Deuils et réussites

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J’ai longtemps songé à écrire un texte sur le deuil qu’apporte un enfant différent. Les fameuse sept phases du deuil. Puis, en les lisant, j’essayais tant bien que mal de regarder quand j’avais pu vivre ces fameuses phases. Le fait est que je les vis, mais malheureusement, je les vis à répétitions. Chaque fois que j’accueille un nouveau deuil, qu’il soit petit ou gros, pour ma part, ça me replonge souvent dans tout ça. Car le diagnostic n’est même pas le premier deuil, le premier c’est quand qu’on se rend compte qu’il y a quelque chose qui n’est pas normal, que ça cloche, c’est bizarre et ça revient souvent. Les petits deuils font partie de notre quotidien. Quand notre enfant fait différemment, quand au restaurant, il fait un certain bruit avec sa bouche à chaque bouchée. Le regard de l’autre table qui nous regarde avec dégoût ou même empathie. Chaque fois qu’on doit aller chercher notre enfant à l’école, chaque bulletin où il est écrit non-évaluable. Chaque fois qu’on n’est pas invité à une fête. Chaque fois que quelqu’un te dira une phrase pré-conçue comme s’il était le premier à te la sortir et comme s’il avait pensé trouver LA solution à tous tes problèmes…

Mais surtout, en y pensant bien, je me suis rendue compte que ces difficultés et deuils apportaient aussi la victoire et la joie lorsque notre enfant réussissait à faire quelque chose et qu’il répétait les gestes appris. Car souvent, c’est là le problème : répéter les succès. Comme la première fois que votre enfant a dit maman ou qu’il a marché, pour nous, chaque victoire apporte ce même sentiment.

Chaque fois qu’il dit le mot que vous pratiquez depuis six mois en orthophonie correctement. Chaque fois qu’il réussit à vaincre sa peur et à se mettre la tête sous l’eau. Chaque fois qu’on vous invite à quelque part et qu’on vous rassure sur le fait que votre enfant aussi est invité. Chaque fois que ça se passe bien à cette dite fête. Chaque fois que vous allez le chercher à quelque part et qu’on vous dit : « Ça bien été! » Chaque fois que votre enfant vous serre dans ses bras en vous remerciant. Chaque fois qu’il réussit à manger un truc de nouveau. Même s’il n’aime pas ça, qu’il veuille y goûter est déjà une victoire. Et pour moi ma plus grande victoire, c’est lorsqu’Antoine me dit, après une crise ou une difficulté, que je l’ai aidé et qu’il me dise du haut de ces 6 ans : « Merci maman de m’avoir respecté. »

Ça, c’est la plus belle réussite que mon enfant peut me dire. Car dans cette seule phrase, on se regarde dans les yeux et on le sait qu’on a fait un méchant beau travail d’équipe. Et c’est ça le plus merveilleux, c’est qu’on réussisse ensemble.

Un petit jeu de main, on se regarde : « C’est qui les meilleurs Antoine? C’est nous maman!!! »