutures. Elle partagera ici des textes et réflexions sur ce vécu différent de mère chef de famille, avec un conjoint dont le travail l’amène à être absent.