Encore un rendez-vous…

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Je suis là, assise dans cet hôpital pour enfants. Même s’ils essaient tant bien que mal, avec des dessins et plein de jolies couleurs, des décorations par-ci, par-là, ça reste fade. Je le ressens dans ma tête, dans mon cœur. Cet hôpital, je l’ai vu trop souvent. Où certains craignent de perdre leur enfant, moi je crains de m’y perdre moi-même.

À chaque annonce au micro, nous retenons notre souffle comme si on attendait la fois où nous serons appelés. Certains craignent la maladie, celle qui ronge les enfants et enlève leur énergie. Moi, c’est le contraire, ma petite tornade joue et court dans tous les sens. Des fois, j’aimerais trouver le fameux bouton off que plusieurs semblent trouver très drôle. J’attends sur les chaises beaucoup trop dures, que les spécialistes trouvent ce qui cloche. Oui bien sûr, nous avons déjà trouvé une partie du problème, mais une partie de moi a peur que ça ne soit pas assez. Que mon coco continue à cumuler les échecs. Depuis 4 ans qu’on se bat pour lui, que je me bats pour lui, pour des services, qui arriveront probablement trop tard.

J’attends patiemment qu’on me dise le plan d’action, je suis prête. Prête à dire au revoir à l’enfant parfait, prête à accepter cette génétique que je lui ai donné ou peut-être pas. Prête à accepter qu’il sera toujours différent. Je me dis que si moi je l’accepte, il sera plus facile pour lui d’accepter. Je ferai tout pour qu’il s’épanouisse à chaque étape de sa vie.

Mais même si j’accepte, ça me laisse un goût amer. Le goût de l’incompréhension. Même si je me posais des milliers de questions, ici, dans cet environnement monotone, je n’arriverais probablement jamais à me satisfaire des réponses. Car je ne saurai jamais pourquoi c’est tombé sur nous.

Parfois, je regarde mon passé, bien avant toi. J’essaie de comprendre ce que j’ai bien pu faire de si grave pour mériter que mon enfant, ma chair, mon sang, soit ainsi. Mais je me bloque contre ce mur trop épais. J’ai beau essayer de creuser, la vie en rajoute toujours de l’autre côté. Comme si on voulait que je n’aie jamais la réponse.

Alors ici, assise dans cet hôpital, je finis par laisser tomber, car de toutes façons, je n’ai plus le temps de penser, c’est à ton tour mon amour. Allons ensemble voir si le médecin lui peut réussir à apaiser tes sens un peu, le temps que tu reprennes ton souffle. Que je reprenne le mien. Je le vois, même lui est désemparé par ton cas. On ne sait plus quoi faire pour que tu ailles mieux. Alors nouvelle prescription qui, on espère, t’aidera. Comme si je laissais ce que j’ai de plus précieux entre les mains de cette prescription qu’on ira chercher plus tard.

Cette prescription que je pleurerai pendant le trajet du retour avec, bien sûr, la musique au fond pour que tu ne t’en rendes pas compte.

Mais tu sais mon cœur, cette prescription et ces rendez-vous, je les ferai toujours pour toi, par amour et par soutien.

Je suis là, ne l’oublie jamais.

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Je suis maman d'un merveilleux garçon qui a un TDAH et un TSA sans déficience intellectuelle. J'ai toujours été sensible à la maladie et aux troubles mentaux, je suis d'ailleurs préposée aux bénéficiaires. Mon fils réussit à faire ressortir le meilleur de moi-même. Le but de mes textes est d'évacuer mais surtout de conscientiser le monde à la différence et aux troubles mentaux ainsi qu'à leurs aspects dans la vie de tous les jours. J'espère vous toucher par mes écrits autant que moi je suis touchée en les écrivant.